Etrange et intriguant. A la Cour Suprême, tous les dossiers annoncés ont été traités ou sont encore en cours de traitement. Et la première liste des personnalités politiques impliquées dans des scandales de corruption a été soigneusement auscultée. De Zoukh jusqu’à Amar Ghoul ou Djamel Ould Abbès, toutes ces personnalités ont été convoquées et  auditionnées par un juge d’instruction près de la Cour Suprême. Seule une seule personnalité n’a pas été encore appelée. 

Il s’agit de Boudjemaâ Talai, l’ancien ministre des Transports et actuel député FLN de la wilaya d’Annaba. Ce haut responsable figurait bel et bien sur la liste des personnalités politiques ciblées par des enquêtes préliminaires sur des faits de corruption. Or, le dossier de Boudjemaâ Talai semble avoir disparu à la Cour Suprême. Il n’a jamais été convoqué ou encore auditionné. Pis encore, l’ex-ministre et ancien PDG du groupe Batimetal, semble bénéficie d’une étrange « protection » alors que son nom est cité dans plusieurs affaires de dilapidation des deniers publics. Lors d’une émission d’investigation animée par notre rédacteur en chef, Abdou Semmar, des documents exclusifs ont été dévoilés à propos de l’implication de Boudjemaâ Talai dans une affaire ayant coûté un préjudice financier estimé à plusieurs milliards de Da à  l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC).

Ce dossier concerne un appel d’offre international, le marché d’étude et de construction de 30 silos métalliques avait été attribué, le 25 septembre 2012, au Groupe chinois SinoHydro Limited Corporation. le 4 novembre de la même année, le groupement algéro-italien avait introduit un recours.  Le 28 novembre 2012, l’attribution provisoire du marché a été retirée à la société chinoise. Le 11 mai 2013, c’est en gré à gré que le marché d’étude et de construction de silos métalliques a été attribué à Batisilo pour un montant de 22,79 milliards de dinars, suite à une décision du conseil du gouvernement présidé par le Premier ministre de l’époque, Abdelmalek Sellal. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, ce marché n’a pas encore été réalisé !

Boudjemaâ Talai est également cité dans plusieurs dossiers suspects et marchés douteux conclus lorsqu’il dirigeait le ministère des Transports. Mieux encore, l’ex-ministre est directement lié à Baha Eddine Tliba, le milliardaire sulfureux d’Annaba, l’un des symboles de l’oligarchie algérienne. Tliba était le colistier de Talai lors des élections législatives de mai 2017. Les deux hommes ont travaillé énormément ensemble pour imposer une véritable mainmise sur la wilaya d’Annaba. Si Talai tombe, Tliba s’ensuivra et lui emboitera le pas car les destins des deux hommes sont liés dans plusieurs dossiers scabreux.

En sauvant la tête de Boudjemaâ Talai, certains lobbys veulent enfin sauver Tliba d’une chute certaine, méritée et ô combien réclamée par les manifestants algériens désireux de se débarrasser de ce symbole de la corruption politique. 

 

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