A peine lancée, l’initiative de médiation proposée pour désigner 13 personnalités nationales afin de mener le dialoguer avec le régime actuel est d’ores et déjà contestée et compromise. 

La célèbre Moudjahida Djamila Bouhired a démenti très rapidement ce mercredi avoir été contacté pour faire partie du panel de 13 personnalités proposé pour mener le dialogue. Dans un communiqué diffusé massivement par les médias algériens, la Moudjahida a expliqué qu’elle a « appris avec stupéfaction que mon nom figurait sur une liste de personnes, chargées d’organiser un dialogue entre le pouvoir et le mouvement populaire ».

« Alors que des patriotes sont jetés en prison pour délit d’opinion, dont un officier de l’ALN, le frère Lakhdar Bouregaa, il ne peut y avoir de dialogue avec ceux qui nous menacent et nous accusent de trahison. Je réaffirme ma solidarité avec le peuple en lutte pour son émancipation citoyenne, dans la liberté, la dignité et la démocratie », a-t-elle encore ajouté. Ce démenti a jeté très rapidement le discrédit sur cette initiative de médiation qui avait, pourtant, commencé à susciter un grand espoir pour trouver une solution à l’impasse actuelle qui paralyse l’Algérie.

Abderrahmane Arar, le chef de file du Forum civil pour le changement, qui avait pris part en juin à la conférence des dynamiques de la société civile, a, pourtant, assuré très tôt ce mercredi que ces personnalités sélectionnées ont donné leur accord de principe pour former une mission de médiation avec l’institution militaire, la dernière composante du régime actuel en Algérie.

« L’objectif de cette initiative est de participer à la sortie de la crise. Nous avons mené des contacts avec un panel de personnalités connues sur la scène nationale, par leur parcours et par leur engagement. A la fin, nous avons, aujourd’hui, une liste de 13 personnalités qui ont exprimé leur engagement en faveur de cette initiative et qui sont prêtes à participer dans cette médiation et ce dialogue », a expliqué clairement Abderrahmane Arar, militant associatif qui se retrouve, désormais, au coeur d’une très vive polémique en essuyant les critiques les plus sévères sur ses véritables intentions.

Il aura donc suffi de quelques heures et d’un seul communiqué pour discréditer entièrement cette initiative de médiation. Ce n’est pas la première fois qu’une initiative politique est compromise dés le départ. Lorsque le 6 juillet dernier, une conférence nationale a été organisée à Alger pour tracer une feuille de route qui peut proposer des solutions pour permettre à l’Algérie de connaître une véritable transition politique ou démocratique, les critiques ont également plu de tous les côtés. Abdelaziz Rahabi, l’homme qui a été désigné comme coordinateur du Forum national pour le dialogue, a été vilipendé et présenté comme un « opportuniste » qui veut s’offrir les faveurs de Gaid Salah, le chef de l’institution militaire, véritable détentrice du pouvoir en Algérie depuis la chute du clan présidentiel des frères Bouteflika.

Et depuis, personne en Algérie n’a proposé concrètement une solution politique, négociée, consensuelle et pacifique basée sur l’établissement de la confiance entre les Algériens et les autorités. C’est justement l’absence de cette confiance qui est en train de compliquer dangereusement l’équation politique en Algérie.

Personne ne fait confiance à personne. Les politiques sont redoutés, les associations de la société civile suspectées et les anciens hauts cadres de l’Etat rejetés. Le pays s’enfonce dans l’impasse et le climat politique est plus jamais délétère. Preuve en est, les détenus d’opinion et les détenus politiques sont toujours maintenus en prison. Et rien ne risque d’empêcher encore l’arrestation arbitraire de nouveaux manifestants ou personnalités politiques engagées dans les semaines, voire jours à venir. Les signaux sont au rouge et l’Algérie navigue à vue.

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