Tayeb Belaiz est né le 21 août 1948 à Maghnia dans la wilaya de Tlemcen. A l’ombre du Président Bouteflika, cet homme que les algériens associent à la partie la plus controversée de leur histoire, a pu s’assurer une longue carrière politique dans le sérail algérien.

Selon sa biographie officielle, Tayeb Belaiz aurait obtenu une licence en droit après des études à l’Université d’Oran. Il occupera alors plusieurs postes au sein des services extérieurs du Ministère de l’intérieur avant d’aller occuper le poste de magistrat pendant plus de vingt-cinq ans.

Tayeb Belaiz

‘’En réalité, la carrière de Tayeb Belaiz est plus liée à son lien de parenté avec Lahcène Soufi, qui était Ministre de la Justice de l’ex-Président Chadli Bendjedid en Mars 1979, qu’à ses capacités notoirement limitées’’ Nous indiquerons des cadres du Ministère de la Justice qui l’ont bien connu.

Tayeb Belaiz, trentenaire, ne maitrisant pas la langue française et dépourvu de diplômes, a été imposé par le Garde des Sceaux afin de suivre des cours du soir à la faculté de droit, dans le cadre d’un programme spécial initié par Lahcène Soufi afin de pallier à un déficit de magistrats.

Il en sort quelques mois après, au même titre que plusieurs centaines d’autres, avec certes un diplôme, mais sans réelles connaissances de l’univers de la magistrature. Lahcène Soufi le bombardera tout de même Conseiller à la cour d’Oran…

Tour à tour Président de la cour de Saïda, d’Oran, de Sidi-Bel-Abbès, et enfin conseiller à la Cour Suprême, la carrière de cet homme discret, peu bavard et que l’on sait proche de l’ex Président Ben Bella, est bien loin d’être exemplaire, si l’on en croit les mêmes personnes qui l’ont côtoyé.

Selon eux, celui qui deviendra après quelques années Président du Conseil Constitutionnel, serait de ceux qui intervenaient « quasi-systématiquement » dans les affaires judiciaires alors qu’il était, lui autant que ses pairs, tenu à la droiture et à l’impartialité en sa qualité de magistrat.

Très vite d’ailleurs, son nom a été évoqué dans une célèbre affaire de trafic de drogue qui s’est déroulée à la fin des années 80.

Des faits que confirme d’ailleurs Mohamed Bakhtaoui, l’ancien Président du tribunal d’Es Senia (Oran), membre fondateur du Syndicat des magistrats et qui siège à l’Association des magistrats révoqués. Ce magistrat a subi les foudres du Ministre de la justice Ouyahia en 2001 pour une affaire en relation avec le détournement d’un bien foncier par des responsables du RND traitée en 1997.

Mohamed Bakhtaoui à droite

Bakhtaoui avait alors affirmé au quotidien El-Watan « Je peux vous certifier qu’il est intervenu personnellement dans une affaire de drogue traitée en première instance par le tribunal de Aïn Témouchent, où des prévenus condamnés en appel par la cour de Sidi Bel Abbés à cinq ans de prison, s’en sont finalement tirés avec un simple sursis ».

« L’ex-ministre de la Justice, ajoute l’ancien magistrat, a fait ramener à la cour, de nuit, sous escorte policière, les juges en question et leur a intimé l’ordre de changer le verdict. Ce qui fut fait séance tenante ».

Mais cela n’a, semble-t-il, pas nui au natif de Maghnia, puisqu’il est désigné en 1999, membre de la Commission Nationale de la Réforme de la Justice, instance mise en place par l’ex Président Bouteflika.

Le but était d’assainir ce secteur qui représente la clé de voute de l’Etat de droit, et qui a de tout temps suscité la méfiance de l’opinion publique en Algérie quant à sa réelle indépendance et sa faible résistance aux pressions de tous genres.

Mais peut-on compter sur des personnes au parcours sulfureux pour prévenir les risques majeurs de l’instrumentalisation de la justice au profit exclusif d’une personne, d’une catégorie ou d’un clan ? On en doute.

Alors qu’il était propulsé Ministre de l'Emploi et de la Solidarité Nationale en 2002, Tayeb Belaiz est cette fois rattrapé par l’énorme scandale d’El Khalifa Bank.

