Le Conseil Constitutionnel vient d’officialiser ce que tout le monde attendait : l’annulation des élections présidentielles du 4 Juillet. Après le départ forcé du Président de la République démissionnaire, le mouvement populaire vient d’engranger une autre victoire d’étape sur le chemin du changement de régime.

 

C’est grâce à une mobilisation exceptionnelle depuis 15 semaines que la régénération du système, à travers les élections du 4 Juillet, a été évitée. Le Conseil Constitutionnel, qui vient de reconnaître implicitement qu’il n’y a plus de dispositions constitutionnelles à même d’être à la rescousse du régime, vient de donner illégalement et contre l’avis des Algériens, mandat au Président de l’Etat pour convoquer de nouveau, le corps électoral.

L’application stricto sensu de cette interprétation de la Constitution, avec cette fois-ci recourt à son Préambule, signifie l’épuisement des solutions explicites du texte et met le pouvoir face au néant législatif. L’esprit de cette « jurisprudence » impliquerait la convocation du corps électoral dès aujourd’hui. Dans ce cas, le Peuple refusera l’oukase, et fera le même destin qu’aux élections du 4 Juillet. Il ne restera alors au pouvoir, comme solution, que le coup de force pour imposer sa feuille de route.

Cependant, dans son communiqué, le Conseil Constitutionnel semble tempérer cette position en précisant : «il y a lieu de réunir les conditions adéquates pour l’organisation de cette élection dans la transparence et la neutralité ».

Cette affirmation permettrait de ne fixer la date de l’élection et surtout les modalités de son
contrôle, qu’après les conclusions d’un dialogue, encore hypothétique, avec l’opposition. Si c’est le cas, il serait nécessaire de préparer les conditions de sa réussite en faveur d’une nouvelle République, de l’Etat de droit et de la démocratie.

Pour cela, le pouvoir devrait donner de son côté, des gages sur sa bonne volonté en commençant par libérer tous les détenus politiques et d’opinion comme premier geste d’apaisement et ouvrir les médias à l’opposition.

 

Par ailleurs, pour éviter d’impliquer des responsables refusés par le mouvement populaire et la société politique, les autorités seraient bien inspirées de proposer une commission formée de personnalités au-dessus de tous soupçons et qui soit mandatée pour mener les discussions avec les différents partenaires du mouvement populaire. Pour apporter le crédit et la garantie de la mise en œuvre des conclusions de ce présumé dialogue, des représentants de l’institution militaire devraient en faire partie.

Les négociations devraient concerner la loi électorale, la loi sur les partis politiques et les
associations ainsi que celle régissant les médias. Enfin, la mise en place d’une commission
indépendante qui aura la haute main sur l’ensemble du processus électoral restera la pierre
angulaire pour un nouveau régime. Jil Jadid appelle l’ensemble de la société politique à unifier ses propositions face au pouvoir.

Une synthèse intelligente des deux propositions majoritaires au sein de l’opposition, qui semblent à priori contradictoires, peut apporter cohésion et efficacité aux revendications du peuple. En effet, une élection législative avec pouvoir constituant peut suivre l’élection présidentielle.

A charge pour tous, de soutenir le ou les candidats souscrivant officiellement à cette démarche. Tout ce processus tiendra cependant sa légitimité et surtout la garantie d’aboutir, à la dynamique populaire. Il est vital pour la réussite du dialogue que les Algériens continuent à faire pression sur le pouvoir à travers ses manifestations pacifiques. L’engagement des citoyens est capital.

D’ailleurs, de très nombreux compatriotes s’impliquent désormais dans l’action politique
organisée. Celle-ci sera plurielle, à l’image d’un corps électoral traversé par une diversité de courants de pensée. C’est le sens de la démocratie : organiser, par les règles de la loi, la
participation citoyenne au débat et à la gestion de la cité grâce à des élections libres et
transparentes.

Jil Jadid soutient les nombreuses actions de coalitions citoyennes portées par des associations et des collectifs de la société civile. Le Peuple se réappropriera l’action publique en s’organisant sérieusement dans des structures pérennes, y compris les partis politiques. Il est impératif de bien définir les objectifs stratégiques du mouvement populaire et de s’y tenir, sans jamais trahir le cœur des revendications : passer d’un régime autoritariste à un régime de droit et démocratique.

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