Une justice à deux vitesses, une lutte contre la corruption à multiples vitesses. C’est la nouvelle réalité amère à laquelle font face les Algériens. Preuve en est, lorsque les autorités judiciaires ont épluché le très sulfureux dossier de l’industrie du montage des véhicules neufs, elles ont placé en détention tous les hommes d’affaires algériens comme Tahkout ou Oulmi avec Hacène Larbaoui, propriétaire de l’usine KIA en Algérie. Mais ces mêmes autorités ont étrangement ignoré les français de Renault et Peugeot.

Pourtant, les deux groupes français et leurs partenaires ou associés algériens ont profité  exactement des mêmes largesses qui ont été accordées aux oligarques algériens. Mieux encore, les usines des groupes français ont reçu un appui particulièrement inédit et des avantages exceptionnels qui soulèvent de nombreux soupçons.

Le constructeur Renault a bénéficié, à titre d’exemple, d’une méga-exclusivité qui lui garantissait une domination outrageante de 3 années successives sur le marché algérien à  partir de son lancement en novembre 2014. Le gouvernement algérien et à sa tête Abdesslam Bouchouareb, l’ex-ministre de l’Industrie et des Mines, recherché jusqu’à aujourd’hui par la Cour Suprême, s’était engagé à garantir à Renault l’absence totale de toute concurrence durant une période minimale de 3 ans. Ne s’agit-il pas là d’un « privilège » acquis dans des conditions suspectes, pour ne pas dire illégales ? La justice algérienne ne s’est pas trop fatiguée pour tenter de répondre à cette question.

Dans ses enquêtes sur la filière du montage des véhicules neufs, elle n’a adressé aucune convocation à l’un des responsables du projet Renault en Algérie. Et pourtant, ce projet avait bénéficié également des avantages fiscaux et parafiscaux octroyés par le Conseil National de l’Investissement (CNI), présidé par le Premier-ministre algérien. Ces avantages ont été négociés rubis sur ongle par les oligarques algériens. Et les investisseurs français ? Se sont-ils comportés très vertueusement ? L’usine Renault n’a été qu’un simple site d’assemblage à petites cadences. Une simple unité d’assemblage de kits importés (« CKD ») de Roumanie ou de Turquie, tandis que les moteurs venaient de France. De l’importation déguisée et le même modèle a été reproduit par les autres usines de Tahkout, Oulmi ou Larbaoui mêmes si l’usine de Renault à Oran peut paraître beaucoup plus sophistiquée que les autres usines d’assemblage des oligarques algériens.

Renault a dépensé uniquement 50 millions d’euros avec les partenaires algériens dans le cadre de leur coentreprise à 49% (Renault)-51%. C’est donc beaucoup, beaucoup moins que le chiffre faramineux avancé jeudi par les autorités algériennes qui était évalué à environ un milliard d’euros. Tout le reste de l’argent a été octroyé par les banques algériennes notamment les banques étatiques. Le même mécanisme a été employé pour financer les autres usines des marques représentées par les hommes d’affaires emprisonnés en ce moment au bagne d’El-Harrach. Même la future usine Peugeot avait bénéficié des mêmes conditions de lancement alors qu’elle n’était qu’une simple et ordinaire maquette.

En épargnant les projets des constructeurs français, la justice algérienne a manqué d’équité et d’objectivité. Elle a démontré enfin qu’elle avait seulement cherché des motifs pour « se venger » contre les oligarques soutenus par Said Boueflika, l’ennemi juré de l’Etat-Major de l’Armée.

 

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