Le monde carcéral est un univers totalement méconnu en Algérie. Et pourtant, à l’intérieur des prisons algériennes, il se passe des choses pas nettes, mais pas du tout nettes.  En effet, les quelques 60 mille prisonniers algériens vivent dans des conditions déplorables, voire inhumaines, alors que des budgets colossaux ont été débloqués ces dernières années par l’Etat algérien pour permettre au ministère de la Justice et l’administration pénitentiaire algérienne d’humaniser les conditions de vie de nos détenus. 
En effet, durant les années de règne d’Abdelaziz Bouteflika, l’Algérie a financé la construction de nombreuses prisons et la modernisation des plus anciennes maisons d’arrêt. Ainsi, à partir de 2011, au moins treize nouveaux établissements pénitentiaires d’une capacité d’accueil totale de 19 000 places  ont été réceptionnés. Mais les budgets consacrés à ces chantiers sont gérés dans une totale opacité. Pis encore, des budgets, accordés pour l’amélioration des conditions de détention dans de nombreuses prisons, ont été détournés et leurs traces disparues des registres de l’administration pénitentiaire.
Algérie Part est en train de mener une enquête approfondie sur les pratiques de malversations financières qui minaient profondément l’administration des prisons algériennes.  Le directeur général de l’administration pénitentiaire et de réinsertion, Felioune Mokhtar, et son supérieur hiérarchique, Tayeb Louh, l’ex-ministre de la Justice qui avait chuté dans le sillage de l’effondrement du régime Bouteflika, sont cités et impliqués dans plusieurs affaires très troublantes.
Des affaires qui concernent la passation de nombreux marchés de construction de nouvelles prisons, des marchés accordés à de nombreuses entreprises étrangères notamment chinoises dans des conditions qui soulèvent de véritables soupçons de corruption.
Nous enquêtons également dans le cadre de nos investigations sur des travaux facturés et encaissés par des entrepreneurs privés, mais qui ont été financés avec le budget du fonctionnement du ministère de la Justice ! De forts soupçons de corruption pèsent aussi sur les marchés d’acquisition des utilitaires IVECO, les camionnettes employées par les prisons algériennes pour transporter les détenus.
Mokhtar Felioune est, par ailleurs, nommément cité dans une affaire de détournement de 40 millions de Da quand il travaillait au ministère de la justice à l’époque de l’ancien ministre Mohamed Teguia qui avait dirigé ce secteur entre 1993 et 1995. Cet ex-ministre issu des rangs du FLN avait réclamé des poursuites judiciaires mais après son départ et son  remplacement par Mohamed Addami, ce scandale a été étouffé et Mokhtar Felouine a poursuivi son ascension jusqu’à s’imposer comme le premier patron des prisons algériennes en devenant ainsi le protégé et fidèle partenaire de Tayeb Louh.
Pour renforcer leur emprise sur les marchés de ce secteur ignoré et méconnu par les Algériens, Mokhtar Felioune et Tayeb Louh organisaient des réunions secrètes avec plusieurs dirigeants du secteur tels que Boudjemaa Ait Oudia, le DRH du ministère de la justice, dans le but de comploter contre toute personne intègre qui voulait dire non à leur diktat et pratiques mafieuses.
Des pratiques et des affaires ayant permis à Mokhtar Felioune et Tayeb Louh d’acquérir plusieurs biens immobiliers. Pour la prospérité des affaires, plusieurs directeurs véreux des prisons algériennes ont été « couverts » et « protégés » par Tayeb Louh et Mokhtar Felioune.
Nous avons essayé, à plusieurs reprises, de contacter Mokhtar Felioun pour lui réclamer des explications et des réponses concrètes, mais en vain. Quant à Tayeb Louh, il se cache depuis plusieurs semaines à Oran pour tenter de se faire oublier en espérant survivre à cette « purge » dictée par le haut commandement militaire de l’ANP afin de satisfaire les revendications populaires des Algériens.  Affaire à suivre…

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