La Société d’étude et de réalisations métalloplastiques (SOREMEP) a été créée en 2001 dans le cadre de la filialisation de l’ENTC (Entreprise Nationale des Télécommunications). Elle fait partie du portefeuille du groupe industriel ELEC EL DJAZAIR, lui-même issu de la transformation par fusion-absorption des ex-Sociétés de Gestion des Participations de l’Etat INDELEC et CABELEQ.

Dotée d’un capital de 1 418 600 000 DZD, et ayant son siège dans la Zone Industrielle sur la route de CHETOUANE à Tlemcen, sa principale activité originelle résidait en la réalisation de mobilier métallique, sous différentes formes et pour différents usages.

Après avoir décidé de diversifier ses activités, SOREMEP s’est employée à mettre de nouveaux produits sur le marché dans le domaine de l’injection plastique, la signalisation ferroviaire, les circuits imprimés, puis en 2007, elle se lance dans la réalisation des portes d’ascenseurs de différentes dimensions.

Selon nos informations, une étude de marché sur les ascenseurs en Algérie avait été effectuée en 2015. Les conclusions de cette étude ont montré que le parc algérien est constitué de près de 40.000 ascenseurs dont plus de la moitié était en panne ou à l’arrêt.

Avec la montée de l’urbanisation de notre société, l’ascenseur est devenu désormais un système indispensable pour répondre aux exigences modernes de notre vie en matière d’autonomie, de mobilité, d’accessibilité et de rapidité. Il est ainsi un élément essentiel des immeubles résidentiels, des bureaux, des musées, des aéroports, des centres de soins, des bâtiments publics, etc…. Il contribue ainsi à gagner du temps, faciliter les déplacements, le transport et les courses.

Parties d’un ascenseur à traction. Source

Les professionnels de l’industrie des ascenseurs, des escaliers mécaniques et autres monte-charges, estiment le marché algérien à plus de 400 millions de dollars.

Désirant profiter de l’opportunité conjoncturelle qu’offrait le secteur des ascenseurs en Algérie, le groupe ELEC EL DJAZAIR a décidé il y a une 1 an, d’associer la SOREMEP à la société italienne CIAM ascensori e servizi, dont le propriétaire est Monsieur Sandro Citarei.

Sandro Citarei

L’accord d’association a été signé le 18 décembre 2017, suite à l’accord N°15/115 du Conseil de Participation de l’Etat (CPE) obtenu le 08 Novembre 2017.

La nouvelle entité créée dénommée CIAM Ascenseurs Algérie est alors dotée d’un capital social de 400 millions DA, détenu à 70 % par la partie algérienne et 30 % par le partenaire italien. Son objet social est dédié principalement à la fabrication et à la maintenance d’ascenseurs, de monte-malades et de monte-charges et son siège se situe à Tlemcen.

A ce titre, Mr Abdelkader Zazoua, en sa qualité de Président du Conseil d’Administration de la nouvelle entité et PDG de la SOMEREP, avait alors déclaré que CIAM Ascenseurs Algérie assurerait la fourniture et la maintenance des ascenseurs à l’entreprise « GEST Immo » de l’AADL, qui doit gérer selon lui un parc de 1.500 ascenseurs à l’échelle nationale.

« la nouvelle société est censée produire 2.400 ascenseurs/an à partir de sa troisième année d’exercice et répondre à un besoin national estimé entre 3.000 et 3.500 ascenseurs/an » Avait-il indiqué.

Selon une dépêche officielle de l’APS datant du mois de mai 2018, CIAM Ascenseurs Algérie devait entamer la production de ces équipements en janvier 2019. Mais il n’en a rien été.

L’optimisme excessif affiché par les parties prenantes a laissé place à un constat de défaillances dans les obligations du partenaire italien. Et pour cause.

Notre enquête nous a permis constater des faits assez surprenants sur cette entreprise italienne, qui active pourtant dans le domaine des ascenseurs depuis 40 ans au sein du Groupe CIAM.

