Plusieurs jours après l’enterrement de Kamel Eddine Fekhar, l’infatigable militant des Droits de l’Homme originaire de Ghardaïa, les autorités algériennes n’ont toujours pas dévoilé l’identité des responsables de ce « crime abject » qui a souillé l’image de l’Algérie dans le monde entier. 

Certes, le ministère de la Justice, avait réagi rapidement après le décès tragique de Kamel Eddine Fekhar le 28 mai dernier. Ce ministère avait annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer les circonstances de la mort du militant dont le sort a suscité la colère de toutes les organisations internationales de défense des droits de l’homme. Mais en réalité, le ministère de la Justice connaît parfaitement le premier responsable de ce drame. Il s’agit de Mohamed Bensalem, le procureur général près la cour de Ghardaïa. Ce magistrat controversé incarne l’un des piliers du système judiciaire instauré en Algérie par le sinistre Tayeb Louh, l’ex-ministre considéré comme le véritable fossoyeur de la justice algérienne.

Toutes nos sources sont unanimes pour confirmer le rôle déterminant de ce procureur dans « l’assassinat déguisé » du militant Kamel Eddine Fekhar. C’est, en effet, Mohamed Bensalem qui avait ordonné l’arrestation musclée et puis le placement en détention du défunt militant de la vallée du M’zab. Pour justifier sa décision arbitraire, Mohamed Bensalem avait expliqué à des hauts responsables du ministère de la Justice que «le citoyen Kamel Eddine Fekhar a fait l’objet de plusieurs convocations par les services de la police judiciaire de la sûreté de wilaya de Ghardaïa, et il n’a jamais voulu s’y présenter. De ce fait, et conformément à la loi, il a été interpellé ce jour sur son lieu de travail et conduit dans les locaux de la police judiciaire de la sûreté de wilaya de Ghardaïa pour y être entendu sur ses dernières déclarations ».

Selon nos informations, le directeur des affaires pénales au ministère de la Justice avait contacté à maintes reprises le procureur Mohamed Bensalem pour lui demander de gérer de manière beaucoup plus musclée le dossier Kamel Eddine Fekhar. Mais Mohamed Bensalem a refusé d’obtempérer aux instructions. Pis encore, Mohamed Bensalem a « politisé » dangereusement la tentative d’intervention du ministère de la Justice en manipulant une cinquantaine de présidents d’associations, de membres de la société civile et d’anciens élus à l’APW et l’APC de Ghardaïa pour leur demander d’organiser « un sit-in de soutien au procureur général de la cour de Ghardaïa » dans soi-disant l’objectif de dire non « à la justice du téléphone » !

Ces citoyens originaires de Ghardaïa sont tombés dans le piège et le 19 avril dernier, ils ont déployé un large et immaculé emblème national et brandissant plusieurs pancartes sur lesquelles il était surtout question de l’indépendance de la justice, du rejet des injonctions par téléphone et de la dénonciation des «virulentes calomnies, sur des pages Facebook contre le procureur général». Les partisans de Mohamed Bensalem  se sont regroupés devant l’imposante grille d’entrée, sous le fronton sur lequel était apposée en arabe la plaque de marbre indiquant la cour de justice de Ghardaïa.

Ces citoyens ne connaissaient pas les dessous des manoeuvres politiques de Mohamed Bensalem. Ce soldat fidèle de l’ex-ministre Tayeb Louh a, en réalité, voulu se venger contre Kamel Eddine Fekhar qui avait osé le poursuivre en justice en décembre 2016. A cette époque, Kamel Eddine Fekhar avait déposé une plainte contre le procureur général près la cour de Ghardaïa pour, entre autres, abus d’autorité. L’ego de Mohamed Bensalem en prend un sérieux coup et le procureur, fort du soutien de Tayeb Louh, décide de s’acharne encore davantage sur Kamel Fekhar Eddine. Deux années plus tard, Mohamed Bensalem profite de la confusion générale générée par les événements du mouvement populaire du 22 février 2019. Fin mars 2019, le procureur de Ghardaïa monte tout un dossier pour poursuivre le militant et défenseur des Droits de l’homme pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » et « trouble à l’ordre public ». Des accusations  qui s’appuient sur de simples propos formulés par Kamel Eddine Fekhar dans une interview filmée diffusée le 25 mars dernier où il avait évoqué « le traitement discriminatoire des pouvoirs publics et de la justice envers les Mozabites en citant le cas d’un Mozabite placé sous contrôle judiciaire, alors qu’il était en prison le jour des faits ».

Ce deuxième dossier coûtera à Fekhar Eddine une deuxième incarcération après son premier emprisonnement en juillet 2015. Un séjour en prison qui finira par l’emmener tout droit vers le… cimetière. Et le crime demeure jusqu’à aujourd’hui impuni.

 

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