Combattre la corruption, la bureaucratie dévalorisant le couple intelligence/ travail sur lequel doit reposer tout développement fiable et donc d’asseoir un Etat de droit, ce  rêve si cher à tous les Algériens sera t-il réalisé ? C’est l’objet de cette présente contribution  d’une brûlante actualité et de surcroît très sensible  en soulignant avec force que la corruption socialisée devient un danger  menaçant les fondements de l’Etat  et donc la sécurité nationale.

 Le commandement de l’ANP  s’est engagé par la voix de son vice ministre  de la défense nationale, chef d’Etat major de l’ANP en date du 17 juin 2019 à ce « qu’aucune exception ne sera faite à quiconque, cette voie sera celle que l’institution militaire veillera à entreprendre avec détermination, posant ainsi les jalons de l’affranchissement de l’Algérie du vice de la corruption et des corrupteurs avant la tenue des prochaines élections présidentielles» et que  devant la gravité de la situation,   que toutes les solutions sont ouvertes grâce au dialogue productif, pour trouver rapidement une issue à la crise dans le cadre constitutionnel

Mauvaise gouvernance, bureaucratie et corruption

Les différents scandales financiers en Algérie, qui touchent l’ensemble des secteurs publics et privés puisque la corruption s’étant socialisée, relatés chaque jour par la presse nationale, dépassent souvent l’entendement humain du fait de leur ampleur, encore que tout Etat de droit suppose la présomption d’innocence afin d’éviter les suspicions et les règlements de comptes inutiles. Pourtant, ces constats témoignent de la désorganisation des appareils de  l’Etat censés contrôler les deniers publics et surtout le manque de cohérence entre les différentes structures en cette période difficile de transition d’un système étatique à une véritable économie de marché concurrentielle renvoyant à la refondation de l’Etat objet de cette modeste contribution. Ces scandales jouent comme facteur à la fois de démobilisation des citoyens par une névrose collective du fait que ces montants détournés sont la propriété de toute la collectivité nationale, et comme frein à l’investissent national et international porteur de croissance et de création d’emplois durables.

Cependant, et il faut le souligner, c’est pour la première fois de l’histoire de l’Algérie que des procès publics ont lieu, du fait que la corruption existe depuis l’indépendance politique. Cela dénote de l’urgence d’une moralisation de la vie publique, en mettant en place d’autres mécanismes qui évitent que ces pratiques ne se reproduisent.

La mise en place de ces mécanismes transparents renvoie à plus de liberté, d’efficacité économique, de justice sociale,( indépendance de la justice), de moralité des institutions et de démocratie. Il ne s’agit pas de créer des commissions sans lendemain qui n’ont jamais fonctionné et se pose la question quel est le rôle des institutions dont  la Cour des Comptes institution dépendant de la Présidence de la République selon la Constitution , de l’Inspection Générale des Finances , étant paradoxal qu’elle dépende d’un Ministre pouvant être juge et partie et des commissions parlementaires ? Aussi s’agit-il de s’attaquer à l’essence de ce mal qui ronge le corps social qui est la bureaucratie paralysante qui envahit tout le corps social, en fait impliquant la refonte de l’Etat.

C’est que la lutte contre la mauvaise gestion et cette corruption qui se généralise tendant à être socialisée, implique avant tout une moralisation de la pratique des structures de l’Etat eux mêmes au plus haut niveau, niveau de dépenses en contradiction avec les pratiques sociales malgré des discours moralisateurs, avec cette montée de la paupérisation qui crée une névrose collective.

Car c’est seulement quand l’Etat est droit est qu’il peut devenir un Etat de droit Quant à l’Etat de droit, ce n’est pas un Etat fonctionnaire qui gère un consensus de conjoncture ou une duplicité provisoire, mais un Etat fonctionnel qui fonde son autorité à partir d’une certaine philosophie du droit d’une part, d’autre part par une assimilation consciente des besoins présents de la communauté et d’une vision future de ses perspectives. La manière dont sont gérés les services collectifs et l’administration alors que l’on s’appesantit souvent sur la gestion uniquement des entreprises publiques ayant à leur disposition une fraction importante du budget de l’Etat, la gestion de ces segments contredit les règles élémentaires de ce que les économistes font rentrer dans le cadre de l’économie publique.

S’il faille éviter les règlements de comptes inutiles et qu’une personne est innocente jusqu’à preuve du contraire, (présomption d’innocence), pourtant comment croire aux discours, mobiliser les citoyens au moment où certains responsables au plus haut niveau ou leurs proches sont impliqués ou supposés impliqués dans les scandales financiers et peuvent-ils avoir l’autorité morale auprès tant de leurs collaborateurs que de la population algérienne ? La problématique du contrôle permanent durant la phase de la nouvelle politique économique algérienne implique le passage d’une économie à dominance étatique centralisée à une économie décentralisée impliquant l’ensemble des acteurs économiques et sociaux, loin de toute injonction administrative de type bureautique étouffant l’épanouissement des énergies créatrices. De ce fait le contrôle institutionnel (Cour des Comptes, Inspection Générale des Finances IGF, Direction Générale des Impôts) sans parler des contrôles routiniers des services de sécurité, devra s’insérer dans ce nouveau cadre pour une moralisation de l’Etat lui même par une plus grande DEMOCRATISATION des décisions économiques, sociales et politiques solidaires, où chaque acteur a un rôle strictement défini.

La mise en place d’une économie de marché concurrentielle à base de concertation sociale dans le cadre de l’interdépendance mondiale – loin de TOUT MONOPOLE -impliquera de définir à l’avenir avec précision le rôle de l’Etat dans le développement économique et social et par là la nature du contrôle à mettre en œuvre. La dilution des responsabilités à travers la mise en place de différentes commissions témoignent de l’impasse du contrôle institutionnel en dehors d’un cadre cohérent, où les règlements de comptes peuvent prendre le dessus, alors que l’objectif est une totale transparence pour crédibiliser toute décision. Et lutter contre la bureaucratisation qui enfante la corruption. Le bureau comme l’a montré le grand sociologue Max Weber est nécessaire dans toute économie mais il doit être au service de la société. Il est nécessaire au fonctionnement de toute économie mais non fonctionner comme en Algérie comme pouvoir bureaucratique qui fonctionne en vase clos et qui est le pouvoir numéro 1, car les pratiques sociales contredisent souvent les discours si louables soient-ils.

Aussi si l’Algérie du XXIème siècle, veut s’insérer harmonieusement dans le concert des Nations, la politique économique et sociale au sein de l’espace euro méditerranéen et arabo-africain ( par le dialogue fécond des cultures) devra avoir pour fondement la bonne gouvernance liée à la réhabilitation de l’entreprise, au savoir par la maîtrise de la connaissance , la ressource humaine étant l’élément déterminant.

