C’est peut-être le discours le plus agressif et le plus mauvais de Gaid Salah depuis le 22 février. Traiter de traîtres ceux qui demandent un Etat civil contredit de façon flagrante les différentes déclarations selon lesquelles l’ANP accompagne le hirak. Il y a deux raisons à cet énervement. 

La première est que l’EM s’est rendu compte que les relais civils qu’il a sollicités pour faire réussir la réunion du 6 juillet ont été inefficaces et n’ont pas la crédibilité qu’ils ont prétendu avoir. Avec un FLN et un RND infréquentables et des partis islamistes en baisse d’influence, le néo-DRS n’a pas trouvé de relais crédibles dans la société pour convaincre une partie des manifestants du vendredi. L’Etat-Major (EM) comptait sur la réunion du 6 juillet pour envisager une élection présidentielle vers novembre-décembre 2019. L’EM n’aura pas « son » président dans les délais escomptés, et cela énerve Gaid Salah.

La deuxième raison est que, pour la première fois depuis l’indépendance, le pays n’a pas de président légal ou légitime selon les normes même du régime. L’EM apparaît comme l’instance qui prive le pays d’avoir un président et qui fait perdurer la crise politique. Gaid Salah ne veut pas reconnaître et assumer ce blocage qu’il impute « à des traîtres qui haïssent le pays et l’ANP ».

De mon point de vue, le blocage va perdurer jusqu’à septembre-octobre. Si les manifestations du vendredi ne baissent pas en nombre, l’EM va céder du terrain pour discuter des prérogatives constitutionnelles du futur chef d’Etat à élire qui n’aura pas cependant d’autorité sur l’armée. Ce serait un compromis qu’une grande partie de la population accepterait. Ce serait un pas vers la construction de l’Etat en Algérie. Si on se réfère aux expériences européennes de construction de l’Etat, les monarques n’ont pas renoncé à leurs pouvoirs du jour au lendemain.

Le pays est dans la bonne direction. Cette génération aura l’Etat que les générations précédentes n’ont pas eu. A condition de sauvegarder le caractère pacifique des manifestations et d’être conscients que beaucoup de militaires aspirent aussi à un Etat de droit qu’ils serviront avec loyauté. Personne en Algérie ne hait l’ANP qui est un acquis historique du mouvement national.

Par Lahouari Addi 

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