Le discours de ce mercredi soir d’Abdelkader Bensalah était plus qu’un discours. C’est toute une feuille de route au cours de laquelle l’Etat algérien promet d’organiser des élections transparentes et impartiales conformes aux exigences des manifestants algériens. 

Pour convaincre les Algériens, Bensalah a promis, d’abord, que l’Etat n’organisera pas ces futures élections présidentielles dont la date n’a pas été encore arrêtée. Mieux encore, le ministère de l’intérieur, l’organisateur habituel des scrutins en Algérie, sera écarté de ce processus électoral qui sera confié à « l’organe ou l’autorité électorale indépendante à mettre en place » et qui « aura pour mandat d’organiser et de contrôler le processus électoral dans toutes ses étapes ». L’annonce est importante, voire historique. C’est la première fois que l’Etat algérien prend un tel engagement. Depuis l’arrêt du processus électoral en 1991, l’Algérie n’a jamais connu une élection légitime. Aujourd’hui, l’Etat algérien est-il réellement sincère et saura-t-il être à la hauteur de cet engagement ?

Pour convaincre les plus réticents, Bensalah a lancé un appel au dialogue à toute la classe politique algérienne pour « débattre et d’arrêter la configuration de cette entité et de fixer ses missions et attributions, son mode d’organisation et de fonctionnement ainsi que sa composante, y compris, éventuellement, les personnalités consensuelles devant la diriger ».

Bensalah est allé jusqu’à annoncer que cette entité va se substituer à l’administration publique et « sera appelée à intervenir sur tout le territoire national et aura, en conséquence, des démembrements au niveau des wilayas, des communes et des circonscriptions électorales de notre communauté à l’étranger ».

Une loi spécifique devrait être adoptée pour permettre la mise en place de cet organe, a affirmé encore Bensalah qui a souligné, en outre, la nécessité d’adapter, en conséquence, le dispositif législatif et règlementaire, notamment la loi électorale. Il a relevé ainsi la nécessité de réviser cette loi pour « y introduire toutes les garanties, à même de faire en sorte que ce scrutin puisse répondre à toutes les exigences d’impartialité, de régularité et de transparence ». « Comme il sera également nécessaire d’examiner l’articulation entre cet organe qui sera créé et la Haute instance indépendante de surveillance des élections, prévue par la Constitution, dont il est possible de revoir la composition », a-t-il ajouté.

Fort de tous ces arguments, Bensalah a clôturé sa feuille de route en annonçant que l’élection présidentielle « reste la seule solution démocratique viable et raisonnable » pour transcender les écueils de cette étape cruciale de l’histoire de l’Algérie ». Le discours est beau, les promesses sont séduisantes. Mais la réalité est loin de correspondre à ce monde enchanteur dessiné par Bensalah. Le dialogue politique se heurte aux emprisonnements arbitraires, répression brutale des manifestations et placement en détention de plusieurs voix discordantes. Ces pratiques totalitaires ne favorisent nullement un dialogue ouvert ni permettra l’organisation d’une élection présidentielle transparente et légitime.

 

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