Et il n’y aura pas de développement en Algérie sans la réhabilitation du savoir et des couches moyennes productives base d’ailleurs de tout pouvoir fiable. Le nivellement par le bas (populisme) est source de démotivation et l’antinomie même du développement durable. Or le développement durable en Algérie est bloqué du fait de  la faiblesse des réformes micro-économiques et institutionnelles et sur la nécessité de l’intégration de la sphère informelle qui renvoient à la construction d’un Etat de Droit, base de l’économie de marché et ce, afin de pouvoir favoriser une saine concurrence et attirer les flux d’investissement nécessaires pour une croissance hors hydrocarbures condition de l’atténuation de la pauvreté et du chômage, la vocation de Sonatrach n’étant pas de créer des emplois. Car où en est la réforme de l’école dont la dévalorisation du niveau devient alarmante ? Après les scandales financiers à répétition qui touchent tous les secteurs que dévoile quotidiennement la presse nationale et les importants découverts d’une minorité de monopoleurs rentiers auprès d’autres banques publiques, nous assistons à des recapitalisation à répétition des banques publiques qui se chiffrent à plusieurs milliards de dollars US ais que l’épongement de la dette publique sans s’attaquer grâce à la rente des hydrocarbures épuisable à terme  sans s‘attaquer aux causes qui sont l’inefficacité de la dépense publique, la mauvaise gestion et la corruption , risquant de revenir à la case de départ.

Ainsi la réforme bancaire, lieu de distribution de la rente, doit toucher fondamentalement la nature du système et donc la propriété et pas seulement la rapidité de l’intermédiation financière (aspect purement technique), rapidité qui paradoxalement pourrait faciliter des détournements plus rapidement si l’on ne s‘attaque pas à la racine du mal qui ronge le corps social. Ainsi se pose la question suivante : combien de banques ont-elles une comptabilité décentralisée selon les normes internationales, seules condition d’audits internes sérieux ? Il convient de se poser la question de savoir si l’on peut continuer dans cette voie hasardeuse, situation qui menace le fondement de l’Etat lui-même et la sécurité nationale.

Dans ce cadre, la sphère informelle produit historique de l’extension de la bureaucratie rentière qui tire sa puissance de l’existence même de cette sphère tissant des réseaux diffus de corruption n’est que la traduction de la faiblesse de la démocratisation du système économique et politique, donnant d’ailleurs du pouvoir à ceux qui contrôlent l’information ; Transparency International dans ses rapports 2000/2019 classe l’Algérie parmi les pays qui connaît un taux de corruption élevé . Ainsi les surfacturations et l’utilisation de la distorsion du taux de change permettent la fuite de capitaux. La méthode résiduelle de la Banque Mondiale l’évalue à plusieurs dizaines milliards de dollars  avec d’importants mouvements pour certaines périodes fonction de la situation politique et socio-économique et des produits hors des frontières  fonction des politiques de subventions supportées par le trésor algérien  et  de la distorsion des taux des taux de change.

La sphère informelle, produit des dysfonctionnements des appareils de l’Etat produit la corruption

La lutte contre le terrorisme bureaucratique en Algérie renvoie à la problématique de la sphère informelle, en fait à la construction d’un Etat de droit qui implique une bonne gouvernance et pose la problématique d’une manière générale à la difficile construction de l’économie de marché concurrentielle et de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle. Car la sphère informelle, produit de la bureaucratie, contrôle plus de 40% de la masse monétaire en circulation somme colossale, avec une intermédiation financière informelle réduisant la politique financière de l’Etat sans compter toutes les implications socio- politiques et socio- économiques. Elle ne s’applique pas seulement aux catégories socio-économiques. La rumeur souvent dévastatrice, dont la voie orale est dominante en Algérie, alors que le monde avec la révolution d’Internet devient une maison de verre, n’étant que la traduction de la faiblesse de la gouvernance. Or son intégration est urgente loin des mesures autoritaires (répressives) qui produisent l’effet inverse, et ce, afin de pouvoir favoriser une saine concurrence et l’émergence de la véritable entreprise lieu permanent des richesses et donc favoriser les flux d’investissements nécessaires pour une croissance hors hydrocarbures condition de l’atténuation de la pauvreté et du chômage, la vocation de Sonatrach n’étant pas de créer des emplois. . L’intégration de la sphère informelle selon une vision cohérente, dont la délivrance facile des titres de propriété doit aller de pair avec par une participation plus citoyenne de la société civile et devrait favoriser la légitimité de tout Etat du fait qu’elle permettra à la fois de diminuer le poids de la corruption à travers les réseaux diffus et le paiement des impôts directs qui constituent le signe évident d’une plus grande citoyenneté Or, les deux éléments fondamentaux qui caractérisant le fonctionnement de l’Etat de droit et l’économie de marché concurrentielle sont la confiance et les titres de propriété Premier élément la confiance est à la base des échanges : des interviews précises réalisées par De SOTO un des plus grand spécialistes dans ce domaine montrent qu’à une question en Suède : « Est-ce que vous faites confiance aux autres Suédois ? La réponse est que 65% des Suédois disent « oui, je fais confiance à un autre Suédois ». Aux Etats Unis presque 54% des Américains disent oui, je fais confiance aux autres Nord-américains. Quand on arrive au Brésil, c’est seulement 8% qui font confiance aux autres Brésiliens. Quand on arrive au Pérou, c’est 6% et les Argentins, entre 1 et 2%. Qu’en est-il en Algérie où le cash prédomine dans toutes les transactions internes ? Dans les pays développés, la carte de crédit donne un droit de transaction alors que dans la plupart des pays en voie de développement est exigé souvent le liquide avec une intermédiation informelle qui traduit la faiblesse de toute politique monétaire interne de l’Etat. Et là, on revient à la confiance. C’est toute la problématique de la construction de l’économie de marché et d’une manière générale, la construction de l’Etat qui est posée. Cela a des incidences sur la gestion de l’Etat qui ne sait plus planifier les besoins en eau potable, en électricité- gaz, téléphone, conduite d’évacuation et autres prestations de services. Autre élément significatif des enquêtes de l’auteur combien de temps ça prend si vous voulez acheter les droits, c’est-à-dire la délivrance des titres de propriété. Si vous devez respecter le cheminement de tous les circuits (à cela s’ajoutant la faiblesse de la culture économique et politique du simple citoyen ainsi que l’amoncellement de tous les dossiers en litiges au niveau des institutions du pays qui souvent ne sont pas informatisées, l’ensemble des démarches (longs circuits) pour avoir un titre légal prend 17 années en Egypte, 21 années au Pérou et pour les Philippines 25 ans. Il y a lieu, également, de mesurer le temps pris en moyenne pour éviter la destruction et donc marchander avec la bureaucratie (corruption). Dans la plupart des pays, ce sont des notables qui établissent des actes non reconnus, certes, par l’Etat mais qui ont valeur de transaction au sein de cette sphère informelle. On peut émettre l’hypothèse que c’est l’Etat qui est en retard par rapport à la société qui enfante des règles qui lui permettent de fonctionner. En fait, l’importance de cette sphère informelle pose tout un problème politique. Car, où est la crédibilité d’un Etat qui ne contrôle que 30 à 40% des activités économiques ? Cela n’explique t-il pas la difficulté de construire un Etat de droit. Cela ne signifie pas à travers les expériences historiques qu’il ne peut y avoir d’économie de marché sans Démocratie. En effet nous avons assisté à une économie de marché très forte en Amérique Latine notamment celle du Chili, venue à travers Pinochet et actuellement en Chine. Il en est de même en Asie à Singapour ou en Corée du Sud. Mais dans la plupart des cas, cela été l’échec en raison notamment de la corruption généralisée du fait de la faiblesse de contrepoids démocratiques. Aussi la majorité des pays (avec des variantes options libérales ou social- démocrates et régimes présidentiels ou parlementaires ) a opté pour des régimes démocratiques, avec une participation plus active de la femme , comme l’Occident, l’Asie récemment la plupart des pays de l’ex camp soviétique et depuis une décennie la plupart des pays Amérique latine, les pays arabes et surtout d’Afrique étant les plus en retard, ( la Chine , étant une exception allant vers une libéralisation progressive maîtrisée). Ainsi je reste persuadé à travers les expériences historiques que la vision autoritaire n’est pas soutenable sans la démocratie. Car avec le temps, et du fait des mutations mondiales, la dynamique socio-économique engendrera de nouvelles forces sociales avec de nouvelles exigences donc plus de liberté et de participation à la gestion de la Cité.

