Alors que le flou politique est en train de prendre une dimension alarmante en Algérie, au Soudan, la situation s’est débloquée et les militaires ont transmis officiellement le pouvoir aux civils. Une évolution majeure qui fait rêver les Algériens lesquels continuent de manifester massivement chaque vendredi pour sortir du statu-quo. 

Un statu-quo hyper-dangereux qui compromet sérieusement l’avenir de l’Algérie à cause des problèmes socio-économiques engendrés dans le sillage des blocages politiques qui paralysent le pays. Les Algériens, décideurs comme activistes du mouvement populaire, devraient regarder du côté de Khartoum pour s’inspirer de ce modèle de réussite qui permet au Soudan de respirer et d’entamer un véritable processus de transition politique.

En effet, dans ce pays, un Conseil souverain chargé de piloter la transition politique au Soudan sera formé le 18 août prochain.Les généraux au pouvoir et les chefs de la contestation ont paraphé dimanche à Khartoum une déclaration constitutionnelle après des semaines de négociations.

Le Conseil souverain, sera composé de cinq militaires et de six civils, et devra mener, avec un parlement et un gouvernement, la transition pendant un peu plus de trois ans. Le Premier ministre sera désigné par la contestation et confirmé par le Conseil souverain, selon Ibtissam al-Sanhouri, une des négociatrices dans l’équipe des protestataires. La contestation disposera de 201 sièges sur les 300 du Parlement. L’objectif de la transition est de parvenir à une paix permanente et globale avec les groupes armés tout en mettant fin à « la marginalisation d’une partie de la population », a déclaré le médiateur éthiopien Mahmoud Drir après la cérémonie de signature.

Pour rappel, le mouvement de protestation était né le 19 décembre quand des milliers de Soudanais étaient descendus dans les rues pour protester contre la hausse du prix du pain. Les manifestations s’étaient rapidement transformées en contestation du pouvoir d’Omar el-Béchir. Elles ont continué après le départ de ce dernier pour réclamer aux militaires ayant pris le pouvoir de le transférer à des civils.

Les soudanais l’ont donc fait ! Et pourquoi donc pas les Algériens ? L’exemple soudanais nous apprend que si l’institution militaire algérienne accepte de négocier sérieusement avec des acteurs politiques légitimes et crédibles, une solution est rapidement trouvée pour empêcher le pays de souffrir de l’illégitimité constitutionnelle et de sa cohorte de problèmes économiques et sociaux. Un dialogue sérieux et efficace est bel et bien possible. Mais il faut pour cela que les militaires algériens fassent preuve d’une véritable sincérité et ne craignent pas les retombées d’une transmission du pouvoir aux civils. Certes, la situation du Soudan est très différente de l’Algérie. Au Soudan, avant de négocier, les militaires ont réprimé, tué et massacré une centaine de manifestants. Au Soudan, il aura fallu des pressions internationales et une médiation étrangère pour persuader les autorités militaires d’accepter le changement politique.

Il est fortement souhaitable que l’Algérie ne passe pas par de telles étapes qui risquent de bousculer les équilibres restants de l’Etat algérien. Il est même préférable de se rendre à l’évidence : l’institution militaire détient toutes les clés et les solutions qui permettent à l’Algérie de sortir de l’impasse actuelle sans la moindre effusion de sang. Pour ce faire, il suffit de comprendre que le changement est salutaire pour tout le monde en Algérie, civils et militaires.

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