Le devenir d’une nation repose-t-il sur une démocratie libérale et une économie de marché ou sur une dictature militaire et une économie rentière ? L’une devant déboucher sur la liberté, l’autre sur la sécurité. Une interrogation, les démocraties sont-elles le monopole exclusif des sociétés occidentales et les dictatures militaires une fatalité des sociétés arabes et africaines ? Un constat : les régimes autoritaires se portent bien avec la protection en sus et les démocraties se portent mal avec une liberté en déclin.

La guerre mondiale contre le terrorisme et le règne des oligarchies financières ne sont pas étrangers à cette situation. Une certitude, c’est la nature des ressources d’un pays qui détermine son régime politique. Dans une économie dominée par la rente ou par l’endettement, l’Etat est d’abord et avant tout intéressé par le développement et la reproduction du pouvoir.

Mais dans la mesure où la classe au pouvoir est celle qui détient le pouvoir économique, la politique tend en partie à perpétuer ses avantages et à consolider sa position. La rente pétrolière et gazière conforte l’Etat dans sa position de rejet de tout calcul économique, elle facilite la médiation et les arbitrages politiques.

L’erreur de BOUMEDIENE, le père fondateur du régime politique en vigueur à ce jour réside à notre sens dans l’automatisme qui consiste à vouloir se débarrasser de ce que l’on a (y compris  sa jeunesse) au lieu de l’employer productivement chez soi.

La finalité de l’économie fut ainsi dévoyée ; car il ne s’agissait pas d’améliorer ses conditions de vie par son travail mais par celui des autres grâce à la nationalisation et au relèvement des termes de l’échange avec l’extérieur  et la concentration des revenus en devises entre les mains de l’Etat propriétaire des gisements pétroliers et gaziers et puissance publique omniprésente et omnipotente.

Qui tient la bourse, tient le peuple et se perpétue au pouvoir. Or, il nous semble qu’une amélioration des termes de l’échange avec les pays développés ne peut être acquise que par une valorisation du travail autochtone. L’insertion dans le marché mondial fragilise l’Etat algérien soumis aux aléas de la conjoncture mondiale.

Cette dépendance de l’économie aux hydrocarbures répond à une logique de conservation de pouvoir savamment orchestrée et patiemment mise en œuvre dans le seul but est de profiter des richesses du pays en toute impunité sans se soucier du sort des nouvelles générations. L’Algérie s’est trouvée livrée « pieds et poings liés » aux multinationales dont le but est le profit et non la création d’emplois ou la satisfaction des besoins d’une société pour des raisons  humanitaires.

Fabriquer des billets de banque dans une économie rentière mono exportatrice vivant des importations au-delà de ce que permettent les réserves devises de la Banque Centrale est un crime économique Le recours au crédit international s’imposera tôt ou tard et dans des conditions draconiennes n’ayant plus de gages à présenter et plus de crédit à consommer.

La situation financière n’empêchera pas, l’Etat de poursuivre la construction publique à bénéfice privé par l’emprunt international. Les flux financiers internationaux s’orientaient vers des projets « pharaoniques ».

Le cas de RIAD EL FETH  dans les années 80 et la construction de la grande mosquée d’Alger ces dernières années à la faveur d’une embellie financière conjoncturelle sont symptomatiques à cet égard. Ils seront aussi destinés aux dépenses militaires, dans la consommation des produits de haute gamme ou contribuent même à la fuite des capitaux opérés par des dirigeants publics ou privés mais jamais dans l’autosuffisance alimentaires ou la création massive d’emplois durables productifs.

C’est l’économie du crédit international qui tisse sa toile sur le tiers monde pour gager ses créances non pas sur une promesse d’un travail social productif mais sur une complicité d’un pillage des ressources énergétiques. Le service de la dette contraint mieux que toute domination politique directe les pays sous-développés à livrer leur matière première ou énergie contre une paix sociale précaire et le maintien des privilèges des gouvernants. Tant que les pays  subiront les contraintes imposées par la logique capitaliste dominante, ils ne pourront mettre en place un modèle de développement endogène capable de compter sur ses propres forces afin de satisfaire les besoins essentiels de la majorité de leur population.

En effet, les échanges internationaux répondent aux intérêts des pays dominants plutôt qu’à ceux des pays hégémoniques où la classe au pouvoir leur sert de relais. Le crédit international sert également à bloquer à asphyxier les pays qui prétendent s’engager dans un développement le plus autonome possible et forger des structures sociales participatives. L’Algérie a raté une occasion en or de sortir de ce cercle vicieux par la hausse inespérée du cours du pétrole sur une longue période.

Dans la mesure où la production et la reproduction des bases matérielle de ces sociétés reposent de plus en plus sur l’économie mondiale, la maîtrise de l’instance économique et politique échappe au contrôle des acteurs sociaux du tiers monde. A partir du moment où le rythme de croissance s’infléchit, les moteurs de la machine politique se grippent et les dysfonctionnements du système menacent la stabilité de l’Etat.

Or, il arrive que les exigences du système politique dépassent les capacités de l’économie, des failles se dessinent sur la façade du modèle qui ont pour noms chômage, affairisme, corruption, inégalités croissantes et régression de l’économie La militarisation des régimes politiques constitue une des formes d’expression de la situation de dépendance de ces pays. Tout système qui prétend imposer d’en haut le bien de tous malgré toutes les résistances se transforme en oppression. Une question : l’existence précaire d’une rente énergétique peut-elle épargner la population d’une exploitation capitaliste en vue de dégager  une plus-value interne susceptible d’être investie localement ?

De surcroît, le pouvoir économique que procure la rente à l’Etat est centralisé dans la mesure où il est l’attribut de l’Etat, propriétaire des ressources du sous-sol. La rente ou l’endettement qu’elle permet a donné naissance à un mode de gestion étatique centralisé et autoritaire. Ce qui nécessite une concentration entre les mains de la puissance publique de la rente énergétique se traduit par l’extension de l’appareil administratif et le développement des fonctions économiques et sociales des pouvoirs publics. L’économie de rente est largement ouverte sur l’extérieur. Les exportations d’hydrocarbures constituent l’unique possibilité sinon l’unique recours au financement d’un vaste programme d’importation. L’Algérie s’est singularisée par une mainmise des militaires dans les affaires de l’Etat et par leur disposition à l’action dans un champ politique.

Aujourd’hui, le peuple est déterminé à prendre son destin en main. L’émancipation de la population passe par la libération de l’économie dominée par la rente et du retrait de l’armée de la gestion de la société qui n’est ni de sa compétence ni de sa vocation. Un régime militaire a un coût, la dilapidation des ressources de la nation. La démocratie a un prix, la création de richesses par la nation.

L’Algérie a mûrie : « le peuple est jeune, le pouvoir est vieux ». L’un veut vivre, l’autre veut survivre. Les vieux « nationalistes » ont fait leur révolution par les armes, les jeunes « rationalistes » font leur révolution par le sourire. La démocratie et le développement vont de pair.  « Une seule jambe ne suffit pas pour se déplacer ». Il en faut deux, une à droite et une autre à gauche, l’homme et la femme, le jeune et le vieux, le militaire et le civil, le riche et le pauvre, l’ignorant et le savant, le laïc et l’islamiste, le « vieux turban » et le « jeune turc ». Ensemble pour une Algérie nouvelle tournée vers l’avenir sans occulter son passé. Elle sera propre, pacifique, consensuelle et solidaire.

 

Par Dr A. Boumezrag

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