Suite à l’article que j’ai publié sous l’intitulé de « «Gaïd Salah est résolu à en finir avec la corruption », j’ai reçu une avalanche de critiques et de remarques fort désobligeantes, et quelques fois aussi  d’insultes sur ma page Facebook de la part d’extrémistes « culturalistes » se qualifiant  également de « démocrates ».

Ces personnes, dont certaines sont franchement teigneuses, m’accusent d’emblée d’être « pro Gaid Salah » et de soutenir le « système » que le Hirak tente de faire partir. Voici des échantillons des  griefs qui me sont adressés, et qui témoignent par ailleurs d’une indigence politique doublée d’agressivité et de hargne : « Tu accompagnes le hirak depuis le départ pour publier tout et rien, ta position est transparente maintenant. Publie autant que tu veux tes torchons de reddition, l’histoire est en marche ! » ( Fadila B.) « Est-ce que vous soutenez toujours Gaid Salah? C’est la seule position qui m’a étonné depuis que je vous ai découvert il y a de cela dès années! Merci »( Nordine B). Certains me reprochent d’être un agent de Gaid Salah, comme le prénommé Ali V. : « C’ est vrai, me lance-t-il, que vous êtes rallié à Gaid Salah? depuis le temps que j’essaie , j ‘arrive pas, c’est un club fermé qu’ on m’a dit, . ces gens là, ils ne jouent qu’ à la belote jamais au dominos! » Et l’autre de surenchérir : « Cher ami, je vous ai connu beaucoup plus lucide. Comment attendre d’une personne corrompue jusqu’à l’os de lutter contre la corruption ? Vous a-t-il échappé que sa pègre a écumé l’est algérien? Ou êtes-vous en train de brosser dans le sens du poil? » ( Bessadi N.) et le même individu,  ajoute à propos de mon article sur Louisa Hannoune : « Tu essaies de prouver par cet écrit que la justice de notre pays est impartiale et qu’elle aurait reconsidéré le cas de Louisa Hannoune si ses soutiens avaient des arguments valables?! Qu’est-ce qui explique ton récent retournement de veste? ». Donc, je me serai vendu à Gaid Salah, et à l’armée, d’après cet individu pétri d’une culture dogmatique, et qui pense faire déguerpir le chef de l’état major et  toute l’institution qu’il incarne sans nous dire par qui faut-il les remplacer. Tous ces gens qui cherchent à en finir avec le « système politique » n’ont aucune autre alternative à proposer que le dénigrement du système lui-même et ceux qui leur paraissent le soutenir. 

Gaid Salah, corrompu ?

Que me reprochent mes détracteurs ? D’avoir apporté mon appui  au chef de l’Etat- Major qui serait, selon eux, « corrompu ». En supposant qu’il le soit, ma tâche n’est pas celle d’un juge d’instruction ou d’un chef de file de l’opposition, mais  bel et bien celle d’un chercheur qui essaie de comprendre et d’expliquer les ressorts de la politique qui font qu’un militaire  ou un  homme politique puisse changer subitement  de conduite  et de camp sous l’effet des contraintes diverses. Que Gaid Salah, en l’occurrence, était bel et bien avec et dans le camp de ceux et de celles qu’il vient de faire arrêter et placer en prison, ne fait pas de doute. Nul ne nie non plus qu’il était pour le cinquième mandat ou feignait  de l’être. Mais quant à affirmer , comme le font mes détracteurs, qu’il est autant « corrompu » que ceux qu’il a éjectés et fait enfermer dans les geôles, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas.

Ce qui m’importe dans l’action déterminée, décisive, conduite par l’Etat-Major et son chef Gaid Salah, c’est le fait d’avoir été réceptifs aux revendications du Hirak et qui se reflètent à travers la lutte impitoyable  qu’ils ont conduite et qui continuent à mener vaille que vaille contre la corruption, les corrompus et les corrupteurs. En dépit du fait que certains groupes minoritaires crient  à chaque  sortie le vendredi «  Gaid Salah dégage ! » et hurlent « Yatnahaw-Ga3 ! », il n’en reste pas moins que la majorité des manifestants se solidarise avec l’Etat-Major de l’armée et son chef, fût-il « corrompu ». Ce prétendu général « corrompu » a mené quand bien même un travail gigantesque d’assainissement qui pourrait faciliter la phase de transition d’un régime autoritaire et corrompu à un régime démocratique fondé sur la représentation. Il appartient donc au Hirak, qui a permis l’éclosion de cette Révolution pacifique, de choisir lui-même ses représentants, ses portes paroles authentiques, qu’il devrait extraire en dehors des partis dits d’opposition et en dehors d’anciens caciques du régime devenus, par aigreur, des opposants !

