Le secteur du tourisme du plus grand pays du continent africain et le 10e pays le plus grand au monde en superficie totale, peine à décoller malgré ses atouts et principalement le plus grand désert au monde qu’est le Sahara ou ses 1200 Km de littoral.

Certes le secteur du tourisme a dû subir les tragiques années du terrorisme au tout début des années 1990, ce qui en a indubitablement freiné le développement.

Le Hoggar algérien

Aujourd’hui un homme, désigné par l’ancienne équipe au pouvoir, concentre le destin touristique de l’Algérie entre ses mains. Il s’agit de Lazhar Bounafaâ.

L’homme ne laisse pas indifférent. Si certaines personnes l’estiment, d’autres le jugent controversé et n’apprécient guère son caractère. Selon nos infos, Benmessaoud Abdelkader, à la tête du Ministère du Tourisme et de l’Artisanat chercherait même à le remplacer.

Qui est donc Bounafaâ Lazhar ?

Nommé premier Directeur de l’Agence Nationale de l’Amélioration et du Développement du
Logement (AADL), Lazhar Bounafaâ en a été limogé le 20 Novembre 2003 pour avoir, selon nos infos, affiché publiquement sa préférence au candidat Ali Benflis à la présidentielle de 2004.

 Lazhar Bounafaa

D’autres sources nous informent que Bounafaâ avait été écarté pour sa déclaration aux médias à propos de la formule location-vente chère au Président Bouteflika. « C’est le dernier atout que détient l’État pour se racheter devant le peuple »

Après plusieurs années de mise au placard, Lazhar se retrouve en 2013, désigné à la tête de l’Agence Nationale de Gestion des Réalisations et d’Equipements des Etablissement de Santé (AREES) avant sa dissolution en 2016, car aucun soumissionnaire n’avait alors accepté les ‘’exigences financières’’ du programme de réalisation de 10 CHU en Algérie.

‘’S’il est revenu aux devants de la scène c’est pour avoir prêté allégeance au cercle présidentiel. Car il était notoire qu’il ne s’entendait pas du tout avec le Ministre de la Santé de l’époque’’ Nous ont informé nos contacts au Ministère.

Il faut dire que le retournement de veste faisait ravage à cette époque. M.Bounafaâ s’implique personnellement dans la direction de campagne du Président-candidat Abdelaziz Bouteflika en 2014.

En Novembre 2016, succédant à Abdenacer El Ouardi qui avait fait valoir ses droits à la retraite, Lazhar Bounafaâ est nommé à la tête de la Société de Gestion des Participations Tourisme & Hôtellerie, (SGP Gestour), l’organisme en charge de la gestion du tourisme.

A ce titre, il gère les actifs de plusieurs dizaines d’établissements à travers le territoire national que sont :

12 Hôtels urbains, 8 Hôtels d’Affaires, 3 Centres touristiques, 19 Hôtels du Sud, 4 Stations climatiques et 8 Stations thermales, 12 Unités balnéaires ainsi que le Centre de thalassothérapie de Sidi-Fredj et le Centre de bien être des Andalouses.

Signature Convention UGTA-HTT

Le chiffre d’affaire du groupe public Hôtellerie Tourisme et Thermalisme (HTT), ne cesse pourtant de décliner et a même connu une baisse de 8% au cours de l’année 2018 !

Un recul qui serait dû, selon le PDG du groupe public Lazhar Bounafaâ, aux travaux de rénovations qui ont touchés plusieurs établissements.

« Reculer de 8% sur le chiffre d’affaires avec 43 établissements en travaux, je considère que c’est une performance », a souligné le PDG du groupe…

Pour rappel, le Groupe HTT est issu de la transformation de la SGP Gestour, décidée par l’Assemblée Générale de cette dernière, le 20 décembre 2015.

En Mai 2019, alors que l’activité hôtelière est dans le rouge avec plus de 85% de régression par rapport à la même période de l’année précédente, Lazhar Bounafaâ va cette fois-ci imputer cette piètre performance à la situation politique du pays… Et ce malgré une enveloppe budgétaire affectée à l’investissement touristique au sein du Groupe estimée à plus de 100 milliards de DA !