3.– Lutte contre la mauvaise gestion et la corruption, une priorité pour la sécurité nationale.

Les différents déficits ont été financés par prélèvement sur le Fonds de régulation des recettes qui s’est épuisé, dont les ressources sont générées par les plus-values sur les produits de la fiscalité pétrolière. Cette bonne santé  financière exogène a été permise depuis 2000 grâce au cours élevé des hydrocarbures et non pas grâce à la gouvernance interne: pour preuve les exportations hors hydrocarbures représentent moins de 3% du total dont plus de 70% de déchets ferreux et semi –ferreux.

Ainsi, il faut éviter l’illusion monétaire, l’Algérie étant une économie rentière dépendante à la fois du cours du pétrole et du dollar et ce de 1963 à 2019. Pour rappel sur les 5/6% de taux de croissance hors hydrocarbures entre 2000/2018, et certainement encore pour de longues années, invoqué souvent par les officiels, 80% des segments dont le bâtiment, travaux publics, hydraulique sont irriguées indirectement par la rente des hydrocarbures restant aux entreprises créatrices de richesses pouvant vivre sur leur autofinancement moins de 20% à la participation du produit intérieur brut.

Mais, les mêmes causes provoquent les mêmes effets. Car, l’on ne s’est pas attaqué aux causes originelles de la dette publique et le risque est de revenir à la case de départ comme le frein à la création des entreprises créatrices de richesses, les services collectifs et l’administration vivant du transfert et ne créant pas de richesses. les contraintes d’environnement qui ne sont pas levées (bureaucratie, système financier sclérosé, le foncier, système socio-éducatif non adapté). Si l’on excepte la mauvaise gestion de certaines entreprises publiques qui accaparent une partie importante du financement public, il ne faut jamais oublier l’administration et les services collectifs dont les infrastructures qui également accaparent une autre fraction actuellement plus importante. Pour cela, rappelons que la dépense publique a été de plus de 1100 milliards de dolalrs entre 2000/2018 avec un taux de croissance dérisoire –moyenne de 3%, approchant le taux de croissance démographique ( population au 01/01/2019 de plus de 43 millions d’habitants)  alors qu’il aurait du dépasser 10% :mauvaise gestion ou corruption ?Le rapport de la banque mondiale concernant justement ce programme publié en septembre 2007 et remis aux autorités algériennes toujours d’une brûlante actualité note par des exemples concrets concernant les infrastructures la mauvaise performance des dépenses d’investissement en Algérie étroitement liée aux carences en matière de gestion des dépenses publiques.

D’où l’urgence de la rationalisation de la dépense publique. Les services collectifs doivent être gérés selon des normes fiables étant souhaitable dans ce cadre de l’adoption de l’obligation de la loi de règlements budgétaires pour pouvoir permettre à l’APN de contrôler l’affectation et l’efficacité des deniers. A ce titre il convient de se poser la question de l’efficacité des transferts sociaux souvent mal gérés et mal ciblés qui ne s’adressent pas toujours aux plus démunis. Il semble bien qu’à travers  toutes les  lois de finances  l’on ne cerne pas clairement les liens entre les perspectives futures de l’économie algérienne et les mécanismes de redistribution devant assurer la cohésion sociale, donnant l’impression d‘une redistribution passive de la rente des hydrocarbures sans vision stratégique, bien qu’existe certaines dispositions encourageant l’entreprise.

Dans ce cadre, de la faiblesse de la vision stratégique globale, le système algérien tant salarial que celui de la protection sociale est diffus , et la situation actuelle, plus personne ne sait qui paye et qui reçoit, ne connaissant ni le circuit des redistributions entre classes d’âge, entre générations et encore moins bien les redistributions entre niveaux de revenus ou de patrimoine. Or, le principe tant de l’efficacité économique et donc motiver au travail, que de justice sociale (les économistes parleront d’équité) pour éviter le divorce Etat/citoyens exige que l’on résolve correctement ces problèmes fondamentaux devant reposer sur des mécanismes transparents.

S’est-on interrogé une seule fois par des calculs précis le prix de revient des services du chef du Gouvernement, des différents Ministères et des wilayas et APC, de nos ambassades (car que font nos ambassades pour favoriser la mise en œuvre d’affaires profitables aux pays ?), du coût des différents séminaires, et réceptions et commissions par rapport aux services rendus à la population algérienne ? Ces dépenses constituent un transfert de valeur que paye la population qui est en droit, en Démocratie, de demander l’opportunité et la qualité du service rendu, mais que voile le transfert de rente en Algérie qui est la propriété de tout le peuple algérien. Or ces segments sont importants en tant qu’éléments devant favoriser la création de surplus, la fonction étatique devant s’inspirer des normes économiques spécifiques (dont on ne peut leur appliquer les principes de productivité des entreprises contrairement à la déclaration de certains politiques) et non se limiter aux actes administratifs bureaucratisés sclérosants. La difficulté de quantification n’exclut en aucune manière l’analyse qualitative.