La masse du Hirak  ne devrait pas non plus céder aux sirènes de ces groupuscules de « gauchistes » et de pseudo-démocrates qui, par leur idéologie fumeuse, attisent sans cesse le Feu de la Haine et de la passion qui conduit inévitablement  vers la Discorde civile. Ces gens-là n’ont ni projets politiques cohérents ni aucune alternative à proposer. Ils ne savent que brailler et dénigrer.

Affirmer que le chef de l’état- major et les officiers supérieurs qui forment le commandement ont mené un travail d’assainissement salutaire, et qu’ils continuent à le faire, grâce en grande partie à l’action continue du Hirak qui en appelle au changement de fond du système politique, ne signifie pas que l’on est pour la reconduction de ce système politique qui a fait tant de dégâts et produit des immenses gâchis. Une grande partie des revendications du Hirak a été  satisfaite grâce à la justice réactivée et dynamisée par l’Armée. Qu’on le veuille ou non, l’arrestation et le placement en détention  « provisoire » des membres influents de la mafia politico-financière, figurent parmi les revendications populaires. Certes, cette justice pourrait paraître arbitraire et même expéditive, mais elle est inévitable dans le contexte politique du pays caractérisé par un vide institutionnel que seule l’armée peut de combler. La faillite de la classe politique et des partis d’opposition justifie pleinement la prise momentanée des affaires de la nation et de l’Etat par l’institution militaire.

Les pseudo-démocrates et les séparatistes

L’Algérie abrite quantité de pseudo-démocrates, de  gauchistes démodés , de « culturalistes » de tous acabits, et d’autonomistes qui  n’hésitent pas à afficher au grand jour leur haine de l' »Arabe » et du « Musulman » , comme le fait le  MAK que dirige l’excité « fils de chahid », le chanteur Ferhat Mehenni devenu depuis belle lurette la coqueluche de certains médias occidentaux et israéliens. Ceux-ci  ainsi que les les figures emblématiques des « Nouveaux Philosophes », tels Bernard Henri Lévy, Alain Finkielkraut,  et d’autres chantres du sionisme de France et de Navarre, apprécient énormément  le discours séparatiste de Mehenni et de certains de nos  pseudo-démocrates, comme celui du RCD  et de son ex-chef de file, Said Saadi, dont les affinités idéologiques avec les généraux éradicateurs est un secret de Polichinelle. A l’instar de la nébuleuse  néo-fondamentaliste, du type  salafi, Frères Musulmans( MSP, ex-Hamas, Ennahda, etc.), la mouvance « démocrate »  tente, elle aussi, de se fondre dans le hirak pour le canaliser à sa manière  et pour en prendre  éventuellement la direction. C’est dans ce but que des comités d’intellectuels, de manifestes, et des appels  en vue  fondations d’organes « représentatifs » du Hirak

se sont multipliés depuis le 22 février. Ces initiatives ne sont pas le fait de figures nouvelles, qui seraient issues du Hirak lui-même, mais le fait de gens sortis  directement des partis d' »opposition » dite démocratiques aux couleurs bariolées. D’anciens transfuges des partis politiques ( RCD, FFS…) et des militants des droits de l’homme s’efforcent  eux aussi de constituer des cartels « démocratiques » pour séduire le Hirak et s’offrir à lui comme les représentants et les portes -paroles sûrs de sa cause.

Ces partis politiques, ces cartels de  » démocrates », et ces militants politiques aux appartenances idéologiques souvent obscures, et  auxquels s’ajoutent des « personnalités politiques » et des « poids lourds »,  s’efforcent  de se poser et de s’imposer comme une force politique capable de constituer une « alternative démocratique » au régime actuel. Mais de quel régime s’agit-il? De l’ANP ou des trois B qu’elle a désignés au nom de la Constitution pour gérer momentanément  la période de transition nécessaire à l’organisation des élections présidentielles? Avant d’essayer de répondre à cette question, il nous faut nous poser la question sur le passé de ces figures qui font un usage  inapproprié, voire « sauvage »  même de la notion de démocrates, de démocratie et des droits de l’homme. Peut-on dire qu’un parti culturaliste  comme le RCD( son contraire religieux est le FIS dissous), est vraiment démocrate au niveau non pas du discours théorique,  mais au plan de la pratique? Rien n’est moins sûr. 