Son nom sera cité par Abdelmoumen Khalifa, comme étant une des personnalités qui aurait profité de ses largesses, alors qu’il était ministre chargé de la Solidarité !

En effet, à travers l’interview qu’il a accordée au journal le Figaro, le 6 février 2007 et répondant à la question du journaliste qui lui demande s’il y a eu des personnalités qui auraient été protégées durant le procès d’Al Khalifa Bank, Abdelmoumen Khalifa affirme : « C’est une certitude. La chambre d’accusation a, par exemple, escamoté le dossier de l’agence de Koléa de ma banque pour une raison simple : l’actuel ministre de la Justice, Tayeb Belaiz, y détenait un compte avec un crédit bancaire. Il a été effacé, car cela aurait fait mauvais genre. Je pense que le Ministre de la Justice a eu peur que son nom apparaisse »

Moumen Khalifa accuse Tayeb Belaiz

Rien n’y fait, Tayeb Belaiz sera un an après désigné Ministre de la Justice par Abdelaziz Bouteflika…

Un soutien sans faille, alors qu’à cette même période son fils a, selon la presse, été arrêté par les services de sécurité et mis sous contrôle judiciaire pour son implication dans un trafic de drogue. L’argent de la drogue aurait transité par le compte du fils du Ministre de la Justice, avant d’être blanchi dans des opérations d’achat de biens immobiliers, fonciers et autres.

Des informations très vite rejetées par le Procureur Général près la cour d’Oran qui avait affirmé, « le fils du Ministre n’est concerné ni de près ni de loin par une implication ou une poursuite judiciaire ». Dossier clos.

Quelques années passent et en 2011, l’ancien juge d’instruction de Souk Ahras près la cour de Guelma, Achi Lahbib, se voit convoqué par la chancellerie pour être entendu sur une affaire de faux, de corruption et de dissipation de certains documents d’un dossier judiciaire dont il avait la charge.

Lors de l’interrogatoire qui s’est déroulé au bureau de l’inspecteur général du Ministère de tutelle Ahmed Badaoui, Achi affirme avoir subi des actes de torture, citant le recours par ses tortionnaires aux fils électriques ou encore aux bastonnades…

Achi Lahbib – Magistrat

Des sources proches du Ministère de la Justice estiment que les allégations d’Achi ne sont pas crédibles et que ce « juge aurait commis une grave erreur professionnelle, dissipé des pièces d’un dossier judiciaire et dénoncé des faits de corruption. Il a été entendu sur ces accusations et lorsqu’il s’est rendu compte de la gravité des faits qui lui sont reprochés et avant même que la procédure de poursuites ne soit engagée à son encontre, il a préféré prendre la fuite en quittant le pays à destination de la France où sa belle-famille réside’’.

Le Comité de lutte contre la torture de l’ONU avait même saisi le Ministère des Affaires étrangères sur la plainte déposée Achi Lahbib contre l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Belaïz et son inspecteur général, Ahmed Badaoui. Bien évidemment l’affaire est restée sans suite.

Le juge Achi Lahbib, aujourd’hui chroniqueur sur la chaine Amel TV en qualité de conseil juridique, a été condamné à une peine de 20 ans de réclusion criminelle par contumace par le tribunal criminel de Guelma.

L’impunité dont avaient joui certains magistrats désignés par l’ex Président de la République Abdelaziz Bouteflika leur avait donné un sentiment de puissance qu’ils pensaient éternel. Ils ont tous usé de leur pouvoir pour piller l’Algérie et de s’enrichir de manières détournées et illégales.

Dans ce registre, Tayeb Belaiz ne faisait pas figure de mauvais élève. En 2013, il fut accusé par ses pairs d’avoir usé de sa position pour détourner à son profit une résidence qui appartient au Ministère de la Justice.

Et malgré ces scandales retentissants, Tayeb Belaiz, surprotégé par le clan Bouteflika, continuait paisiblement à gravir les échelons du pouvoir et se voit offrir la Présidence du Conseil constitutionnel en Mars 2012 en cumul de son poste de Ministre de la Justice. Une autre entorse à la constitution.