Aussi, il est impérieux de proposer aux responsables de ces activités des instruments d’analyse pour améliorer leurs choix. Cela est lié à deux conditions essentielles : d’une part, fixer clairement les objectifs permettant d’atteindre l’optimum et d’autre part définir clairement les moyens pour atteindre ces objectifs. Si cela est aisé dans la sphère marchande concurrentielle que l’on peut imager par une fonction de production, dans les services- collectifs existent des difficultés. Au niveau des objectifs : ils sont souvent multiples et imprécis. Ainsi, par exemple, au niveau de l’éducation, une politique d’éducation ne définit pas seulement son contenu pédagogique mais- également ses retombées économiques, sociales, culturelles voire politiques à moyen et long terme. Ainsi, les objectifs sont diversifiés. En ce qui concerne les moyens : il n’est pas aisé de calculer avec précision les effets exercés de la combinaison des différents facteurs de production mis en œuvre. Par exemple, au niveau de la santé, la bonne santé d’un ménage ne dépend pas seulement des soins médicaux mais aussi des conditions de logement, d’hygiène, d’éducation. Cependant, il convient de relativiser l’appréciation pour certains segments des services collectifs car au niveau du privé concurrentiel, les agents-consommateurs et producteurs, au moyen de différents tâtonnements, déterminent soit les objectifs, soit les moyens, certes imparfaitement tenant compte de l’algorithme social. Nous pouvons toutefois faire progresser l’analyse en mieux spécifiant la notion de services collectifs afin d’encourager la mixité qui favorisera la concurrence et généraliser le mode de gestion privée.

Si bien entendu les mécanismes préalables d’instauration de l’économie de marché sont mis en place, existant une économie mondialisée avec l’essor de l’économie personnalisée à travers des réseaux complexes, les services collectifs devant contribuer indirectement à accroître la valeur ajoutée des Algériens à la valeur ajoutée mondiale. Ainsi, en reprenant certains travaux d’économie publique, nous distinguerons, en termes opératoires, le bien public du service public et les services collectifs divisibles et ceux indivisibles. Le bien collectif est le support du service collectif.

Quant aux services publics ils désignent des services dépendant exclusivement des administrations publiques et rejoignent la catégorie des services tutélaires, la puissance publique agissant en tant que tutelle vis-à-vis des consommateurs. C’est la vision dictatoriale du choix : exemple l’éducation obligatoire: Si l’on s’entend sur cette classification, l’on a ainsi les services collectifs indivisibles : exemple, la défense nationale, l’administration générale, la justice et la sécurité. Par contre, les services collectifs divisibles comme l’éducation, la santé, la radio- télévision, la recherche appliquée se prêtent facilement à la mixité et au calcul d’optimum. Dans ce cadre, les travaux d’analyse, des coûts / avantages sociaux, les techniques américaines du Planning programming budgetary system (PPBS) ou françaises, technique de la rationalisation des choix budgétaires reposant sur la décomposition des dépenses publiques par objectifs aux moindres coûts, sont d’un apport appréciable pour les audits sur les services collectifs afin de tester de leur efficience.

Il s’agit au sein de sous-sections compartimentées de définir une fonction -objectif permettant d’atteindre l’optimum sous réserves de contraintes tant internes qu’externes. La mise en oeuvre de ces instruments de mesure traduit la volonté de faire le pont entre la micro et la macro- économie d’une part, d’autre part de lier les mécanismes macro-économiques et macro- sociaux permis- grâce à l’analyse systémique, le modèle étant ouvert et non fermé du fait de l’environnement mondial turbulent et variable. La gestion des services collectifs, l’amélioration de leur efficience dépend en grande partie de la mise en place des mécanismes globaux de régulation selon une vision cohérente, datée dans le temps, tant dans le domaine politique, institutionnel, économique que social. Les services collectifs doivent être gérés selon des normes fiables étant souhaitable dans ce cadre de l’adoption de l’obligation de la loi de règlements budgétaires pour pouvoir permettre à l’APN de contrôler l’affectation et l’efficacité des deniers.

– L’absence d’un système d’information fiable rend difficile le contrôle

La non maîtrise des données internationales, la faiblesse dé la codification existante, la rente ayant pendant des années comblée les déficits au nom d’une paix sociale fictive, la marginalisation des compétences, tout cela engendré fondamentalement par la nature du système bureaucratique expliquent l’effondrement du système d’information à tous les niveaux ou parfois des responsables sont informés par la presse ignorant le fonctionnement de leur secteur. Or, la base de toute décision repose sur une information fiable et une erreur de politique économique peut se chiffrer en pertes pour la Nation de plusieurs centaines voire des milliards de dollars. Il existe  des liens complexes entre le façonnement des comptes au niveau des entreprises et l’environnement et lorsqu’on invoque la « mauvaise gestion  ».

Il y a  lieu de bien cerner l’ensemble des causes internes et externes du résultat brut d’exploitation. D’autant plus que les opérateurs qu’ils soient publics ou privés durant cette phase où la bureaucratie est omniprésente subissent des injonctions qui échappent à leurs propres initiatives. Cela est plus patent pour les entreprises publiques et les différentes formes d’organisation qu’elles ont connues depuis l’indépendance à nos jours ne font que traduire les rapports de force liés aux partages de la rente. Le passage  des fonds de participation aux Holdings, puis au SGP en a été une illusion.

Ces chevauchements de compétences expliquent en grande partie le manque de transparence. La confusion des rôles jouant comme vecteur dans ce sens dans la mesure où la forme d’organisation ne fait que traduire les objectifs ou les non objectifs qui ont un soubassement politique. La marginalisation des compétences et l’exode de cerveaux qui prend des propositions alarmantes dans la mesure où cela constitue un détournement financier indirect n’en sont que la conséquence. Ces structures hétéroclites bloquent la circulation de l’information qui en cette fin du XX siècle avec la révolution d’Internet constitue le véritable pouvoir, certaines sous structures ou personnes acquérant plus de pouvoir par la détention de certaines informations. Ces réseaux croisés – étanches – expliquent que lors de séminaires à intervalles de quelques mois, des responsables différents donnent des chiffres différents parfois contradictoires. Par exemple les différents taux de croissance donnés qui contredisent les tests de cohérences.  La non maîtrise parallèlement des techniques de sondage où l’on distingue généralement pour les audits le sondage pour acceptation des attributs ( taille de l’échantillon 850 ) le sondage pour acceptation (taille 300) et le sondage de dépistage ( taille 150 ) avec un taux d’erreur acceptable entre 1 et 2 % , ces trois techniques cherchant à estimer des proportions, complétées par la technique du sondage pour estimation des variables ( estimation des valeurs), accentuent la désinformation ; car les enquêtes exhaustives reviennent extrêmement chères sans compter la perte de temps.

Dès lors au niveau macro-économique obtient t- on souvent des résultats erronés en termes de test de cohérences. D’autant plus que l’Algérie ayant opté pour le système de comptabilité internationale, – S.E.C.N – onusien – a substitué le produit intérieur brut à la production intérieure brute ( la PIB ) avec l’extension du caractère productif aux activités non marchandes comme l’administration, les assurances et les services collectifs aux activités non marchandes comme l’administration, les assurances et les services collectifs avec l’introduction du caractère de résidence des activités au lieu du caractère territorial de la PIB. Cela pose toute la problématique d’ailleurs du contrôle des services collectifs dont la gestion repose sur des méthodes dépassées à l’instar du système bancaire totalement sclérosé en termes de méthodes de gestion.