Ce parti, comme bien d’autres mouvances idéologiques aussi bien « démocrates » qu’islamistes (ex-HAMAS )  et communistes (PAGS, et apparentés), qui ont collaboré à fond  durant la décennie noire avec l’armée et surtout avec la sécurité militaire ( ex-DRS) au nom de la défense de « la démocratie » menacée selon eux par  » la fascisme vert » ( expression que nos » démocrates » ont emprunté au sioniste Bernard Henri Lévy), manifestent aujourd’hui  leur défiance envers l’Etat major de l’ANP et son chef  Gaid Salah,  dont ils exigent le départ sans qu’ils se montrent capables d’une solution de « rechange ». Jamais, dans aucune révolution connue dans l’histoire moderne, n’a pu faire partir en bloc tout le « système » politique. Ni la Révolution française de 1789, ni la Révolution bolchevique d’Octobre 1917, ni la Révolution chinoise de 1949, ni la Révolution portugaise du 25 avril 1974, dite « Révolution des œillets » qui fut conduite par  Le mouvement des Forces Armées, n’ont cherché à faire partir tout le personnel politique et technocratique. Nos dogmatiques de « démocrates » pensent, au contraire, qu’on pourrait facilement se passer de tout le monde, oubliant que le mot même de « transition » suppose une évolution graduelle, non brusque, aux fins d’éviter des glissements politiques dangereux.

Alternative démocratique ou transition démocratique?

C’est pourtant  eux, ces prétendus  démocrates, qui croient devoir former une « alternative démocratique » à je ne sais quel régime ou pouvoir politique. Sans le dire de manière explicite, ces démocrates qui cherchent à gagner la sympathie   et le soutien  politique de certains figures emblématiques (Lakhdar Bouregaâ…) ou d’activistes ( Assoul, Bouchachi), voient d’un  très mauvais œil la démarche adoptée par l’Etat- Major de l’ANP pour assurer et accompagner la période de transition nécessaire à la sortie de crise. Ces démocrates qui n’ont de démocratie que le nom, compliquent  passablement la tâche non seulement à l’armée mais  aussi au Hirak qui se trouve tiraillée entre le désir de la poursuite de la lutte spontanée et pacifique pour faire partir « le régime » dans sa totalité et la nécessité d’une représentation formelle.

Réunis le 26 juin 2019 au siège du RCD, à Alger, ces démocrates constitués d’un rassemblement hétéroclite proclament leur volonté de dialoguer, mais ne disent pas avec qui ni pourquoi ni  comment mener ce dialogue tant réclamé. Le plus étonnant, c’est que cette coalition dite « démocratique » » s’est réunie au siège  du RCD et sous sa houlette  alors que ce parti est notoirement connu pour ses prises de positions radicales en faveur des généraux janvéristes qui avaient été responsables non seulement des milliers de morts et de déportés durant la décennie noire (1990-2002), mais aussi  de l’assassinat  « en direct » du président du Haut Comité d’Etat, Mohamed Boudiaf. Ces démocrates qui comprenaient aussi des communistes du PAGS ( Parti de l’avant garde Socialiste) n’ont jamais marchandé leur appui politique aux généraux « républicains », champions de l’éradication des islamistes qualifiés tous, sans discernement,  d’assassins  et de terroristes.

 Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui se présentent à nouveaux comme démocrates. Champions de l’ambigüité et de l’opportunisme politique le plus consommé, ces démocrates sans pratique démocratique font un appel du pied à l’armée et acceptent le dialogue qu’elle propose pour sortir de la crise politique tout en  insinuant sournoisement que cette armée et son chef ne sont pas légitimes puisqu’ils feraient partie de l’ancien système honni par le peuple, et qu’il faudrait faire déguerpir dare-dare.

Certaine presse, crédule ou partisane, croit aux sornettes de cette mouvance démocratique dont le RCD en est l’un des orchestres . Je lis,  non sans sourire, que « L’alternative démocratique est en train de se construire sur le terrain du Hirak et à travers de multiples initiatives ambitionnant la construction d’une démocratie réelle. La réunion des forces de l’alternative démocratique hier au siège de RCD à Alger en est un exemple. Un pacte politique a été scellé hier et celui-ci se veut clair et concis! Des préalables ont été posés avant l’entame de quelques négociations que ce soit. Les participants ont constaté avec amertume les manœuvres aventuristes de la « contre-révolution », avant d’en souligner la dangerosité. » Mais qui est derrière cette  » contre-révolution », sinon les partisans du statu quo et ceux qui viennent d’être envoyés à la prison d’El Harrach? 