En effet, selon Taher Taleb, professeur en droit constitutionnel ‘’si le décret présidentiel portant la nomination de Tayeb Belaiz est publié dans le Journal officiel et il continue à exercer ses fonctions de garde des Sceaux, à ce moment-là, on peut parler d’inconstitutionnalité.’’

Mohamed Charfi, qui avait remplacé Tayeb Belaiz à la tête du Ministère de la Justice en Septembre 2013, devait s’installer dans la villa de fonction appartenant à son Ministère. L’indu occupant ne l’entendait pas de cette oreille et refusait de restituer la somptueuse demeure bâtie sur un terrain de 3000 m2 située dans le quartier d’El Biar à Alger.

Est-il vrai que Tayeb Belaiz s’est fait établir un acte de propriété à son nom intégrant et la parcelle de terrain et le bien immobilier en question avec la complicité du directeur des domaines d’Alger ? Personne n’a pu nous confirmer l’affirmation de notre source.

Il aura fallu plusieurs mois de conciliabules et de fermeté de la part des responsables du Ministère de la Justice pour que Belaiz consente à rendre le bien qui appartenait à L’Etat !

Le Conseil constitutionnel, dont le président était désigné pour un mandat unique de 6 Années (8 ans depuis 2016), est composé de 12 membres, dont 4 sont désignés par le président de la République, 2 élus par l’Assemblée populaire nationale (APN), 2 élus par le Conseil de la nation, 2 élus par la Cour suprême et 2 élus par le Conseil d’Etat.

Tout dévoué au Président, Belaiz est celui qui aura tout fait pour éviter l’application de l’article 88 de la Constitution et c’est beaucoup grâce à lui que personne n’a pu constater la situation d’empêchement suite à l’AVC dont avait été victime Abdelaziz Bouteflika…

C’est dire pourquoi Bouteflika avait porté son choix sur Belaiz comme troisième personnage le plus important de l’Etat algérien. Uniquement pour s’en servir…

Et encore une fois, Tayeb Belaiz, que les casseroles ne semblent plus vouloir quitter, est rattrapé au mois de janvier 2013 par un procès en responsabilité civile, qui lui a été intenté pour avoir ordonné à un inspecteur du Ministère de la Justice de faire pression sur un magistrat.

Il s’agissait de faire retirer la plainte déposée par Abdallah Haboul contre le garde des Sceaux pour ne pas avoir pris en considération les plaintes administratives introduites en mai 2009 à la Cour de Constantine, contre Ali Badaoui l’inspecteur général du Ministère de la Justice.

Belaiz a tout simplement ignoré la convocation de la Justice… Un comble pour un magistrat !

Le 11 septembre 2013, Tayeb Belaiz quitte sa fonction de Président du Conseil Constitutionnel pour être nommé, en remplacement de Dahou Ould Kablia, Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, et ce pour gérer la future élection contestée du président Bouteflika à un quatrième mandat.

A cette période, la presse et les réseaux sociaux s’enflammaient sur la liste des ‘’fils et filles de’’ présents au sein de la compagnie aérienne Air Algérie. La fille de Tayeb Belaiz figurait parmi les privilégiés pour avoir été recrutée au sein de l’Agence de Toulouse dans le Sud-Ouest de la France.

Durant ce mandat à la tête de l’Intérieur, Belaiz fait face à un mouvement inédit et une grève impressionnante des forces de la sureté nationale.

Pris de court par l’ampleur de cet impressionnant événement qui aura marqué les esprits en 2014, le Ministre de l’Intérieur avait très rapidement cédé aux revendications des agents de l’ordre. Des directives urgentes avaient alors été adressées à l’ensemble des walis pour consacrer des quotas de logements sociaux et ruraux à leurs profits.

L’ex-patron de la police, le général Abdelghani Hamel aujourd’hui emprisonné, avait subtilement accusé le Ministre de l’Intérieur Tayeb Belaiz, d’être pourtant derrière des blocages empêchant d’améliorer la situation des policiers en mission.

Un conflit latent entre deux hommes du sérail qui trouverait son origine dans une guerre d’égo entre ces protégés d’Abdelaziz Bouteflika, et qui nourrissaient plus ou moins secrètement des ambitions pour la Présidence de la République.