Car ces structures ont à leur disposition des sommes importantes par le canal du budget et se pose le problème de leur efficience en termes d’optimalisation des services publics. Ce qui m’amène a la troisième partie de mon exposé à savoir le contrôle économique lié à la mise en œuvre des réformes pour favoriser une plus grande transparence. D’où l’importance d’un système d’information transparent car du fait de sa   faiblesse ; il y a des  difficultés de l’appréciation des performances. Certes l’innovation du plan comptable national P.C.N par rapport au  PCG de 1957, du nouveau système comptable  s’inspirant de la nouvelle nomenclature européenne, (l’autre modèle comptable étant celui des anglo-saxons) est d’essayer d’établir le pont entre la comptabilité nationale et la comptabilité de l’entreprise en mettant en relief un agrégat important celui de la valeur ajoutée. Comme la tenue obligatoire du bilan du compte d’exploitation et des 15 tableaux annexés ainsi que certaines masses classées par ordre décroissant de liquidité – fonds propres – investissement, stock – créances – dettes, charges – produit et résultat d’exploitation, par des recoupements permettent de calculer une batterie de ratios. Mais tout le décideur il convient de se poser les questions ci ces données sont fiables. Ont-elles une portée qui permet des décisions cohérentes? Car l’expérience montre souvent des amortissements exagérés par rapport aux normes internationales pour des unités comparables, le gonflement de la masse salariale qui éponge la valeur ajoutée l’absence d’organigrammes précis des postes de travail par rapport au processus initial, gonflement démesuré des frais de siège qui constitue un transfert de valeur en dehors de l’entreprise avec prédominance des postes administratifs, comptabilités à prix courants de peu de signification ne tenant pas compte du processus inflationniste.

Et comme au niveau macro-économique la production est production de marchandises par des marchandises nous sommes dans le brouillard pour tester les performances individuelles surtout en absence de comptes de surplus phvsico-financiers à prix constants qui peuvent aider à suppléer à ces déficiences. Aussi s’agit de bien spécifier les facteurs internes à l’entreprise des facteurs externes. Au niveau interne car beaucoup de gestionnaires rejettent la responsabilité sur les contraintes d’environnement en soulignant l’importance des créances impayées, force de travail inadaptée, blocage bancaire, infrastructures (logement – santé, routes ) mais oublient d’organiser leur entreprise. Combien d’entreprises publiques possèdent-elles la comptabilité analytique afin de pouvoir déterminer avec précision leur coût car l’objectif est de produire au moindre coût alors que l’ancienne culture était mue par l’unique dépense monétaire.

Combien d’entreprises établissent un budget prévisionnel cohérent- du personnel, des achats, des ventes déterminant les écarts hebdomadaires, mensuels entre les objectifs et les réalisations, ces opérations budgétisées étant la base du plan de financement, sans compter la faiblesse des différents travaux comptables de base : – fiche de pré-capitalisation, fiche récapitulative de la journée, tenue du compte respectif sur chaque feuillet, la vérification sur imprimante de l’égalité des débits et crédits puis la division des documents sur le journal. Tout ce travail mécanique mal synchronisé rend extrêmement difficile l’élaboration des budgets sans lesquels le contrôle externe est extrêmement difficile, voire impossible. Au niveau externe car plusieurs facteurs externes déterminants dans le façonnement des comptes relèvent de la politique économique nationale, elle même fonction des aléas de la conjoncture internationale du fait de l’extraversion de l’économie algérienne. Or, l’absence d’observatoire de l’évolution des cours boursiers rend problématique la rubrique achat de matières premières figurant dans le compte d’exploitation générale sans compter les taxes douanières dont le taux s’applique au cours. Bon nombre de produits comme le blé, le rond à béton ect… sont cotés journellement à la bourse. Les fluctuations des monnaies clefs ont des incidences aussi sur le prix d’achat. A titre de comparaison une baisse de 14 % du cours du dollar entraîne une perte en valeur d’exportation hydrocarbures  de 500 millions de dollars à prix constants.

L’évolution de la structure des taux d’intérêts qui a des répercutions sur la rubrique frais financiers. Sans entrer dans le débat complexe sur la détermination des taux d’intérêts, disons que les observations empiriques montrent une corrélation nette entre l’évolution de la masse monétaire, le niveau général des prix, le niveau de production et de productivité. Si l’entreprise est attentive à ce taux, en matière de politique économique, ce serait une erreur d’agir sur le taux à la baisse par injonctions administratives car il faut s’attaquer à l’essence qui est l’évolution de la masse monétaire pour avoir des incidences à terme à la baisse.  Facteur essentiel et déterminant est l’évolution du cours du brent dans la mesure où le prix du gaz est indexé sur un panier de 8 pays du Moyen Orient et de l’Afrique. Toute baisse d’un dollar entraîne une baisse de 300/500 millions de dollars de recettes en moyenne annuelle et donc freine la capacité de financement des entreprises par ricochet, l’économie algérienne étant mono-exportatrice. Enfin dernier facteur l’évolution de l’endettement extérieur dont le service de la dette constitue  » une fuite  » en termes économiques.

Pour l’Algérie le remboursement de la dette par anticipation entre 2000/2008 a permis de limiter cette fuite du fait que le poste service( paiement des compétences étrangères avec ce paradoxe fuite des cerveaux algériens 10/11 milliards de dollars/an entre 2010/2018 ) tend à prendre la relève de l’ancien service de la dette , devant prendre en compte la balance des paiements et non pas uniquement la balance commerciale .

-L’efficacité du contrôle lié à la maitrise des phénomènes économiques mondiaux et à la maitrise du cadre macro-économique interne

L’Algérie à l’avenir s’insérera dans le cadre euro-méditerranéen et globalement de l’axe Europe-Afrique dont le sous segment méditerranéen constitue le vecteur dynamisant, à travers la stratégie tripolaire mondiale Amérique – Asie avec la dominance Chine – Europe. La compréhension des mécanismes boursiers, des trois monnaies clefs l’évolution du Dollar, du Yen et de l’Euro et certainement le yuan chinois dans les années à venir a des incidences importantes sur sa trésorerie parallèlement aux fluctuations du Brent, encore que le prix du gaz tend à être déconnecté du prix du pétrole, à la baisse  et qui représente GNL et GN 33% des recettes de Soonatrach.