En clair, pour Bounafaâ, ce n’est guère à cause de l’incompétence de certains de ses gouvernants, de l’archaïsme organisationnel du secteur ou du manque de volonté et de professionnalisme de ses dirigeants, que la mission de valorisation du tourisme, dont il a la charge, enregistre un tel passif.

Prenons un exemple basique que nous avons vécu, qui met la lumière sur le manque de
professionnalisme de la profession, et sur le traitement inadapté des estivants en termes de communication.

Les usagers des plages ne le savent peut-être pas mais l’Etat est chargé d’effectuer des analyses périodiques et régulières de la qualité des eaux de baignade. La loi du 17 février 2003, fixant les règles générales d’utilisation et d’exploitation touristiques des plages, prévoit que les usagers des plages doivent être informés des résultats de ces analyses. En avez-vous déjà vu ?

La Direction du Tourisme de la Wilaya d’Alger n’a pas daigné répondre à notre question de savoir pourquoi les plages visitées étaient dépourvues de cette précieuse indication.

Le secteur géré par Bounafaâ peine visiblement à améliorer le niveau des prestations et à assurer la consolidation des opérations de contrôle et d’inspection au niveau des hôtels et des plages, en vue de veiller au confort des citoyens.

Chemin des touristes – Constantine

De même nous avons voulu nous intéresser au projet de réhabilitation du Chemin des touristes à Constantine. Taillé dans la roche, cet itinéraire est constitué de tunnels creusés dans la roche, d’escaliers et de petits ponts métalliques, permettant de relier la rive droite à la rive gauche du ravin, en passant par des lieux symboles du patrimoine matériel et mémoriel de la ville. Le budget de 60 milliards de centimes alloué au projet devait être réévalué. Nous avons voulu en savoir plus et avons contacté par mail Bounafaâ Noureddine, le Directeur du Tourisme et de l’Artisanat à la Wilaya de Constantine. En vain. Un trait de famille ?

Aujourd’hui, à l’heure des grandes alliances, des chaînes, des standards et des spécialisations, il est tout aussi impératif de valoriser le patrimoine historique, culturel et religieux, que de développer le tourisme individuel ou de montagnes, le tourisme thermal ou saharien.

En somme faire du tourisme en général, un des moteurs de la croissance économique. Et cela est largement à la portée des jeunes cadres formés depuis quelques années aux écoles de notre pays et à l’étranger.

De plus et pour le bien de notre dépendance vis-à-vis des hydrocarbures, la relance du secteur du tourisme pourra assurer un effet d’entrainement sur les autres secteurs tels l’architecture, la formation professionnelle, l’agriculture, la culture…

A la fin de l’année 2016, le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) avait classé L’Algérie à la 124e place sur 184 pays concernant la contribution du secteur touristique à la richesse nationale.

Le tour opérateur français Voyageurs du Monde avait désigné l’Algérie comme destination à
découvrir pour l’année 2018.

Il y a quelques mois de cela, le bateau de croisière Viking Sun avec près de 1000 touristes américains avait fait escale à Alger et ce grâce à l’initiative de Mourad Larbi, patron de l’agence de voyages Magic Tours, spécialisée dans le tourisme réceptif.

Si nul ne peut en effet nier le magnifique potentiel touristique de l’Algérie, d’aucun ne pourra contester le manque flagrant, en cette période estivale, de protection et de valorisation de nos plages en vue de faire bénéficier les estivants de baignades et de toutes les prestations de loisirs afférentes.

Vestiges El Djemila – Setif

Heureusement que des solutions existent. Ne serait-ce que celle ayant trait au tourisme interne, alors que plus d’un million et demi d’algériens traversent la frontière est pour profiter des complexes tunisiens ? Une manne de plusieurs centaines de millions d’euros que perd le tourisme domestique.

L’Etat a fait des efforts pour inciter les professionnels privés à investir le secteur et de créer des projets d’aménagement de zones d’expansion touristique.

Mais le saut qualitatif ne pourra se faire que dans un environnement soumis aux normes de qualités internationales et assaini de tout affairisme dans le mode de gestion.

