C’est un dérapage inédit. Jusque-là, les services de sécurité ont géré les grosses manifestations du vendredi algérien avec beaucoup de calme et de professionnalisme. Mais, cette fois-ci, un seuil dangereux vers la répression aveugle vient d’être franchi.  Depuis le 22 février, date à laquelle le Hirak algérien a commencé pour réclamer le changement profond du système de gouvernance en Algérie, les forces de l’ordre avaient pour mission d’encadrer uniquement ces millions de manifestants qui envahissent les rues de la capitale Alger et de toutes les autres villes du pays. 

Ce 19 vendredi a été totalement différent puisque face à la marée humaine des manifestants algériens, les forces de sécurité se sont comportées avec beaucoup de violences multipliant les provocations les plus ridicules et absurdes. A Alger-centre, des interpellations  musclées ont été opérées parmi les manifestants portant des drapeaux berbères. Les policiers ont même procédé à une chasse du drapeau berbère, parfois sous les huées des manifestants ! Ces scènes hallucinantes ont été immortalisées par les vidéos postées massivement sur Facebook par des témoins oculaires.

Face à cette violence caractérisée, les acteurs du Hirak algérien ont fait preuve d’un inouï sens des responsabilités. Des bénévoles pacifiques  sont intervenus pour empêcher des accrochages entre les manifestants et les forces antiémeute. Tout était bien organisé pour éviter des affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants pacifiques. A l’occasion de ce 19e vendredi, le dispositif policier déployé à Alger était clairement disproportionné. Dieu merci, il n’a pas dissuadé les manifestants qui ont su comment déjouer ce diktat sécuritaire pour « libérer » le centre-ville après la prière du vendredi de « l’occupation policière ».

Pour l’heure, il demeure difficile de quantifier les arrestations perpétrées par les forces de sécurité. Selon plusieurs sources concordantes, des dizaines de manifestants ont été interpellés et conduits vers des commissariats. Certains d’entre eux ont été molestés, d’autres placés en garde-à-vue. A titre d’exemple, le RCD, parti de l’opposition, a annoncé l’arrestation d’une élue de l’APW de Tizi-Ouzou.  « Elle passera cette nuit et celle de demain dans les geôles du système au commissariat central d’‘Alger. Dimanche, elle sera présentée au procureur de la République auprès du parquet du tribunal de Sidi-Mhamed », a expliqué un responsable de ce parti sur sa page Facebook. 

Ces dérives sont inquiétantes. Honteuses et indignes des promesses formulées par l’institution militaire laquelle s’était engagée auprès des Algériens pour « les accompagner jusqu’à la réalisation de leurs voeux ». Les décideurs du commandement militaire de l’ANP doivent se ressaisir rapidement et intervenir en toute urgence mettre fin à ces pratiques dangereuses. Il y va de la stabilité et de l’avenir du pays. L’histoire ne pardonnera jamais un écart qui portera un préjudice à la sécurité et intégrité de l’Algérie.

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