Djamel Ould Abbès en prison. Ouyahia en prison. Sellal en prison. Amara Benyounès en prison. Plusieurs oligarques richissimes et influents sont également en prison. Mais Tayeb Louh demeure toujours « intouchable ». L’ex-ministre de la Justice fut tout de même l’un des incontournables piliers du régime Bouteflika et le principal artisan de « la justice arbitraire du régime algérien ». 

Ni les médias, ni les services de sécurité ni encore moins les juges ne s’intéressent à ce ex-cacique qui se cache, désormais, à l’ouest du pays en espérant survivre miraculeusement à cette purge opérée dans le sérail algérien. C’est pour cette raison que nous venons de lancer une nouvelle enquête sur un dossier très sulfureux lequel implique directement le sinistre Tayeb Louh.

Ce dossier concerne l’utilisation des bracelets électroniques par la justice algérienne. Un projet officiellement adopté en février 2018 dans le sillage de la loi n°18-01 du 30 janvier 2018 complétant la loi n°05-04 du 6 février 2005 portant code de l’organisation pénitentiaire et de la réinsertion sociale des détenus qui avait été publiée au journal officiel.

D’après cette loi, la «surveillance électronique» concerne les personnes condamnées à une «peine privative de liberté ne dépassant pas trois ans, ou lorsque le restant de la peine à subir n’excède pas cette durée».

Cette nouvelle loi stipulait, par ailleurs, que «le bénéfice du placement sous surveillance électronique, est subordonné aux conditions suivantes : le jugement doit être définitif ; le concerné doit justifier d’un domicile ou d’une résidence fixe ; le port du bracelet électronique ne doit pas nuire à la santé du concerné ; le concerné doit s’acquitter des amendes auxquelles il a été condamné».

En outre, il faut savoir que «le placement sous surveillance électronique emporte, pour le condamné, interdiction de s’absenter de son domicile ou du lieu désigné par le juge de l’application des peines en dehors des périodes fixées par la décision de placement» et que «les périodes et les lieux sont fixés en tenant compte de l’exercice d’une activité professionnelle par le condamné, du fait qu’il suit un enseignement ou une formation, ou effectue un stage ou occupe une fonction ou qu’il suit un traitement médical ».

D’autre part, le juge de l’application des peines peut contraindre un prisonnier qui bénéficie du bracelet électronique à «exercer une activité professionnelle, suivre un enseignement ou une formation professionnelle ; ne pas se rendre en certains lieux ; ne pas fréquenter certains condamnés, y compris les auteurs ou complices de l’infraction ; s’abstenir de rencontrer certaines personnes, notamment les victimes et les mineurs ; respecter les conditions d’une prise en charge sanitaire, sociale, éducative ou psychologique, destinée à permettre sa réinsertion sociale».

Pour finir, «le placement sous surveillance électronique emporte également pour le condamné, l’obligation de répondre aux convocations du juge de l’application des peines ou de l’autorité publique désignée par lui».

Le projet fut donc ambitieux. Mais sur le terrain, les promesses faites par Tayeb Louh se sont transformées en un véritable fiasco. Depuis ces annonces trompeuses, les Algériens n’ont plus jamais entendu parler des bracelets électroniques. Et pourtant, à la fin du mois d’avril 2018, le Directeur général de la modernisation au niveau du ministère de la Justice, M. Akka Abdelhakim, l’un des plus fidèles soldats de Tayeb Louh, avait fait savoir que l’Algérie est classé » « deuxième pays en Afrique et premier dans le monde arabe » concernant l’utilisation des bracelets électroniques. D’après le collaborateur de Tayeb Louh, pas moins de vingt individus poursuivis en justice bénéficient actuellement de cette mesure jusqu’à la fin avril 2018.

Le même soldat de Tayeb Louh se targuait dans plusieurs déclarations médiatiques que le ministère de la Justice « a acquis une grande expérience en matière de modernisation et de maîtrise de ces équipements sophistiqués ».

Algérie Part a commencé ses investigations pour vérifier ces annonces fantaisistes. Oui, fantaisistes car dans la réalité, le dossier des bracelets électroniques n’a fait aucune avancée majeure en Algérie. Pis encore, ce dossier cache un véritable scandale de dilapidation de deniers publics qui peut mener Tayeb Louh tout droit à la prison.

Et pour cause, nous avons découvert des éléments troublants indiquant des malversations financières entourant le budget de pas moins de 80 millions de dollars accordé par le ministère de la Justice à l’époque de Tayeb Louh pour importer depuis la Chine et introduire ces équipements en Algérie. Ce budget a été géré dans une totale opacité et aucun contrôle à postériori n’a été exercé pour veiller sur sa transparence et efficacité. Pis encore, des sommes considérables en devises ont disparu et ont été dépensées pour acquérir des bracelets électroniques qui n’ont guère été utilisés !

En effet, nous avons découvert au cours de nos investigations qu’une première expérience pilote avait totalement échoué dans la wilaya de Tipaza. La cour de Tipaza avait été sélectionnée par le ministère de la Justice pour tester cette nouvelle technique et ces nouveaux équipements. Deux détenus jugés au tribunal de Koléa ont été sélectionnés pour porter ces bracelets électroniques. Après quelques semaines, cette expérience tourne à l’échec car la très mauvaise coordination entre les services de sécurité et les services de l’administration judiciaire a entièrement saboté le bon usage de ces bracelets.

Les deux détenus ont été finalement dépossédés de ces bracelets électroniques et remis sous contrôle judiciaire. Et depuis cette expérience, plus personne n’a entendu parler de ces bracelets électroniques. Mais où sont partis donc tous ces millions de dollars débloqués par Louh et gérés par ses soins pour « humaniser nos prisons » et lutter contre la surpopulation carcérale ? Algérie Part publiera bientôt des révélations fracassantes sur ce dossier épineux.

 

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