Faut-il rappeler que Lazhar Bounafaâ était alors un fervent défenseur du partenariat public-privé (PPP), chère au gouvernement d’Ahmed Ouyahia et au Forum des chefs d’entreprise (FCE) d’Ali Haddad…

Certains dirigeants d’entreprises publiques ou privées qui se sont lancés dans des affaires de corruption mêlant certains hommes politiques ont été la source du mal que vit notre pays. Ces derniers jours, la justice s’est emballée et les mises en détention d’oligarques et politiques de tous bords font la une des journaux.

Plusieurs voix ont dénoncé la corruption qui gangrène l’administration du secteur du tourisme en Algérie. Les réseaux sociaux se sont même fait récemment échos de la gestion catastrophique du centre de Thalassothérapie de Sidi Fredj, déclenchant une enquête des services de sécurité, à la demande de la justice.

Ahmed Slimani, l’ancien président du conseil d’administration de l’EGT Zéralda ne garde pas un bon souvenir du passage de Bounafaâ à la tête du secteur du tourisme. Ahmed Slimani a adressé une lettre au ministre du Tourisme dans laquelle il liste un ensemble d’irrégularités dans la gestion du secteur.

Ahmed Slimani y cite des irrégularités dans la passation de marchés de concessions des plages, de travaux, dans le versement de salaires indus et dans la non-déclaration de vols…

‘’Les concessions de plages cadrées par l’Etat, font l’objet de marchandage de la part des premiers responsables du secteur. Allez demander à l’exploitant de Khelwi Plage, à la plage attenante à l’’hôtel Riyad à Sidi Fredj. Vous comprendrez l’ampleur de la corruption dans le secteur.’’ Nous a déclaré un jeune cadre du Ministère. Promis nous enquêterons.

Ahmed Slimani a par ailleurs demandé, dans sa lettre adressée à la tutelle en mai 2019, une mission d’audit de l’inspection générale des finances (IGF). En guise de réponse, Ahmed Slimani s’est vu… écarté de son poste.

Lazhar Bounafaâ a visiblement bien du mal à gérer toutes les unités touristiques placées sous sa coupe depuis son installation à la tête du groupe HTT. Des insuffisances dans la gestion publique dont il a eu à répondre auparavant.

Siège de l’OPGI

En effet, l’Office Public de Gestion Immobilière (OPGI) de Dar El Beida avait décidé, à l’instar de nombreuses autres unités, de placer dès 1999, plusieurs Milliards de Dinars dans les caisses d’El khalifa Bank.

En 2015, lors du procès de cette banque impliquant les directeurs des OPGI qui répondaient aux accusations de corruption, de trafic d’influence et bénéfice de privilèges et d’avantages en contrepartie de placements, Lazhar Bounafaâ avait indiqué au tribunal de Blida qu’il avait procédé à des dépôts d’argent que dans le cadre du renouvellement de la convention entre Khalifa Bank et l’OPGI.

Là encore, il s’est contenté, comme bien trop souvent, de charger ses prédécesseurs à l’OPGI, tout en prenant le soin d’épargner le Ministre de tutelle de l’époque, un certain Abdelmadjid Tebboune !

Pourtant ce dernier recevait mensuellement des états détaillés du budget de l’OPGI, où étaient même précisés les noms des banques de domiciliation…

En tout, ce sont plus de 10 milliards de dinars que les responsables des OPGI ont placés auprès de Khalifa Bank. Tout cet argent est parti en fumée.

Lazhar Bounafaâ au siège du conseil constitutionnel

Alors finalement, Lazhar Bounafaâ est-il à la hauteur de la tâche qu’on lui désigné ?

Cet homme, qui a recueilli les 5 millions de signatures pour le 5 ème mandat d’Abdelaziz Bouteflika, et qui était présent lorsque les 7 fourgons de type Master transportant les signatures sont entrés au niveau du conseil constitutionnel, est-il protégé ?

Les 7 fourgons des signatures de Bouteflika

Alors que le procès de Khalifa Bank va être rouvert, le natif de Batna sera-t-il finalement inculpé ?

 

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