La presse nationale rapporte également que d’anciennes personnalités issues du système politique  « ancien », qui s’effrite à présent sous nos yeux, se présentent comme les figures  les mieux indiquées pour représenter le hirak. Elle les nomme « poids lourds », et ces poids lourds ne sont rien d’autres que des opposants issus du régime que le hirak combat et rejette justement comme la négation de la négation, pour reprendre le vocabulaire de Hegel, de la démocratie représentative. Un journal électronique titre : » Huit poids lourds de la politique pour un dialogue avec l’institution militaire. » Ce journal énumère les noms de ces personnalités sur lesquelles on mise « beaucoup » pour effectuer la transition d’un régime autoritaire et corrompu vers un régime démocratique et transparent à lui-même. Autrement dit, ces organisateurs dont l’identité n’est pas déclinée seraient fait  « d’une belle brochette de personnalités de poids, telles qu’Ahmed-Taleb Ibrahimi, Youcef Khatib, Djamila Bouhired, les ex-chefs de gouvernement Mokdad Sifi, Sid-Ahmed Ghozali, Ahmed Benbitour et, probablement aussi, Mouloud Hamrouche, en plus de l’incontournable Abdelaziz Rahabi qui est déjà désigné comme coordinateur de cet événement. »Sans révoquer en doute la sincérité de ces personnalités citées, il est clair qu’elles sont politiquement connotées comme personnalités « gouvernementales » issues  du système politique que  le Hirak insurgé récuse pour ces mêmes raisons.

Ces anciens opposants au régime, qu’on vient de citer, sont invités à accompagner la transition. Abdelaziz Rahabi ex-ministre de la Culture, de la Communication et porte-parole du Gouvernement sous la présidence  Zeroual, se vit confier « le rôle de coordonner les efforts pour une solution négociée. » Comme il l’écrit lui-même :

« La coordination de la gestion de cette initiative politique globale et inclusive m’a été confiée afin d’adopter l’approche adéquate et mettre en place les mécanismes de sortie de crise, afin d’organiser, dans des délais raisonnables, les premières élections présidentielles démocratiques de l’histoire de l’Algérie »

En l’absence de représentants sortis directement du Hirak, c’est-à-dire de cette masse d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, qui sortent  chaque vendredi depuis des mois pour hurler leur ras-le-bol, leur dégoût du régime politique vermoulu, et dire leur résolution de ne plus accepter la hogra, la corruption, les passe-droit, le risque serait bien plus grand de voir détourner le fruit de ce combat collectif et citoyen au profit soit d’anciens opposants opportunistes, bien versés par ailleurs dans les arcanes de la gabegie, soit au profit des militaires qui profiteraient des   atermoiements du Hirak à trouver les représentants légitimes ou consensuels pour s’imposer comme l’unique alternative politique aux vides béants crées par la quasi vacance du pouvoir. Mais l’armée algérienne n’est pas une quantité statique. Elle changé , mais de manière qualitative. Elle a compris à ses dépends que l’autoritarisme et la « dictature » ont des limites qu’il ne faudrait point franchir. Les jeunes officiers actuels, y compris ceux des Renseignements, n’ont rien à voir avec leurs pairs de la décennie noire. Ils ont compris qu’ils doivent compter avec le peuple dont ils sont issus, et avec lequel ils se sentent proches en vertu de la communauté politique, culturelle, linguistique et religieuse.

Naguère, « l’ennemi intérieur » était l’intégrisme religieux. Il était le bouc émissaire dont souffrirait l’Algérie et la « République » des généraux éradicateurs et « tortionnaires ». Aujourd’hui, l’ « ennemi de la République » encore bananière est formée de toutes les composantes sociales du peuple algérien qui refuse la soumission, la hogra, l’arbitraire et la justice des « coups de fils ». Cet ce peuple « opposant » est mille fois plus redoutable que les intégristes du FIS et des GIA qu’il avait inventés avant d’échapper en partie à son contrôle.

Bref, et bien qu’il soit  prétendument « corrompu », Gaid Salah, n’en poursuit pas moins de manière impitoyable et systématique les corrompus et les corrupteurs dont tout le monde se plaignait avant le 22 février. Ne doit-on pas lui savoir gré, et lui tirer un grand chapeau pour le travail salvateur qu’il vient, lui et l’état- major, d’accomplir avec une efficacité et une diligence inouïe ? Ne doit-on pas comparer la Révolution de nos militaires à celle menée par les capitaines Portugais ? Au lieu de soutenir l’action de l’état-major, certains nostalgiques de l’ordre lézardé, s’évertuent à l’entraver en créant « Yatnahaw_Ga3 ».

 

Par Ahmed Rouadjia 

1 COMMENTAIRE

  1. A.Rouadjia: je vais faire court:Minable tu l’as toujours été,minable tu le resteras. ENSEIGNANT DE PACOTILLE;

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