19è vendredi de la contestation populaire et le régime est encore en place, essayant de gagner du temps et de faire diversion avec l’emblème amazigh pour affaiblir le hirak. Même s’il est en place, le régime est désormais sur la défensive et n’a plus les moyens de s’imposer politiquement. Une preuve entre autres : le journaliste Abdou Semmar accuse régulièrement le chef de la gendarmerie de malversations financières sur son journal Algérie Part.

Dans les années, 1990, il aurait été abattu par le DRS, et l’APS aurait dit « qu’un journaliste laïc a été assassiné par des islamistes ». À Alger, Oran, Constantine… des milliers de manifestants accusent le Chef d’Etat-Major de trahison (khawana) sans que les forces de sécurité n’aient la force de les arrêter. Les forces de sécurité n’ont pas le personnel ni la logistique pour arrêter des centaines de milliers de personnes !

Bien que politiquement fini, le régime résiste et refuse la transition demandée par le hirak. Pourquoi ? Parce que l’EM craint que les nouvelles autorités poursuivent devant les tribunaux les officiers impliqués dans des violations de droits de l’homme et dans des malversations financières. L’EM a besoin d’un délai de un ou deux mandats présidentiels pour soustraire ces officiers à la justice du nouveau régime. 5 ou 10 ans pour se faire oublier et disparaître dans la nature.

Les généraux de l’EM misent sur la conférence du 6 juillet qui devrait, selon eux, préparer la phase de l’élection présidentielle qui mettrait fin à la contestation populaire. Les généraux hésitent entre Ali Benflis et Abderrazak Mokri qu’ils feront élire en espérant qu’ils susciteront un minimum d’adhésion populaire. Si Ali Benflis est l’hypothèse faible, A. Mokri est l’hypothèse forte dans les plans des généraux qui ont besoin d’islamistes dociles pour donner une assise religieuse à un nouveau régime militaro-islamiste.

C’est le sens de l’expression Novembria-Badissia prononcée récemment par le général Gaid Salah.  Mais la population n’acceptera pas ce plan et la réunion du 6 juillet, qui publiera une plate-forme avec des vœux pieux, sera un non-événement. L’analyse des slogans des manifestants des vendredis indique que le hirak veut une transition avec des hommes nouveaux qui n’ont jamais appartenu ni au pouvoir formel ni à la fausse opposition. C’est le sens de la formule Yatnahaw Ga3. Le hirak réussira parce qu’il exprime la volonté de la majorité de la population et probablement d’une partie importante des officiers supérieurs tenus à l’obligation de réserve.

 

Par Lahouari Addi, professeur de sociologie à l’Institut d’Études Politiques de Lyon et chercheur à Triangle, laboratoire du CNRS 

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