Les jeunes nés dans l’Algérie indépendante, écrasante majorité de la population sont-ils les fruits amers du repos du guerrier ou les bâtisseurs de l’Algérie d’aujourd’hui et de demain ?

Le discours nationaliste paternaliste faussement moralisateur en direction du jeune n’a plus de prise, celui qui consiste à lui dire : « Ne te demandes pas ce que le pays a fait pour toi mais demandes toi ce tu peux faire pour le pays ». Que vaut cet adage lorsque dans son propre pays, il ne peut ni travailler, ni se loger, ni fonder un foyer, ni se soigner, ni voter librement, ni exprimer son opinion, ni même circuler dans la rue à sa guise.

Pas grand-chose. Comme si on lui reprochait de n’avoir pas participé à la guerre de libération et donc il n’a pas droit au partage du butin de guerre d’où ce cri désespéré des jeunes : « gardez votre butin, emportez le dans vos tombes mais de grâce, donnez-nous du travail, et si vous en êtes incapables, ayez la décence de libérer la place. Nous les jeunes, à force de nous intéresser au football et non à vos combines, nous savons qu’un bon joueur se retire au bon moment, quand il accomplit un grand exploit, c’est à dire avant que ses propres supporters ne le sifflent.

Cela est valable en sport, qu’en est-il en politique ? Pourtant l’exploit restera un souvenir gravé à tout jamais dans la mémoire collective. D’un autre point de vue, vous savez pertinemment que le travail éloigne de nous trois maux : l’ennui, le vice et le besoin. La jeunesse a besoin d’espace et la vieillesse de temps.

Or il ne reste plus beaucoup de à vivre et nous n’avons plus d’espace de liberté pour nous épanouir. Vous n’ignorez certainement pas ce proverbe qui dit les hommes publics sont comme les filles publiques incapables de prendre leur retraite à temps ». En nous condamnant à vivre sans emplois permanents productifs, vous nous livrez corps et âme à la drogue, à la délinquance et à la prostitution et le pays au pillage de ses ressources naturelles non renouvelables par les puissances étrangères. Vous êtes nos aînés, nous vous aimons ; nous n’irons pas « cracher sur vos tombes ». Avant de servir notre patrie, nous devons servir nos parents. Bons ou mauvais, vous êtes nos parents biologiques.

 

Belle ou moche, L’Algérie est notre mère patrie. Elle n’est pas blonde, elle n’a pas les yeux bleus, La France qui vous fascine, nous ne l’avons pas connu, elle n’est pas notre mère adoptive. Et « Ce n’est pas parce que notre mère biologique est tatouée au front qu’elle n’est pas notre mère. Il est vrai qu’elle ne porte de jupe mais elle a sur sa tête un foulard qui la rend encore plus belle à nos yeux.  Elle est vivante dans nos cœurs. Nous ne venons pas d’une autre planète. Nous sommes issus de vous, nous n’avons pas de parents adoptifs, Les parents sont sacrés dans notre religion. Enfants, vous nous avez appris le coran sur le bout des doigts sans nous avoir appris à compter jusqu’à trois, (appel à la mémoire et non au développement de l’intelligence).

Alors, de grâce arrêtez de célébrer les dates, arrêtez de célébrer l’histoire, arrêtez de célébrer les morts, la jeunesse sait que la mort ne peut pas enfanter la vie. Vous nous avez instruits, formés, délivrés des diplômes pour nous retrouver à la force de l’âge adossés aux murs dans des cités dortoirs ou finir dans le ventre des poissons de la Méditerranée et servis dans votre assiette dorée. Quel festin macabre ! Sur un autre plan à quoi bon réviser une Constitution dans laquelle les gouvernants nagent comme des poissons dans l’eau d’autant plus qu’il est plus facile de nager dans de l’eau sale que dans de l’eau propre ». D’ailleurs qui pourra prétendre laver l’eau sale ? La génération qui a libéré le pays a épuisé son capital de sympathie, elle est devenue par la force des choses l’obstacle principal du développement et de la démocratie. Cette génération est discréditée moralement et professionnellement. En dehors des ressources pétrolières et gazières, elle ne peut point gouverner. Elle tient au pouvoir que lui confèrent les recettes du pétrole comme elle tient à la vie.

Elle manque d’ouverture d’esprit et de maturité affective. Au crépuscule de sa vie, elle est dans l’incapacité physique et mentale de céder pacifiquement à la génération de l’indépendance le pouvoir de disposer de leur pays. Une tête bien blanche ne fait pas nécessairement une tête bien saine et encore moins bien pleine. « La valeur n’attend point le nombre des années » dit-on. Les jeunes n’ont pas de pays de rechange, ni passeport diplomatique, ni comptes à l’étranger. Ils vivent, étudient, se soignent en Algérie. Ils souffrent en silence. Ils n’ont que leurs bras pour travailler, leur cerveau pour réfléchir et leur foi en Dieu pour survivre, la paix dans l’âme et l’esprit en éveil. Un pays qui leur a été confisqué par leurs aînés. Des ainés qui ont pour certains la patrie libérée dans leurs poches trouées, alors que les jeunes dans leur grande majorité ont le pays en détresse profondément ancré dans leurs cœurs meurtris. Antoine de Saint-Exupéry disait « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ». L’Algérie appartient à toutes les générations, les hommes sont mortels, nul n’en a la propriété exclusive et encore moins éternelle.

 

L’Etat post colonial a fait la preuve de son inefficacité dans la conduite du développement, par la dilapidation des ressources rares (énergie fossile, terres agricoles, force de travail, etc…), la démobilisation de la population et la fragilisation des institutions minées par la corruption et le népotisme. L’Etat en Algérie est à réinventer. « Quand dans l’œuf, le poussin arrive à maturité, s’il veut vivre, il doit briser la coquille. Or les jeunes veulent vivre. Evidemment la coquille résiste mais le poussin s’agite depuis longtemps mais il naîtra… ». Et il naîtra sur ses deux pattes. Il marche avec ses deux pieds (la fille et le garçon, l’étudiant et l’analphabète, le chômeur et le travailleur) et non sur son ventre en rampant (comme ce fût le cas de leurs aînés sur une très longue période).. Il est né un certain 22 février 2019. Il ne cesse de marcher contre vents et mares. C’est une bénédiction divine. Le monde ne cesse de s’interroger sans trouver une réponse plausible. Nul ne peut s’opposer à la marche de l’histoire, ni la force, ni la ruse, ni l’argent, ni la convergence d’intérêts matériels des grandes puissances Ils sont éphémères. Les civilisations sont mortelles.

Le Hirak est sorti des stades ayant longtemps servi de réceptacles des frustrations et des humiliations des jeunes désespérés poussés à la drogue et au suicide et non des bureaux climatisés et des salons feutrés des élites se qualifiant de militantes et se donnant le titre honorifique d’intellectuelles discourant autour d’un thé à la menthe agrémenté de petits fours faits maison. « Mangeant avec le loup et pleurant avec le berger ». Il est vrai que nous sommes tous intéressés par la « zerda » mais personne n’est concerné par une « touiza » (échange d’idées ou entraide sociale).

 

Par Abdelkader Boumezrag 

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