En effet, nous avons tout d’abord été étonnés de constater que CIAM Ascensori et Servizi possédait un capital social s’élevant à 10.000 Euros dont seuls 2500 Euros ont été préalablement versés. Nous avons tenté de nous pencher sur les bilans fiscaux de l’entreprise et là encore nous avons appris que cette société n’avait plus, depuis quelques années, déposé ses états financiers comme l’exige la loi italienne.

Mais le plus troublant pour nous a été d’apprendre que plus plusieurs entreprises appartenant à Sandro Citarei faisaient l’objet de résiliations de contrats en Italie et en Allemagne pour manquements aux obligations contractuelles.

Le patron de la société CIAM Ascensori et Servizi, qui est né le 4 Mai 1958 à Terni, traine en effet une réputation bien sulfureuse…

Aussi, et comme il faut s’y attendre dans le cas d’une justice impartiale et équitable, Sandro Citarei continue de faire l’objet de plusieurs enquêtes lancées par la justice italienne pour falsifications, corruption et fraudes.

Déjà en 2014, Sandro Citarei avait été cité dans une affaire de corruption sur des marchés publics destinés à des universités italiennes.

Selon l’enquête portant sur des faits de corruption, menée par le procureur Massimo Terrile et les éléments de la Brigade Financière, autour de « faux » contrats avec l’Université de Gênes, il a été révèlé que Citarei Sandro avait falsifié des signatures, et aurait été l’auteur de fraudes aggravées en ayant participé à des « trucages de devis » dans des appels d’offres publics.

Dans une autre enquête menée par Marco Stramaglia , le procureur de Terni et par les services de la brigade financière de la même ville, le parquet régional de la Cour des comptes d’Ombrie, a demandé et obtenu la saisie préventive de près de 5 Millions d’euros sur les biens du patron de la CIAM, coupable selon eux de la mise en place d’un système frauduleux entre 2006 à 2015.

L’enquête a révélé que la CIAM, en plus d’avoir détourné des contributions publiques provenant du budget communautaire (Fonds européen de développement régional FEDER) et de plusieurs budgets nationaux, avait également commis des infractions fiscales qui s’élèvent à plus de 70 Millions d’Euros…

En mai 2017, Sandro Citarei s’était retrouvé au centre d’une autre enquête, surnommée par les éléments de la brigade financière : « Opération ascenseur en panne ».

Selon eux une fraude d’un million de dollars contre l’État aurait été commise dans le cadre de projets de développement dans le domaine de la recherche et de l’innovation technologique, financés par la région de l’Ombrie et de la Sardaigne portant sur 5 millions d’euros reçus en fonds publics, dont les coûts réels de mise en œuvre se sont avérés bien inférieurs à ceux déclarés par l’entreprise de Sandro Citarei.

Aussi, le jugement N°104/2018, présenté en Mars 2018 par la cour des comptes de la section régionale juridictionnelle de la région centrale italienne de l’Ombrie, condamne officiellement la CIAM et Mr Sandro Citarei à payer la somme de 4.920.570,48 Euros pour fraude, fausses déclarations et fausses factures. L’entreprise est au bord de la faillite.

A ce stade déjà, la première question que nos lecteurs partagent certainement avec nous serait : Sandro Citarei constituait-il le candidat idéal pour s’associer à l’entreprise publique SOREMEP ?

Pour tenter d’avoir une réponse, nous avons épluché les nombreux documents que nous avons pu obtenir lors de notre enquête et avons constaté que le Directeur Général de la CIAM Algérie, Mr Guieseppe Ghiani avait déjà apporté des explications quant au retard qu’accuse le projet algérien.

Les explications de Mr Ghiani sont sans équivoques. Ce serait selon lui, les agissements de Mr Sandro Citarei qui seraient à l’origine du blocage de la société Algéro-Italienne, avec toutes le conséquences économiques et fiscales pour le projet, la région et le Pays.