Une formation adéquate tant au niveau central que local s’avère urgente pour atténuer les effets pervers et réaliser une bonne prospective, d’autant plus que le management, l’innovation, avec la dominance des services constitueront à l’avenir le moteur de la croissance. C’est que les facteurs contribuant à la compétitivité sont classés : 4O % changement des structures, 40 % nouvelles technologies et 20 % réduction des coûts et amélioration de la production. Cette insertion à l’économie mondiale suppose la stabilisation du cadre macro-économique. Les réformes structurelles ont comme base la réussite de l’effort de stabilisation macro-économique afin de réduire le taux d’inflation qui rendent impossible tout projet à maturation lente.

Cependant la relative stabilisation macro-économique serait éphémère sans de profondes réformes institutionnelles et micro-économiques dont le dossier privatisation constitue l’élément central. Ce dossier devra être géré à l’avenir démocratiquement loin de la vision bureaucratique, avec transparence condition essentielle de sa réussite, d’une manière cohérente et pragmatique Si l’on veut éviter un échec programmé car l’actuelle expérience n’est pas concluante. Son accélération selon une nouvelle forme organisationnelle devient une urgence de l’heure. Ce qui m’amène à évoquer un autre point fondamental, le prix du marché comme indicateur fondamental de l’allocation des ressources rares et réformes micro-économiques. Le passage d’un système centralisé à une économie de marché concurrentielle implique de profondes réformes structurelles afin que le système des prix relatifs parallèlement à l’insertion à l’économie mondiale par l’unification du taux de change, la libération du commerce extérieur, le levier du tarif douanier devant à l’avenir répondre aux critères de l’organisation mondiale du commerce ( OMC) dont l’Algérie est observateur depuis mars 1995. Nous ne dresserons que les grands axes. Premièrement, la  refonte du système financier, base de l’économie de marché dont d’ailleurs le dernier rapport de la Banque Mondiale sur l’Algérie déplore sa léthargie. Sans réseaux liés au système mondial il ne faut pas s’attendre à la réussite des réformes. Le projet passé du Ministère des finances instaurant un holding par banque s’il constitue une avancée par rapport à la tutelle ministérielle avec quatre filiales devrait méditer les expériences financières internationales qu’un holding est la résultante du marché et non d’une décision décentralisée. Les lenteurs bancaires contredisent l’effet temps qui est de l’argent plusieurs semaines voire des mois pour virement .Cela est intolérable au niveau international. Deuxièmement,  la refonte du régime foncier dont la facture alimentaire couvre le PNDA n’ayant pas eu les effets escompté, l’OMC interdisant tout dumping à l’exportation) devient impérative car le patriotisme à ne pas confondre avec le nationalisme chauviniste source d’intolérance,  à l’avenir se définira par l’amélioration de ce secteur reflété par une balance devises excédentaire.

Troisièmement,  la refonte du système socio-éducatif du primaire au supérieur en passant par la formation professionnelle inadaptée à la révolution de l’économie informationnelle et dont les taux de déperdition malgré un budget croissant sont inquiétants.

Quatrièmement, la refonte de la gestion des services collectifs en introduisant pour les biens divisibles des paramètres marchands pour tester de leur efficacité tout en encourageant leur mixité, les expériences américaines, européennes et japonaises récentes devant être méditées en fonction du contexte historique spécifique. L’administration notamment doit être au service de l’économique et du social et non fonctionner en vase clos bureaucratique lorsqu’un Wali accueillera un investisseur désirant créer des emplois avec éclat au perron de sa wilaya avec un tapis rouge, la mutation culturelle et le changement du système auront commence.

Cinquièmement,  sous réserve de la refonte du système financier en relation avec celui de la sécurité sociale, la bourse des valeurs en économie de marché est le lieu de la sanction économique appliquant concrètement la loi de l’offre et de la demande. Mais si cette création dans une première phase constitue un apprentissage, mais étant aberrant de créer une bourse étatique ce qui constitue une hérésie économique ( des entreprises d’Etat déficitaires achetant des entreprises d’Etat déficitaires) pour l’Algérie l’avenir de l’Algérie selon les prospectives est dans le cadre de la bourse méditerranéenne. La future banque méditerranéenne, maillon de la banque du moyen orient et de l’Afrique du Nord décidé à AMMAN en novembre 1995 devrait s’insérer par une coordination des banques centrales avec la future banque centrale européenne à travers des réseaux dans le cadre global Europe – Afrique horizon 2020/2030. Aussi sous réserve de la modification nécessaire de la propriété, permettant aux titres divers de circuler librement sans entraves étatiques, transitoirement, la commission des opérations de bourse des valeurs devrait garantir la sécurité des transactions, la sécurité des clients.

Pour l’Algérie cela suppose à l’avenir une révision du droit des affaires du plan comptable national intégrant la comptabilité des sociétés et par conséquent l’élargissement de la mission d’audit à travers des équipes pluridisciplinaires complexes où travailleraient l’économiste- gestionnaire, le sociologue, le juriste le technologue par spécialité – et le comptable. Sixièmement, et cela est fondamental, les mécanismes de contrôle en économie de marché doivent  définir clairement le droit de propriété et la nature du rôle de l’Etat pour favoriser le contrôle. Qui est propriétaire ? Car pour pouvoir sanctionner une entité, il faut qu’elle ait été responsable. Peut- on sanctionner un directeur général qui a subi une injonction externe. Un directeur général d’entreprise publique est-il propriétaire dans le sens économique large- véritable pouvoir de décision-de son entreprise? Qui est propriétaire de l’ensemble de ces unités économiques et de certains segments des services collectifs se livrant à des opérations marchandes? C’est toute la problématique du passage de l’Etat propriétaire gestionnaire à l’Etat Régulateur ou stratège que n’ont résolu jusqu’à présent ni la structure des fonds de participations ni la nature des holdings, si les sociétés de participation de l’Etat SGP qu’ils soient de 1O, 20 ou 30.

– Avoir une vision stratégique pour un contrôle durable

Pour mettre en place les mécanismes de contrôle, il ya lieu d’éviter l’écueil de vouloir cerner tous les problèmes à la fois. Toute démarche scientifique exige de partir du général pour revenir au particulier afin de proposer des solutions concrètes aux problèmes multidimensionnels auxquelles est confronté le pays, les tactiques devant s’insérer dans le cadre d’une vision stratégique à moyen et long terme.

