« Un esprit lucide est un cran de sûreté » (*)

« L’homme est de glace aux vérités, il est de feu pour les mensonges » nous apprend
Jean de la Fontaine.. Nous fuyons la vérité et nous nous refugions dans le mensonge.
On dit ce que l’on ne fait pas et on fait ce que l’on ne dit pas. Nous avons des
« politiques » que nous méritons. Ils sont notre reflet, nous sommes leur produit. Nous
n’apportons pas de solutions à nos problèmes, nous en créons d’autres. « Quand on a un
marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme d’un clou ». Nous nous
entêtons à reproduire à l’infini des schémas de pensée qui ont fait la preuve de leur
inefficacité. Albert Einstein nous a pourtant prévenus qu’ « un problème créé ne peut
être résolu en réfléchissant de la même manière qu’il a été créé ». Nous refaisons à
l’infini les mêmes erreurs, La période coloniale et les conditions particulières
d’accession à l’indépendance ont permis l’émergence de structures politiques et
économiques post coloniales dotées d’un déficit de légitimité que les élites vont
instrumentalisées dans leurs propres intérêts en leur assurant une couverture légale
pour se prémunir contre d’éventuels retours de manivelle. L’intelligentsia, émargeant
à la rente en contrepartie de son allégeance politique, ne produit pas de pensées libres
et lucides mais se contente d’envelopper les décisions prises par des militaires en leur
donnant un contenu « scientifique » comme gage de progrès et de modernité. En
outre, le pouvoir en Algérie entretient habilement la confusion entre archaïsme et
modernité. Il joue sur son propre terrain des deux pieds en gardant le ballon et tout
en marquant des buts en hors-jeu. Il joue avec lui-même. Il est à la fois acteur et
spectateur, chef d’orchestre, musicien et compositeur. « lahab hmida oua lecham
hmida fi dar hmida ». C’est là le secret de la longévité du régime politique algérien.
Alors, à quoi bon la lumière du soleil si on garde les yeux fermés ?. Qui dit mieux ou
plutôt qui fait mieux ? L’Algérie ressemble à cette femelle en rut attendant un
géniteur. Dans le règne animal, c’est au mâle de partir chasser, séduire et posséder la
femelle. Il n’est pas seul à vouloir la conquérir. La femelle est convoitée par plusieurs
mâles, elle accordera ses faveurs au mâle dominant. Ils se battent pour savoir qui est
le plus fort. Ils ne s’embrassent pas, ils se battent. Ils ne font pas semblant. La
femelle est attirée par le gagnant. Ce qui fascine la femelle, c’est que le mâle a le
pouvoir de tuer. Ce que l’Algérie a besoin, c’est d’un pouvoir qui la féconde. Or le
pouvoir n’a pas quitté son bas ventre (sous-sol saharien) depuis la nuit de noces

(l’indépendance) et à ce jour, on ne voit rien venir. Alors, on se demande : qui est
stérile l’homme ou la femme ? Le pouvoir ou la société ? C’est une situation pesante. Le
pouvoir a les nerfs à fleur de peau, la folie le guette. La société est au bord de la
dépression, Pouvoir et peuple se tournent le dos. La société a mûri et le pouvoir a
vieilli. Aujourd’hui, les hommes ne se battent plus avec des armes. Ils sont devenus
civilisés, ils ont inventé le sport. « Le sport, c’est la guerre, les fusils en moins » dira
G. Orwell. La Coupe, symbole de la vulve féminine atteste de la victoire d’une équipe
sur une autre. Une coupe que l’on veut garder au club. C’est l’ornement de la vie. Dans
un match de foot le point fondamental c’est qu’une équipe gagne tandis que l’autre
perd c’est l’essence même de la compétition. Au sein de chaque équipe règne une
loyauté très forte et un sens de cohésion qui renforce l’esprit de compétition mais
celui çi doit être canalisé et transformé en une volonté de coopération. Imaginez un
joueur face à l’alternative suivante : tentez de tirer pour marquer un but ou faire une
passe à un co-équipier mieux placé pour le faire. Marquez soi-même permet de retirer
une gloire individuelle mais faire une passe est préférable pour le collectif .Les
connaisseurs du foot savent que ce sont les équipes qui font le plus de passes qui
gagnent le plus de matchs Les joueurs qui coopèrent le mieux sont les meilleurs
joueurs. Dans le sport comme dans la guerre, rien ne dure. Quand un devient puissant,
il finit par être trop sûr de lui, la gangrène s’installe et fragilise sa cohésion interne.
Les membres du groupe risquent de s’en rendre compte trop tard mais ils sont mûrs
pour être conquis par une société plus efficace et mieux organisée. Celle du peuple en
mouvement balayant tout sur son passage au cri « Tetnahaw ga3 » des jeunes
manifestants. « Ne resteront sur le lit d’oued que ses propres galets. Nous sommes
nos propres fossoyeurs. Pour sortir du trou dans lequel nous nous enfonçons, chaque
jour davantage, nous devons commencer par s’arrêter de creuser car la solution se
trouve sur terre ferme et non au fond d’un trou. Pour ce faire, il suffit de relever la
tête, se tenir droit, et se regarder les yeux dans les yeux, en toute humilité, sans
peur et sans reproche. Il faut s’armer de science et avoir foi en dieu. La science est la
clé de nos problèmes, la religion notre but ultime de notre éphémère existence. Nous
sommes habités par des démons. Pour les chasser, nous faisons appel à des charlatans
d’un autre âge venus d’ailleurs. Nous devons cesser d’être des marteaux pour devenir
des cerveaux. Les cerveaux débattent, les marteaux s’entrechoquent. Si notre tête
est ronde comme la terre et non pas linéaire comme le marteau, c’est pour nous
permettre de changer de direction. Nous sommes navrés de constater que la scène
politique et médiatique ressemble étrangement à une opérette de mauvais goût

destinée à un public d’enfants attardés. Un moustique qui défie un éléphant
(l’armée) ou qui se prend pour un éléphant (hirak)! On aurait tout vu. !
(*) Sahar khalifa

Par Dr A. Boumezrag

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