La génération qui a libéré le pays a épuisé son capital de sympathie, elle est devenue par la force des choses l’obstacle principal du développement et de la démocratie. Cette génération est discréditée moralement et professionnellement. En dehors des ressources pétrolières et gazières, elle ne peut point gouverner.

Elle tient au pouvoir que lui confèrent les recettes du pétrole comme elle tient à la vie. Elle manque d’ouverture d’esprit et de maturité affective. Au crépuscule de sa vie, elle est dans l’incapacité physique et mentale de céder pacifiquement à la génération de l’indépendance le pouvoir de disposer de leur pays. Les élections n’ont jamais été ni le printemps des démocraties ni l’hiver des dictatures. Elles ne font que plébisciter des choix faits ailleurs. Dans un système dominé par la rente et par l’armée, « on rentre propre, on sort sale ». Qui n’a pas été fourvoyée par le système ? C’est la règle, il n’y a pas d’exception. Tous ont vécu de la ponction sur la rente et ont obéi aux ordres. Une personnalité politique connue chargée d’organiser des « élections propres et honnêtes » aurait déclaré un jour nous avons été les « harkis du système ». Le système est corrupteur dans son essence. Sa façade est en faïence en carton-pâte mais l’édifice est en béton « armé ».

Il repose sur des fondations antisismiques devant survivre « aux évènements et aux hommes ». Un système qui place les intérêts des clans au pouvoir au-dessus de la nation. La nation devant s’identifier à son Etat, elle doit le subir. Pour les jeunes âgés de moins de trente ans n’ayant pas vécu les affres de la colonisation, les drames de la guerre civile, et les délices des années fric de la corruption, représentant plus de la moitié de la population, le système n’est rien d’autre qu’une bâtisse en ruine qui risque de s’écrouler à tout moment sur eux. Ils veulent la démolir et reconstruire une nouvelle république conforme à leur propre logiciel. Un changement radical, « tetnahaw gaâ ». Le patriarcat a fait son temps. Le matriarcat est en gestation.

Les femmes ont investi massivement le marché de l’emploi, elles marchent côte à côte avec l’homme. Elles scandent les mêmes slogans dans l’unité et dans l’action. Leur arme de destruction des dictatures est la non-violence. Face au pacifisme des citoyens, le pouvoir est désarmé. Ses forces de répression ne lui sont d’aucune utilité. Ses services de renseignements inopérants, Ses laboratoires désuets. Une révolution est en marche pour un monde nouveau, fait de fraternité, de paix et de prospérité. Les jeunes ne veulent plus finir dans le ventre des poissons de la méditerranée, ils ont décidé de se débarrasser de ce poison qu’on appelle système qui les répriment, les oppriment, les empêchent de respirer et de vivre dans un pays qui est le leur pays où il fera bon de vivre.

Leurs aînés n’ont fait que plébiscité des choix décidés ailleurs pour rentrer dans les grâces de l’occident, leur maître à penser. Ils ont tourné le dos à leur peuple considéré comme un éternel immature. « Il n’y a pas de plus aliéné qu’un cerveau colonisé ». Les élections sont destinées en fait à masquer la nature véritable des régimes autocratiques au regard de l’étranger qui n’est pas dupe. Un curé aurait dit à ses paroissiens : « si ma soutane était en bronze, vous entendrez sonner les cloches ». Le peuple non plus n’est pas dupe, il sait que dans une école, les morts « votent ! » ; par contre dans la rue, seuls les vivants « votent ! », La participation massive aux marches de vendredi est un referendum à ciel ouvert pour dire « système basta ». Les élections ne sont en vérité que des cravates portées par des hommes en djellaba. L’une est formelle, l’autre est fondamentale. Les dirigeants arabes portent des djellabas plus amples pour se mouvoir et plus simple à revêtir qu’un costume de trois pièces indépendantes : le législatif, l’exécutif et le judiciaire. La cravate sur la djellaba, cela fait folklore, un folklore de mauvais goût. Si la djellaba cache les difformités, le costume les met en relief. De la modernité, nous n’avons retenu que les apparences et de l’islam que le rituel.

« L’occident vit sur des mensonges, l’orient dort sur des vérités ». Pour les occidentaux « Deux heures de justice d’un infidèle valent mieux qu’un an de tyrannie en terre d’islam ». Pour les orientaux « Le monde est un jardin dont la clôture est l’Etat. L’Etat est un gouvernement dont la tête est le prince, Le prince est un berger qui est assisté par l’armée. L’armée est faîte d’auxiliaires entretenus par l’argent. L’argent est le moyen de subsistance fourni par les sujets. Les sujets sont les esclaves qu’asservit la justice. La justice est le lien par lequel se maintient l’équilibre du monde ».

L’armée est au service et obéit à celui qui la finance. L’Algérie ne vit que grâce aux revenus pétroliers et gaziers. Qui s’approprie les gisements décide de l’affectation des revenus. Ils sont la propriété de l’Etat et non de la nation. La rente est devenue un enjeu de pouvoir. Qui investit l’Etat s’accapare des ressources de la nation. Tous sont intéressés par la « zerda », personne n’est concerné par la « touiza »

 

Par Dr A. Boumezrag.

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE