L’Algérie n’a jamais connu dans son histoire une telle période d’incertitude quant au devenir de la nation toute entière.

Les tergiversations politiques  du Haut Commandement de l’ANP sont compréhensibles dans un climat géopolitique aux aguets,  la moindre incartade de l’orthodoxie institutionnelle serait pernicieuse pour le pays, l’exemple du Soudan en est la parfaite illustration aujourd’hui.

Les écarts de la légalité pourtant tolérés sous la présidence  de  Bouteflika et son lot de simulacres démocratiques ne semblent plus faire l’unanimité au sein de la communauté internationale autoproclamée  gardienne des libertés des peuples notamment en ce qui concerne les pays du sud.

Cet état de fait est fortement amplifier par la défaillance patente de la  classe politique algérienne ainsi que le vide instauré par l’ancien régime, ces deux éléments factuels  constituent clairement l’agglomérat qui  se trouve être : le bourbier politique dans lequel nous sommes.

C’est ainsi que le plus grand pays d’Afrique est réduit à de petites  « inspirations » constitutionnelles préambulaires  pour pouvoir pallier au déficit politique flagrant.

L’esprit de la loi en matière juridique s’applique désormais à l’esprit du « préambule » en ce qui concerne la constitution, une première dans le monde qui probablement fera jurisprudence.

En effet , le conseil constitutionnel n’a rien trouvé de mieux que « donner dans le phébus » en s’appuyant sur le préambule du texte constitutionnel  pour légitimer le sursis du Président Bensalah .

Ce ravaudage constitutionnel démontre, sans contre dit, l’engourdissement de la classe  politique, toutes tendances confondues, qui n’arrive point à se hisser en force de proposition pour solutionner l’équation algérienne.

A vrai dire, le climat de suspicion ambiant imposé par le Hirak ne joue pas en faveur de ceux qui voudraient, un tant soit peu, monter au créneau, à vrai dire, suivre les remous de la vague contestataire sans trop s’agiter est préférable et nettement plus « politiquement correct » en ce moment.

Vraisemblablement, personne n’ose sortir du lot en arborant  un plan de sauvetage  démocratique « à même » de mener le bateau Algérie à bon port. Un sauvetage hypothétique  qui s’éloigne petit à petit au large et s’évanoui dans un brouillard politique prémisse d’un orage  bien plus tumultueux dans les jours à venir.

Le scepticisme populaire est compréhensible et excusable, des décennies de frustrations sociales exacerbées par des scandales financiers de tous genres  ne peuvent qu’engendrer l’ire populaire en vers tout ce qui représente le régime, « qui sème le vent récolte la tempête ».

L’expédition ramadanesque du Premier Ministre Bedoui à la Mecque et ses invocations pieuses ne semblent pas convaincre grand monde, le « revers protocolaire »  qu’il a essuyé n’a fait qu’accentuer son impopularité  auprès des algériens et conforte, aujourd’hui plus que jamais,  le leitmotiv  « itnahw gaa » scandé lors des manifestations.

Il en est de même pour l’association des oulémas et l’image qu’elle véhicule, c’est à croire que chatouiller la fibre religieuse du peuple algérien ne semblent pas freiner sa « reconquista » démocratique. Les algériens paraissent comprendre que situation requière plus de tangibilité en place et lieu de « métaphasique politicienne ».

La prolifération  des oracles initiés aux secrets des dieux sur des chaines Youtube  n’arrange pas les choses, des personnages adoubés de milliers de « followers » semblent envoûter les jeunes spectateurs assidus.

Tantôt fumant le cigare en évitant « les havanes » tantôt déchus de l’olympe diplomatique, ces youtubeurs, de Londres à Paris, plongent les internautes algériens dans le chaudron bouillant   des théories du complot  fomenté dans les grandes loges maçonniques.

Des ouvriers tacherons maléfiques s’activent, selon eux, sur les hauteurs des Tagarins et dans les profondeurs du  Hirak pour concrétiser  l’Armageddon national.

Cela  dénote clairement le vide politique actuel, force est de constater que rien n’est venu sérieusement s’imposer comme étant une solution à la crise que traverse le pays.

Devant le « niet » des jeunes algériens qui sont résolus à na pas « lâcher prise »  , certains anciens politiciens toujours actifs malgré un âge avancé , misent sur le protectorat de l’ANP pour faire le consensus et passer outre la grogne populaire, ceci étant dit ,  d’autres plus avertis asseyent bon gré mal gré  de consolider leur position sur le bitume du Hirak sans en faire trop .

Les ambitions présidentielles  des uns et des autres font que le pays ne trouve pas de figures qui pourraient  jouer un rôle efficient  afin de déverrouiller le jeu politique dont les règles sont désormais dictées par le peuple.

Le vivier des « bons samaritains » semble vide, tout le monde veut sa place dans la future mais néanmoins incertaine Algérie. Des  figures politiques aux énormes potentialités en matière juridique et dans gestion de l’état  se sont, hélas, enivrées par cet élixir qui est la possibilité manifeste de conquérir le  pouvoir.

Des aspirations présidentielles qui dans la plupart des cas sont résolument sans avenir dans un pays qui aspire au changement, quelle que soit la manière usitée par ces politiciens, il est peu probable de voir une candidature sérieuses s’imposer dans une majorité consensuelle mais surtout populaire.

Rien ni personne ne pouvait prévoir la donne politique actuelle, ceci dit, même au nom de la démocratie le pays ne pourra pas accuser le coup très longtemps, c’est certain.

Dans un contexte économique qui se détériore jours après jours, les solutions s’amoindrissent et l’Algérie semble se diriger à grand pas  vers  une gestion du pays  dans « l’urgence », une gestion qui, croyez-le, ne pourra être que radicale, autrement dit, le retour à la case départ de tout un peuple.

Par Maiza Nazim, Juin 2019

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