« J’ai dénoncé le dévoiement des engagements et les transgressions répétées de l’accord d’association par Mr Sandro Citarei dans une lettre et dans un rapport détaillé transmis respectivement au conseil d’Administration de l’entreprise au mois de Mai 2019, et à Mr Abdelkader Zazoua PDG du Conseil d’Administration et Mr Kinane Djilali, PDG du Groupe Elec El Djazair, en date du 4 juillet 2019 »

« Mais cela n’a pas suffi puisqu’en guise de réponse j’ai été démis de mes fonctions » a-t-il clairement déclaré.

Il faut savoir que les nominations du Directeur Général et du Directeur d’exploitation reviennent, conformément à l’accord d’association, à la partie italienne pendant une période de 6 années.

Ainsi, pendant cette période, libre à la CIAM Ascensori e Servizi d’avoir la main mise sur la gestion opérationnelle à travers des personnes qu’elle aura elle-même choisies, et ainsi pouvoir aisément asseoir une politique commerciale favorisant l’entité italienne, au détriment de CIAM Ascenseur Algérie.

Mr Citarei n’aurait plus qu’a limoger, à l’instar de Mr Ghiani, tous ceux qui s’opposeraient à son plan d’exploiter commercialement la CIAM Algérie en leur revendant des composants à des prix 30% plus élevés que la concurrence et en bénéficiant des avantages qu’offre la législation algérienne aux investisseurs étrangers ! La belle affaire.

Nous nous sommes de ce fait penchés sur les prix des éléments constitutifs des ascenseurs, proposés par le partenaire italien à la CIAM Algérie.

Il s’est avéré que les prix proposés par la société de Sandro Citarei étaient bien plus importants que ceux proposés par des distributeurs et importateurs locaux.

Dans l’un des mails échangés entre les dirigeants de la CIAM en langue italienne, et que nous mettons ci-après à votre disposition, nous avons pu confirmer que les prix pratiqués par l’entreprise du partenaire italien étaient largement prohibitifs.

Un inconvénient économique majeur qui freine les possibilités commerciales de CIAM Algérie sur le marché domestique et à l’export…

Mais en fait, CIAM Ascensori e Servizi fabrique-t-elle des ascenseurs ?

Ascenseur CIAM Algérie

Il faut savoir que le secteur des fabricants d’ascenseurs se concentre particulièrement autour de 4 grands leaders mondiaux, à savoir l’américain Otis, l’allemand ThyssenKrupp, le finlandais Kone et le suisse Schindler.

Le marché mondial, qui a représenté un chiffre d’affaires de plus de 45 milliards d’euros en 2016, est partagé à 80 % par ces quatre majors du secteur. Près de 120 Petites et Moyennes Entreprises (PME) se partagent les 20% restants aux côtés de Hitachi, Fujitec, Toshiba ou autres Hyundai Elevator.

Interrogé à cet effet, Mr Ghiani est formel, « la société italienne n’est pas un producteur industriel d’Ascenseurs’’ soutient-il.

Dans les nombreux échanges de mails entre la CIAM Italie et la CIAM Algérie, nous avons pu nous en convaincre en constatant le peu de maitrise des coûts, l’absence de dossier de fabrication et de documentations techniques détaillées des composants d’ascenseurs proposées par la partie italienne.

Serait-il possible qu’en réalité Mr Citarei vende à la société algérienne ou il est actionnaire, des composants qu’il ne fabrique pas mais qu’il se contente d’acheter chez des fournisseurs étrangers et à des prix lui permettant de dégager des marges et des bénéfices importants en Italie ? Si tel est le cas, cela représenterait une version du partenariat qui s’oppose manifestement aux engagements pris lors de la signature des accords. Un gâchis pour le pays. Mais on n’en est pas au bout encore.