Dans toute société où domine un Etat de droit , c’est la norme du droit qui reprend sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté. La gouvernance, bonne ou mauvaise, prend sa source de l’esprit des lois et non des fantaisies chatouilleuses. Le passage de l’Etat de « soutien » à l’Etat de droit est de notre point de vue un pari politique majeur car il implique tout simplement un nouveau contrat social et un nouveau contrat politique entre la Nation et l’Etat. Dès lors, la question centrale qui se pose est la suivante : vers quelle mécanique politique se penchera la refondation politique en cours en Algérie, celle qui instaure un vrai consensus pour une concorde non seulement nationale mais communautaire ? En réalité, la question qui mérite d’être posée aujourd’hui : est-ce que les pouvoirs politiques algériens successifs ont édifié un Etat national d’abord et qu’est-ce qu’un Etat national dans le cas algérien précisément car, il faut bien le rappeler, il n’y a pas d’Etat national standard. Il n’y a que ce que les équipements anthropologiques intrinsèques peuvent modeler comme système politique inhérent à chaque situation socio-anthropologique. La nouvelle politique économique algérienne et donc d’un contrôle transparent devra mieux articuler le jeu du marché et l’action de l’Etat dans son rôle d’encadrement macro- économique et macro- social, au sein d ‘un espace équilibré et solidaire, objectif stratégique de l’urgence d’une panification stratégique et donc d’une de la prospective, car l’effritement du système d’information devient inquiétant. En effet, comme nous l’avons constaté tout au cours de cette analyse, la mission du contrôle en économie de marché implique une nouvelle culture et la valorisation du savoir.

De ce fait le contrôle institutionnel – contrôle normal – s’insère dans ce cadre stratégique afin de moraliser la vie publique, éviter les détournements, et permettre au pays d’avoir une croissance durable. Mais les lois économiques sont insensibles aux slogans. Pour preuve, en cas de distorsion du taux de change, les études de la Banque Mondiale à partir de la méthode résiduelle montrent que les transferts de capitaux à l’étranger sont importants, résultants de l’utilisation par les agents des mécanismes économiques. Cela s’applique également aux mouvements de capitaux internes avec l’extension de la sphère informelle ou les cambistes jouent sur le taux de change officiel et celui du marché parallèle de devises.

Cela ne peut constituer un vol au sens du code pénal mais pose toute la problématique d’un système démocratique véritable et que ne sauraient remplacer les actions coercitives et autoritaires. Pour preuve le rythme de développement du marché informel est proportionnel aux actions bureaucratiques. En fait tout cela implique la refonte de l’Etat et donc une nouvelle gouvernance. Cela pose  la question fondamentale des objectifs politiques liés à l’instauration soit d’une économie de marché véritable s’insérant dans la globalisation de l’économie où d’un statut quo préjudiciable à l’avenir du pays. Car en économie, il n’existe pas de secteurs stratégiques, non stratégiques, de secteurs prioritaires, non de secteurs prioritaires, mais des segments concurrentiels tous privatisables selon un planning préétabli et au sein d’une structure homogène comme en témoigne l’expérience de bon nombres de pays et des segments non concurrentiels à la charge de l’Etat car financièrement non rentables mais socialement nécessaires : exemple : infrastructure, éducation, santé, défense nationale, recherche-développement. De ce fait l’Etat régulateur retrouve sa vocation naturelle de nerf de la cohésion sociale de lutte permanente contre l’exclusion et la pauvreté – une société excluant et d’une politique d’aménagement marginalisant étant vouée à la décadence – au moyen de mécanismes de redistribution transparents et du territoire reposant sur le dialogue et la concertation par une adhésion des acteurs locaux.

Pour comprendre cette situation et trouver les moyens de son dépassement il y a lieu de poser fondamentalement la nature du Pouvoir qui peut être synthétisé sous formes de cercles interdépendants ou à l’aide de modèles matriciels avec des pondérations suivant les rapports de force du moment mais évolutifs.Ainsi les politologues distinguent quatre (4) cercles de décision.  Le premier cercle est celui par lequel transitent toutes les décisions sans exception Président de la République et son staff y compris le Chef du Gouvernement ou le Premier Ministre , le Ministre des Finances, de la Justice de l’Intérieur et de la Défense Nationale.

Le second cercle est composé des administrations sectorielles..Le troisième cercle de la décision est celui des syndicalistes, organisations professionnelles ou patronales, associations, entreprises publiques et privées,  Le quatrième cercle est l’ensemble des organisations politiques ( émanation du parlement) juridictionnel ( Conseil Constitutionnel, Conseil d’Etat, Cour des Comptes). Pour le cas spécifique à l’Algérie. Il existe un cinquième cercle pouvant être représenté par l’extérieur du fait des accords internationaux de l’Algérie notamment avec le FMI, la Banque Mondiale et d’autres institutions internationales (CEE – OMC). ) Il va sans dire que cette organisation reflet de l’avancée du processus de démocratisation – intimement liée à un meilleur contrôle implique de mieux définir à l’avenir les textes d’application tenant compte des liens entre la démocratie politique économique et sociale, et surtout de leurs mises en œuvre sur le terrain. Pour les différents cercles énumérés l’on peut modéliser sous formes d’un schéma matriciel pour déterminer les enter-actions complexes entre les différents acteurs de la vie sociale face à certaines décisions, l’élément socio- culturel devant être pris en charge. C’est que la crise mondiale actuelle a bien montré l’urgence de l’intervention des Etats du fait que les mécanismes de marché seuls ne garantissent pas la transparence. Pourtant, la transparence dans le système d’information constitue la base de la mise en place des mécanismes de l’économie de marché afin que le vecteur prix soit l’indicateur fidèle de l’allocation des ressources rares supposant une maîtrise de l’inflation, l’idéal est que ce taux approche O %. Du fait que toute société est caractérisée par les imperfections des marchés – hypothèse de marchés totalement concurrentiels étant la tendance idéale. L’intervention de l’Etat régulateur s’avère stratégique afin de concilier les coût sociaux et les coûts privés, mettre à la disposition des opérateurs préoccupés par leur gestion quotidienne, de l’information afin de minimiser les risques, donc les coûts, au moyen d’observatoires au niveau macro-économique, parallèlement à une politique monétaire, fiscale, douanière, claire, permettant des prévisions sur le moyen et le long terme.

Nous revenons aux mesures de stabilisation évoquées précédemment et à l’urgence de profondes réformes structurelles, seule condition d’une reprise d’une croissance durable atténuant les tensions sociales à terme dont le flux additionnel d’emplois   est de 300.000/400.000 /an qui s’ajoute au stock de chômage actuel -La démonopolisation et dé-bureaucratisation accélérée doit constituer une priorité car les entraves peuvent se chiffrer en milliards de dinars sans compter le coût social entraînant une démotivation et démobilisation générale – perte de confiance – que les contrôles ponctuels ne pourront jamais éradiquer. Nous avons l’exemple de l’importation de marchandises avec des surestaries croissantes. Il y a urgence de réseaux informatisés reliant la douane – la fiscalité -le service fiscal -base de l’équité sociale – fonctionnant sur des méthodes du début du XXème siècle. Comme il y a lieu de dynamiser l’élaboration d’un tableau de la valeur au niveau de la douane perpétuellement actualisés en fonction des données boursières mondiales tableau que l’avais préconisé en 1983 lorsque l’étais responsable économique à la Cour des Comptes. La mise en place du système informatique à la douane, sous réserve de l’alimentation de données fiables, en étant conscient des interactions (douanes port, aéroport, Entreprises) – constitue une étape importante dans la transparence.