Le 14 Mai 2015, Tayeb Belaiz est écarté du poste de Ministre de l’Intérieur pour avoir refusé, selon certaines sources, de modifier le taux de participation de 51,7 % à l’élection présidentielle, un taux jugé trop faible et qui avait alimenté les soupçons de fraudes soulevées par le candidat Ali Benflis.

D’autres sources affirment par ailleurs que son état de santé l’empêchait de poursuivre sa mission suite à un pontage coronarien qu’il aurait subi à la clinique Alleray-Labrouste, dans le 15e arrondissement de Paris.

Tayeb Belaiz, alors Ministre de la Justice avait déjà été victime d’un malaise cardiaque en Avril 2010 et admis en urgence à l’hôpital militaire de Aïn Naâdja à Alger avant d’être évacué sur Paris, alors qu’éclataient les scandales de Sonatrach et de l’autoroute Est Ouest ou un de ses conseillers avait été largement impliqué…

Là encore, par népotisme ou sens de l’anticipation, Abdelaziz Bouteflika le nommera en 2015 Conseiller spécial à la Présidence de la République, avec statut de Ministre d’Etat. Une voie de garage diriez-vous ? Les événements ultérieurs vont démontrer le contraire.

Alors que l’échéance des élections présidentielles de 2019 se rapproche, Abdelaziz Bouteflika désigne une nouvelle fois son fidèle compagnon Tayeb Belaiz à la tête du Conseil constitutionnel, un mois après le décès de Mourad Medelci.

Belaiz prête serment

Le cinquième mandat que tramait le clan de Bouteflika avait mené le Conseil constitutionnel à rendre public, toute honte bue, un communiqué en se référant aux articles 139 et 142 de la loi électorale : « Aucune obligation de présence du candidat n’est prévue dans la loi » !

Le jour même, le président de la Haute instance de surveillance des élections (HIISE), Abdelwahab Derbal, affirmait, à partir de Relizane, que « le candidat à la présidentielle doit déposer lui-même son dossier de candidature ». Une cacophonie qui avait alimenté l’ire du peuple algérien et aboutira au Hirak, cette révolution pacifique qualifiée d’unique dans le monde arabe !

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui souhaiteraient avoir des explications quant à l’acceptation par l’institution dirigée par Tayeb Belaiz, du dossier de candidature censé contenir un certificat de bonne santé délivré par un médecin assermenté d’un Abdelaziz Bouteflika malade, mutique et impotent.

Ou encore dans quelles conditions a-t-il accepté le dossier de candidature d’Abdelaziz Bouteflika par son directeur de campagne Abdelghani Zaalane, à travers l’organe juridictionnel suprême dont Belaiz avait la charge et qui était censé veiller à la régularité des opérations de vote ?

En résumé, Tayeb Belaiz a-t-il failli à sa mission et a-t-il trahi la constitution ?

Contraint de démissionner le 16 Avril 2019, suite au constat de « la vacance définitive de la
présidence de la République » au lendemain de la démission d’Abdelaziz Bouteflika, Tayeb Belaiz a disparu de la scène politique.

Craint-il la réouverture du procès Khalifa ? Craint-il de devoir répondre de ses actes durant sa longue carrière émaillée d’épisodes troubles ?

Si Tayeb Belaiz a été convoqué le 16 Mai 2019 par le juge d’instruction du tribunal militaire de Blida, dans le cadre de l’enquête concernant Mohamed Mediène dit Toufik, l’ex-patron du DRS, Bachir Tartag l’ex-patron du DSS et Saïd Bouteflika, l’ex-conseiller à la Présidence de la République et frère de l’ex Président, c’était cette fois-ci en qualité de témoin.

Mais le récent limogeage de Samir Bourehil du poste de Secrétaire Général du Ministère de la Justice, par le Président Abdelkader Bensalah, serait-il lié au fait que Bourehil était le chef de protocole du Ministre de la Justice Belaiz durant près de dix ans, avant qu’il ne le prenne avec lui au Conseil constitutionnel ?

Si tel est le cas, il faudra s’attendre à ce que la justice sorte Tayeb Belaiz de l’ombre et juge son rôle dans cette mascarade historique du pouvoir à vouloir perpétuer un régime antidémocratique honni par le peuple, au mépris des lois, du bon sens et de la morale. C’est la moindre des choses !

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