Parmi les nombreux engagements pris par le partenaire italien et qui n’ont toujours pas été
convenablement honorés à ce jour, il y a lieu de citer le transfert de technologie et de savoir-faire.

Situation dénoncée par le Directeur Général de CIAM Algérie à Mr Zazoua Président du conseil d’Administration de la même entité.

En effet, dans le plan de formation présenté à l’Etat pour la mise en place de ce partenariat, la partie italienne s’était engagé à former 650 techniciens pour la maintenance des ascenseurs en Algérie.

« La société Italienne n’a pas su répondre à nos attentes. La faible qualité de la formation
transparaissait en termes de cohérence par rapport aux besoins effectifs des techniciens et ingénieurs en formation. En plus de ses insuffisances, nous butions sur la barrière linguistique et l’absence de matériel didactique. Une vraie mascarade » nous a rapporté un des participants.

Les questionnaires d’évaluation de la formation remplis par les participants sont on ne peut plus explicites. A vous de juger sur pièces.

 

‘’Il est évident que si le projet n’a à ce jour pas pu démarrer, il est du seul fait du partenaire italien qui ne possède aucune compétence ou certification dans la fabrication industrielle. Son seul but est la vente’’ insiste Guissepe Ghiani, le désormais ex Directeur de la Ciam Algérie.

 

Serait-ce justement parce qu’il aurait découvert les nombreuses incohérences et le manque de fiabilité de Sandro Citarei qu’il a été débarque de son poste ? Cela en a tout l’air.

Poursuivant notre enquête, nous nous sommes aperçus que CIAM Italie proposait les cabines de 630 Kg selon des normes 81.XX dépassées et obsolète qui répondent à l’année 1998.

Or ces normes harmonisées qui définissent les prescriptions de conception d’ascenseurs électriques et hydrauliques, ont pris fin le 1er septembre 2017 et ont été définitivement remplacées par les nouvelles normes harmonisées EN81-20 et EN81-50.

Cela veut dire que tous les ascenseurs qui ont été mis en service au sein de la Communauté européenne à partir du 1er septembre 2017 ont été conçus conformément aux prescriptions définies par les nouvelles normes, qui renforcent considérablement les niveaux de sécurité des ascenseurs. Mais la CIAM Italie a préféré envoyer du matériel dépassé.

L’article 10.9 et 10.12 de l’accord d’association dont nous avons une copie sont pourtant clairs.

Ce partenariat, qui a été présenté par ses dirigeants comme un projet féerique pour l’Algérie, tourne manifestement au fiasco et risque de couter à l’Algérie en plus du retard dans le projet, une saignée dans les comptes du trésor, car entre temps les factures gonflées d’assistance technique de la CIAM Italie, ne vont pas cessenr comme le démontre ce document confidentiel que nous savons pu obtenir.

En Septembre 2018 une demande d’éclaircissement a été adressé à CIAM Italie, portant sur le montant de la facture pour assistance technique prévu pour le dernier trimestre 2018 qui s’élevait à 34.000.000 DA. Aucune réelle explication n’a été fournie…

Est-il normal de payer des prestations à l’avance pour des services injustifiés alors que l‘usine n’a produit aucun ascenseur à ce jour ?

Sur quels documents et attestations s’appuient les ordres de transferts bancaires sur le compte italien de la société de Sandro Citarei ?

Mr Zazoua, mandaté par l’Etat algérien pour cet ambitieux projet, a-t-il véritablement les
compétences lui permettant pour le mener à bien et de défendre les intérêts de l’Algérie ?

Va-t-il user de l’article 18.2 de l’accord d’association, lui permettant de mettre en demeure la partie italienne, pour manquements graves aux dispositions dudit accord ?

La gestion du projet d’ascenseurs en Algérie soulève de bien trop nombreuses questions. L’Etat doit impérativement faire valoir ses droits et redresser la situation avant qu’il ne soit trop tard.

 

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