Le placement en détention provisoire de simples fonctionnaires dans de gros dossiers de corruption actuellement en cours de traitement par la Cour d’Alger et le tribunal d’Abane Ramdane à Sidi M’hamed est en train de susciter une énorme polémique. 

Ces petits cadres sont soupçonnés d’avoir manipulé des marchés publics au profit des oligarques influents du sérail de Said Bouteflika. Mais, en réalité, ces petits fonctionnaires n’ont en réalité aucune prérogative concernant ces procédures de passation de marchés publics contrairement aux ministres, les walis et les dirigeants politiques à l’image des sénateurs, députés et d’autres élus.

L’incarcération de plusieurs salariés au pénitencier d’El Harrach, au même moment que d’autres poids lourds ont écopé d’un simple contrôle judiciaire, soulève de nombreuses interrogations sur la fiabilité des poursuites judiciaires enclenchées par le parquet général de la Cour d’Alger.

En effet, encerclés par la centralisation des décisions d’une part et le pouvoir des oligarques d’autre part, beaucoup de fonctionnaire n’ont pas eu d’autre choix que de se soumettre à la pression de la tutelle par le biais de leurs supérieurs hiérarchiques. Mais avec une justice soi-disant libérée, ce principal facteur ne semble pas être pris en réelle considération et pourtant avant le 22 Février 2019, c’est dans ce même parquet et avec ces mêmes magistrats que des centaines de braves algériens étaient condamnés par des verdicts arbitraires pour avoir désobéi aux instructions de l’ancien clan présidentiel si ce n’est pour dire, de l’actuel gouvernement indésirable, le tout, avec bien évidemment, la bénédiction des enquêteurs, les mêmes qui essayent aujourd’hui de détecter la dilapidation de deniers publics.

Ne serait-il donc pas plus juste de commencer par les protecteurs du fameux clan présidentiel au lieu que de s’acharner sur des pauvres fonctionnaires délabrés ?

Accusé dans l’affaire du transport estudiantin (Cous) qui est monopolisé depuis des années par le puissant oligarque Mahieddine Tahkout, et plus précisément depuis la création de l’Office national des œuvres universitaires en 2005, le directeur régional de Tipasa (Dj.M) avait indiqué lors de sa comparution devant le tribunal d’Abane Ramdane de Sidi M’hamed que le cahier de charge relatif au marché des bus estudiantins était établi en forme d’un canevas émanant de l’office national des œuvres universitaires (Onou) et certifié non seulement par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, mais aussi par le contrôleur financier.

Mais le juge d’instruction interrompt brusquement l’audition en déclarant : « désolé Monsieur, mais vous auriez dû décliner les directives et saisir la justice, la raison pour laquelle je vous mets sous mandat de dépôt ».  Pris de panique, le directeur conteste et attaque : « c’est injuste, avez-vous décliner les décisions de Tayeb Louh ? », avait-il lancé en mettant en cause la sentence du juge d’instruction. Le juge s’était énervé en ripostant violemment : « c’est vous le coupable, et pas moi. Allez, sortez-le vite de mon bureau et ramenez-moi le prochain ».

Voici donc comment les enfants d’une Algérie mal gérée subissent le dégrisement de tout un système qui ne cesse de changer à chaque fois son déguisement.

Par Anes.N

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