Après 48 h d’attente devant la chambre d’accusation du tribunal de Sidi M’hamed, plusieurs fonctionnaires relevant des établissements publics dont les œuvres universitaires ont été placés en détention provisoire en raison des marchés publics monopolisés par l’homme d’affaire Mahieddine Tahkout.

De nos jours, être un cadre en Algérie est devenu presque un crime, c’est le moins que l’on puisse dire au regard du nombre important des fonctionnaires administratifs qui enchaînent les va-et-vient à la brigade de recherches de la gendarmerie nationale de Bab Jedid (Alger).

Ces cadres sont accusés de respecter à la lettre les directives de la hiérarchie à l’époque de l’ex-directeur général des œuvres universitaires (ONOU) en l’occurrence, Mr Boudraa Abdelhak. Plusieurs cadres relevant des œuvres universitaires ont subi le mauvais sort qui était, pourtant, censé être réservé aux hommes politiques corrompus et aux quelques hauts responsables qui ont exploité la centralisation des décisions pour imposer des procédures administratives au profit des oligarques,  plus particulièrement à l’époque des deux ex-premiers ministres à savoir Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia.

Ces derniers ont impliqué ainsi des fonctionnaires salariés, n’ayant aucune prérogative en ce genre de transaction, pour accorder des marchés publics à des richissimes oligarques. Et pour l’heure, seuls ces petits fonctionnaires sont derrière les barreaux alors que les dirigeants politiques continuent de dormir tranquillement dans leurs domiciles.

Effectivement, convoqués en tant que témoins dans le cadre des enquêtes sur les affaires juteuses de Mahieddine Tahkout, des fonctionnaires de l’ONOU ont été transformés à leur grande surprise en accusés ! « Je sais que vous n’y êtes pour rien, mais que voulez-vous que je fasse ». Voici les propos prononcés par le juge d’instruction du tribunal d’Abane Ramdane qui tentait d’expliquer aux accusés présumés que la décision finale ne dépendait pas de lui…

Il faut savoir que les faits de cette affaire remontent à 2015 lorsque l’office national des œuvres universitaires (ONOU) sous l’égide de son ancien directeur Boudraa Abdelhak, a transmis à ces 63 directions régionales implantées sur tout le territoire national, un canevas motivé par une correspondance officielle portant le prototype d’un contrat type de marché de transport estudiantin pour une durée de 5 ans renouvelable.

L’auteur des correspondances qui n’est autre, que l’ex DG de l’ONOU, avait avoué lors de sa comparution devant le juge d’instruction que les démarches entreprises à cette époque n’étaient pas de son propre gré car il avait reçu des instructions fermes émanant du premier ministère de Abdelmalek Sellal, par le billet de sa tutelle, c’est-à-dire le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Des directives claires et précises en faveur du milliardaire… Tahkout.

Cet ex-DG de l’ONOU a été incarcéré à la prison d’El Harrach en absence des deux précédents ministres du MESRS, a savoir, Tahar Hadjar et Mebarki Mohamed.

Quant aux autres fonctionnaires, munis des documents et des correspondances officielles sur lesquelles nous pouvons clairement constater les directives de l’ONOU, ils ont indiqué qu’ils avaient mis en œuvres les recommandations de leur ancien-DG qu’après avoir reçu l’avis favorable du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Par-ailleurs, plusieurs avocats présents au niveau de la chambre 5, ont tous, sans exception, confirmé que le juge d’instruction était sur le point de mettre ces malheureux salariés sous le contrôle judiciaire. Pour des raisons inexplicables, il a fini par changer sa décision à la dernière minute en les mettant sous mandat de dépôt sans que personne ne sache exactement ce qu’il s’est vraiment passé dans les coulisses du tribunal de Sidi M’hamed. Somme-nous encore une fois confrontés à une décision politique ?

Installé depuis une année à la tête de l’office national des œuvres universitaires, Le nouveau directeur général de l’ONOU, Mr Bouklikha Farouk, a crié au scandale, « je n’ai rien signé, à mon arrivée les marchés étaient déjà établis, pourquoi donc vous m’emmenez ? », scandé-t-il au moment de son embarquement dans le fourgon de la gendarmerie nationale. Un autre directeur régional de l’ONOU, bouleversé par son incarcération, ne cessait pas de supplier son avocat de transmettre son message à ses voisins: « il me reste que 3000/da, dans mon CCP, dites svp aux voisins de bien prendre soin de mes enfants, leur maman ne travaille pas ! ».

Une autre jeune directrice de l’ONOU a demandé une feuille et un stylos pour écrire la résolution d’un exercice en mathématique destinée pour sa fille qui s’apprête de passer son examen de baccalauréat, le dimanche prochain.

De son côté, le directeur régional d’Alger Est de l’ONOU, a confié qu’il n’avait jamais imaginé une fin si dramatique après plus de 35 ans de loyaux services. Mais la fin était beaucoup plus malheureuse pour les cadres de l’ETUSA, plus particulièrement pour les épouses des cadres emprisonnés à El-Harrach.

Cependant, une avocate proche de ce dossier, a fortement condamné la décision de détention provisoire en déclarant : « Franchement, je ne vois pas la relation avec la corruption, si ce n’est pour renforcer une justice de téléphone ».  La même avocate a ajouté que « ce n’est pas en mettant derrière les barreaux des salariés de l’université qu’ils vont pouvoir se débarrasser de la marche hebdomadaire des étudiants, ils devraient plutôt convoquer l’actuel chef du gouvernement, Nourredine Bedoui, qui avait recommandé les voitures de TAHKOUT à toutes les collectivités locales. Au lieu de faire cela, ils  s’attaquent à des pauvres mères de famille, c’est vraiment honteux ! »

Au lendemain des inculpations, les administrations concernées se sont réveillées dans un état de choc, remplies de tristesse mais surtout de colère. Les agents de ces administrations sont choqués par les décisions du juge d’instruction du tribunal Abane Ramdane et des syndicalistes sont en train d’étudier la possibilité d’entamer une grève illimitée en guise de solidarité avec les détenus. A l’heure actuel, nous avons compté deux démissions de cadre qui ont vu dans cette manœuvre une véritable humiliation à l’encontre de leurs homologues dont leurs salaires ne dépassent pas les 50.000/DA par mois.

L’un des démissionnaires révèle enfin que « Seul l’ex-DG de l’ONOU était proche de l’homme d’affaire Tahkout. Il était le seul qui était censé partir en prison et non pas les autres, mais parce qu’ils veulent protéger les têtes qui sont toujours au pouvoir, ils n’ont visiblement pas d’autre choix que d’abuser de la faiblesses des simples salariés à l’aide des condamnations médiatisées, et ce n’est pas moi qu’il va leur offrir cette occasion pour se réjouir de leur bassesse. C’est la principale raison de ma démission ».

Par  Anès.N

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