Les enquêteurs de la gendarmerie nationale de la brigade de Bab Jedid ont fini par convoquer jeudi dernier le milliardaire et homme d’affaires Mahieddine Tahkout ainsi que plusieurs membres de sa famille après avoir accéléré leurs investigations sur un dossier complexe qui englobe plusieurs pratiques de malversations financières. 

Ce dossier a été déclenché à la suite des conclusions auxquelles ont abouti les enquêteurs de la brigade de Bab Jedid concernant un marché douteux conclu entre le milliardaire Tahkout et la société SNVI portant sur la vente de pas moins de 179 bus et de 250 camions. En décembre 2007, un rapport de l’inspection générale des Finances (IGF) avait entamé des investigations préliminaires sur ce marché. Ils ont découvert de nombreuses irrégularités. Le dossier a été passé, pourtant, sous silence avant d’atterrir en juin 2013 sur le bureau de l’Office central de répression de la corruption (OCRC).

Là encore, en dépit de plusieurs éléments troublants et des preuves accablantes, le dossier SNVI/Tahkout est enterré et aucun haut responsable ne bouge le petit doigt. Pour les enquêteurs de la brigade de Bab Jedid, cela signifie clairement que des personnalités politiques au plus haut sommet de l’Etat ont voulu protéger Mahieddine Tahkout. Les investigations se tournent rapidement vers Ahmed Ouyahia, l’ex-Premier ministre, et plusieurs hauts responsables. Au total, plus de 128 dirigeants et fonctionnaires sont cités et convoqués dans ce dossier. 

Dans le marché conclu entre Tahkout et la SNVI, plusieurs anomalies soulèvent effectivement des questions sur les facilités déconcertantes obtenues par le milliardaire algérien, l’un des plus gros soutiens financiers du régime Bouteflika. La SNVI a revendu ses bus et ses camions à Tahkout à des prix inférieurs à leurs coûts de revient ! La SNVI a également permis à Tahkout de bénéficier gratuitement de certaines pièces de rechange. Par ailleurs, ces bus et camions ont été acquis dans le cadre des avantages fiscaux couverts par l’Agence Nationale du développement de l’Investissement (ANDI). Et en dépit des prix bas de ces équipements, la SNVI n’a pas recouvert la totalité de la somme que Tahkout devait verser. Les enquêteurs de la gendarmerie nationale ont découvert enfin que la SNVI a « offert » à Tahkout un immense terrain dont la superficie dépasse les 9500 M2. De 2006 jusqu’à 2008, le milliardaire algérien devait s’acquitter auprès de la SNVI d’un loyer de près de 676 millions de centimes. Malheureusement, durant toutes ces années, la SNVI n’a touché aucun centime de ce loyer et l’oligarque algérien a joui gratuitement de l’exploitation de ce terrain situé au coeur de la Zone Industrielle de Rouida. Plusieurs autres faits controversés ont été divulgués au cours de l’enquête menée par les enquêteurs de la brigade de Bab Jedid sur ce dossier.

Le préjudice financier dont fut victime la SNVI dans ce dossier a été évalué à près de 15 millions d’euros. Un énorme scandale qui a permis aux enquêteurs de la gendarmerie nationale de démêler la « toile politique » à l’origine de ces pratiques de malversations. Et grâce à ces découvertes, les enquêteurs ont pu déterrer d’autres affaires douteuses concernant les marchés du transport universitaire ou les concessions agricoles dans la wilaya d’El-Bayadh. C’est ainsi que fut le dossier « Tahkout » a vu le jour et la justice doit, désormais, le traiter dans toutes ses dimensions politiques et financières.

 

 

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