Depuis le 22 février 2019 des millions d’algériens sortent chaque vendredi pour exprimer haut et fort leur vouloir d’édification d’une grande République algérienne. Ils n’ont point de complexe quant à leur algériennité.

Et voilà que via leur révolution, à la fois pacifique, belle, organisée et grandiose, qui boucle aujourd’hui son 100e jour, ces millions d’algériens, avec comme toile de fond, ce sentiment d’appartenance nationale et cette unité retrouvée, ne cessent de réitérer leur appel à une rupture totale et définitive avec le bouteflikisme et ses hommes.

D’emblée, ils ont choisi leurs quatre meilleurs slogans, pour passer à l’acte et lancer leur message : ‘’Trouhou gaa3’’ – ‘’blad bladna oundira rayna’’- ‘’djeich chaab khaoua khaoua’’ – ‘’Daoula madania machi aaskaria’’. À eux seuls, ces slogans pleins de sens, résument, on ne peut plus clair, le programme du peuple et mettent en garde tous ceux qui désirent passer l’intérêt personnel ou d’un groupe, avant celui de la nation.

Il faut noter que cette révolution est sur la très bonne voie; la preuve est que le bilan de ces trois mois de mobilisation est plus que positif, avec en sus des acquis
importants.

L’irrévocabilité du verdict populaire, du 22 février, est définitivement
ancrée dans la tête de chaque algérien. Un verdict qui vise à l’anéantissement total de la légitimité révolutionnaire dont les détenteurs ont perdu tout réflexe de retenue et de pudeur, au point d’en faire un fonds de commerce de cette légitimité, pendant plus d’un
demi-siècle, à leur seul profit exclusif. Des hommes malhonnêtes et dépourvus de moral ont pris des responsabilités grandioses à la tête de l’Algérie. Et au lieu de développer le pays, au lieu de le démocratiser et de s’occuper du peuple, ils se sont livrés à un jeu malsain et stupide des décennies durant : ‘’Qui sera le plus grand voleur’’ – ‘’Qui aura le plus de poids au sommet de l’état’’ – ‘’Qui recrutera le plus de membres de sa
famille et amis’’- ‘’Qui aura la plus grosse fortune en Suisse’’ etc.

Les démonstrations, partout dans les villes et villages algériens, que le pays connaît à travers cette révolution, en sont une preuve indéfectible à ce désir de changer les hommes et le régime actuels. Elles sont aussi une étape importante dans la transformation historique du pays; et donc un début d’une période de transition vers cette construction d’une nouvelle grande république, à la mesure de ce valeureux peuple.

Les algériens ne cessent de dire non à toutes ces solutions de replâtrages superficiels, comme ils rejettent ces remplacements des hommes du système par les autres hommes du système, tel que le pouvoir le fait actuellement. Il s’agit d’un changement de fond en comble de tout un système que le peuple revendique, non pas un changement à l’intérieur du système.

Cette révolution populaire a atteint aujourd’hui sa vitesse de croisière. Elle est à un point de non-retour et c’est illusoire, que les Gaid, Bensalah, Bédoui et le reste de la meute pensent pouvoir la contrarier, la casser, la détourner ou la bloquer.

Notre conviction profonde, c’est que le peuple algérien est plus que jamais décidé de poursuivre sa révolution jusque à l’aboutissement de ses exigences. Il ne veut plus perdre de temps, sachant combien l’Algérie veut rapidement prendre son envol; surtout qu’elle en a les moyens; pour se hisser au rang des grandes nations du monde.

Le pouvoir actuel, qui semble céder toutes les prérogatives au seul chef de l’état-major de l’armée, doit reconnaître que tout ce qu’il a osé depuis le 22 février a échoué et qu’il n’est que foutaise, mascarade et mépris envers le peuple. En outre, toutes les décisions et autres opérations que ce même pouvoir entreprendrait, pour tenter de pérenniser le système actuel seront sans aucun doute vouées à l’échec.

Les algériens ont définitivement établi leur feuille de route. À quelque chose près, elle se résumerait en trois points:

1- Écarter de la scène politique, tous les hauts dirigeants impliqués dans la
gestion et le régime sous Bouteflika.

2- Éviter toute élection engagée par l’actuel pouvoir.

3- Passer inévitablement par une période de transition de trois à neuf mois, sous la supervision de cinq à sept représentants honnêtes, crédibles et compétents, qui seraient chargés de désigner un gouvernement provisoire et de préparer les élections présidentielles.

En conclusion, nous appelons Gaid Salah, à s’inscrire dans cette seule feuille de route du peuple, qui reste en réalité la meilleure solution pour tout le monde et sans aucun risque surtout. Il suffira tout simplement au chef d’état-major d’actionner les articles 7 et 8 de la constitution. Nous attendons son discours pour ce prochain mardi et nous le voudrions d’une grande hauteur de vue, responsable et raisonnable. Qu’il privilégie l’intérêt
du peuple et du pays à l’intérêt particulier d’une poignée d’imposteurs, de mercenaires et d’oligarques. Que Gaid Salah saisisse cette occasion, la dernière chance probablement qui s’offre à lui et qui lui permettra de sortir par la grande porte. Wait and see Gaid!

Par Ahcen Moussi, Économiste et analyste politique au Canada

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