L’objectif stratégique : redéfinir les fonctions de l’Etat

La refondation de l’Etat ne doit pas être comprise comme une négation de notre identité mais comme une nécessité que les mutations et les enjeux d’aujourd’hui imposent. La refondation de l’Etat actuellement dépasse et de loin l’aspect technique de la politique. Elle touche en réalité le fondement de la République et les idées qui la fondent. Un Etat fort ne se mesure pas uniquement par une quelconque action sociale et économique, mais aussi par une opposition féconde capable de prendre le relais. Un Etat droit est un Etat de justice, où la hiérarchisation sociale est codifiée par des normes admises, assimilées et intériorisées. Ces normes sont d’abord le résultat d’une grande maturation historique durant laquelle l’individu ou le groupe aurait démontré par les actes ses disponibilités à servir la communauté, et ce à partir de ses qualités intrinsèques et qui font l’unanimité. Si refondation de l’Etat il y a, ce n’est pas non plus des retouches techniques touchant la réorganisation bureaucratique du territoire.

La refondation de « l’Etat algérien » passe nécessairement par la refondation de son esprit (philosophie) et ses lois (règles) pour qu’elles deviennent un Etat droit. Dans ce cas, la démocratie devient uniquement un outil et une méthode et non une doctrine pour réaliser un Etat droit. La démocratie a les hommes qui l’ont élaborée mais elle a aussi son prix. Aussi, dans le cadre de cette refondation politique, l’Algérie ne peut revenir à elle-même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétence, de loyauté et d’innovation sont réinstaurés comme passerelles de la réussite et de la promotion sociale et limiter l’action de l’immoralité et de la assabia (relations tribales et de clientèles) facteurs de la décadence de toute société. En effet, les résurgences identitaires et tribales peuvent les conduire à un comportement conservateur, surtout qu’à un certain temps ils ont joui de privilèges importants qui les poussent progressivement à former des lobbys discrets, mais efficaces de blocage pour bloquer les réformes ou nous assistons à deux logiques contradictoires au niveau des sphères du pouvoir, la logique rentière dominante mue essentiellement par l’ importation et bloquant les réformes de structures et la logique entrepreneuriale minoritaire , assistant paradoxalement à un frein aux réformes lorsque les cours du pétrole s’élèvent et une accélération timide lorsque les cours baissent. Doù l’importance d’une transformation culturelle des mentalités à la fois des gouvernants et des gouvernés. C’est que la prospérité ou le déclin des civilisations de l’Orient et de l’Occident avec ce brassage des cultures à travers le temps, ont montré qu’il ne s’agit pas de renier les traditions positives qui, moulées dans la trajectoire de la modernité, peuvent être facteurs de développement : l’expérience du Japon, de la Chine, de l’Inde et de bon nombre de pays émergents l’atteste, car un peuple sans sa culture est comme un peuple sans âme.

Or, l’absence d’une élite organique agissante en Algérie capable d’élaborer des idées structurantes et peser par ses analyses sur les tendances et les choix majeurs qui fondent et marquent le lien social, se fait cruellement sentir. Ce vide culturel a des incidences sur la dé-crédibilisation de la politique, ce qui réduit l’influence de l’élite politique qui, avec la tendance actuelle de son discours, risque d’être disqualifiée. Mais au-dessus de tout, l’Algérie reste un pays dynamique, plein de vitalité, qui se cherche et cherche sa voie. Un processus de mutations internes est en train de se faire, par une certaine autonomie qui annonce de nouvelles mutations identitaires – pas celles qu’on croit, mais celles qu’on soupçonne le moins qui s’imposeront.

Nous devons devenir des citoyens qui se respectent parce qu’ils se respectent d’abord entre eux d’où l’importance de la tolérance et de débats contradictoires productifs (une opposition féconde nécessaire à tout pouvoir qui a besoin de se corriger) qui seuls sont à même de dynamiser la société. Par ailleurs, les exigences d’un Etat fort de sa droiture et de son droit, si elles constituent un outil vital pour la cohésion nationale et le destin de la nation, ne doivent pas occulter les besoins d’autonomie de pouvoirs locaux qui doivent être restructurés en fonction de leur histoire anthropologique et non en fonction des nécessités électoralistes ou clientélistes. La moralisation de la société et donc en atténuant la corruption implique la refondation de l’Etat, pour ne pas dire sa fondation comme entité civile, passe nécessairement par une mutation profonde de la fonction sociale de la politique car démobilisant la société. Le  pouvoir bienfaisant ou de bienfaisance inauguré comme contrat politique implicite par les tenants du socialisme de la mamelle afin de légitimer l’échange d’une partie de la rente contre la dépendance et la soumission politique et qui efface tout esprit de citoyenneté active, ce pouvoir doit céder la place à un pouvoir juste, justicier et de justice Sans cela, les grandes fractures sont à venir et la refondation de l’Etat actuellement en préparation ne dépasserait pas une vaine tentation de restauration d’un pouvoir, certes, nationaliste mais qui ne serait plus en mesure de réaliser les aspirations d’une Algérie arrimée à la modernité tout en préservant son authenticité. La refondation de l’Etat ne saurait se limiter à une réorganisation technique de l’autorité et des pouvoirs. Elle passe par une transparence totale et une clarté sans nuance dans la pratique politique et les hommes chargés par la Nation de la faire car la gouvernance est une question d’intelligence et de légitimité réelle et non fictive. Aussi, la refondation de l’Etat algérien, passe par un nouveau mode de gouvernance dont le fondement est la liberté, au sens large, pour une société participative et citoyenne tenant compte de notre anthropologie culturelle historiquement datée, comme en témoignent les différents cycles de civilisations depuis que le monde est monde. Toute cette présente analyse renvoie à une vision stratégique globale, l’histoire devant être intégrée (le devoir de mémoire) où le Politique, l’Economique, le Social et le Culturel sont inextricablement liés au sein d’un univers de plus en plus globalisé, où les grands espaces socioéconomiques dominent, basés sur la maîtrise des innovations technologiques (le savoir), la révolution dans le domaine de l’information, le contrôle des circuits commerciaux et financiers et en prenant en compte les mutations mondiales  qui devraient entraîner un bouleversement géostratégique et économiques entre 2020/2030.

Et avec cette préoccupation majeure en ce XXIème siècle, le défi écologique qui nous impose un changement profond dans les deux prochaines décennies de notre mode de production et de consommation si l’on veut éviter un désastre planétaire qui touchera en premier lieu les pays les plus pauvres.



Pr Abderrahmane MEBTOUL- Docteur d’Etat Es Sciences Economiques ( 1974) et expert comptable  diplômé de l’Institut Supérieur de Comptabilité et de gestion de Lille – Ex Directeur Central des Etudes Economiques et Premier Conseiller à la Cour des Comptes ( 1980/1983)

LAISSER UN COMMENTAIRE