Les chants qui ont entonné dans les stades algériens à travers les gosiers avides de vie des jeunes supporteurs ont marqué le début d’un Humanisme Algérien.

Ces chants qui dénoncent une vie politique et économique vomie par les Algériens, réclament une vie centrée essentiellement sur leur « Condition Humaine ». Ils appellent à l’avènement, en fin, d’une gouvernance qui puisse se hisser à la hauteur de l’Homme Algérien, de ses vraies valeurs et de ses vraies compétences.

Cet Humanisme tant attendu, est celui qui oblige chaque individu à respecter la
vie. L’Homme Algérien trop souvent ignoré dans sa « Condition Humaine » et à qui
ont a appris à se sous-estimer à travers des systèmes de gouvernance centrés sur « le
culte de la personne », sur la négligence et sur la marginalisation, se veut aujourd’hui
réconcilié avec lui-même et avec ses appartenances : géographique, historique,
culturelle, linguistique, sociale ; bref, civilisationnelles.

Issus des différentes tendances et des différentes idéologies qui se sont
installées en Algérie avant et après l’indépendance de 1962, les Algériens se donnent
deux rendez-vous hebdomadaires historiques : chaque mardi (pour les étudiants) et
chaque vendredi (pour l’ensemble des Algériens tout secteurs confondus) et ce depuis
le 22 février 2019. Ces deux rendez-vous sont en réalité motivés par le même rêve et le
même désir : celui de vivre avec dignité, en Homme libre, respecté tout simplement
dans sa Condition Humaine.

L’Algérie est en train de vivre sa phase Humaniste. Elle, qui a recouvré la libération de sa terre, cherche à libérer l’Homme qui la peuple. Une liberté certes responsable, mais une liberté qui soit à même de répondre aux divers désirs d’émancipation de chaque Algérien, dans les quatre coins de ce beau pays. Un pays qui ne cherche en réalité qu’à exploiter ses potentialités et celles de ses hommes. L’Humanisme n’est pas seulement occidental. Il est également Algérien.

Tous les slogans que l’Algérien brandit lors de ses manifestations du mardi et du vendredi sont des rappels de la souveraineté populaire et du respect de la dignité humaine. Les
marches hebdomadaires pacifiques et exceptionnellement organisées sont la preuve
irréfutable que l’Algérien n’est nullement anarchiste. Sa conscience réelle des défis
l’immunise. Sa seule et unique revendication c’est qu’on voit VRAIMENT en lui la
source du Pouvoir.

Qu’on reconnaisse en lui le POUVOIR DE CRÉER, D’INNOVER. Qu’on soit, pas uniquement à son écoute, mais à SON SERVICE. Sa logique est seine. Ses valeurs sont justes. Ses convictions sont inébranlables. Son Histoire est celle de sa diversité ; il le sait, il l’accepte, il est conscient des divers défis.

Il les affronte avec prudence et détermination. Au lieu de le manipuler, d’essayer de lui prendre ses rêves et son énergie, d’attendre qu’il s’essouffle, pourquoi ne pas s’armer de sa bravoure et de son tempérament dans la construction d’une Algérie résistante au Temps et à ses rebondissements ?!

Pourquoi ne pas lui faire confiance ?!

« Jetez la Révolution dans la rue et elle sera portée à bras le corps par tout le
peuple ». Cette phrase dit avec beaucoup de poésie et avec une CONFIANCE INEBRALABLE et SANS LIMITES ce que vaut vraiment le peuple Algérien : digne et responsable, brave et conscient. Une phrase qui n’a jamais retrouvé sa place dans les pratiques d’un système qui veut, à travers le mensonge et la falsification, tout prendre pour lui et dénuder la vérité de ses réalités.

La Belle Révolution a réussi le défi de renouer avec cette réalité trop longtemps et trop injustement omise. Le peuple Algérien a toujours répondu présent aux appels de son pays. Il a donné son sang et ses chers lors des diverses révolutions, certes régionales, mais qui se sont reliées tout au long de la période coloniale. Il a donné de son âme lors de la Révolution Nationale de 1954. Il était là pour mettre fin à la machine meurtrière de la décennie noire. Il est toujours présent pour permettre à son pays de rester UNI. Rien au monde ne lui fera faire du mal à son Algérie. On veut lui faire croire qu’il est « génétiquement » mauvais. Plus qu’absurde ; c’est idiot.

« Seul héros, le peuple », pouvons-nous lire lors des manifestations de cette
Belle Révolution. Oh combien c’est juste !!! Tant de circonstances et tant d’épreuves dans son Histoire et dans son quotidien montre que l’Algérien n’est nullement démissionnaire, n’est nullement apolitique, n’est point irresponsable. Il attend, mais sans être attentiste. Il réfléchit sans être rêveur, même si le rêve d’une vie meilleure est son moteur de tous les jours.

Homme parmi les hommes, il a ses faiblesses et certainement ses forces. Il les connait et il les assume. Ces forces et ces faiblesses sont des réalités humaines qui ont permis aux autres civilisations d’avancer vers l’Idéal qui se définit essentiellement comme étant un cheminement vers ce qui est BIEN.

L’Algérien s’est éduqué à travers ses expériences, heureuses et malheureuses. Il rêve d’aller au stade en famille et de le nettoyer en sortant comme le font les peuples civilisés. C’est ce qu’il partage avec jalousie, les larmes aux yeux, sur les réseaux sociaux.
Il rejette l’image qu’on veut lui imposer. Il n’est pas fainéant, il n’est pas voleur, il n’est pas profiteur. Pourquoi ? Parce qu’il est pratique et pragmatique ; il sait que tout retombe sur sa tête dans sa vie au quotidien.

Avec un système éducatif hésitant et défaillant, l’Algérien tente de rattraper, de corriger avec une bonne foi et un regret qui reproche aux responsables le gaspillage des intelligences et des énergies qu’accueillent les écoles et qui représentent les générations futures.

Trop souvent éloigné de ses références universitaires, philosophiques et culturelles, l’Homme Algérien s’est construit un tempérament et une attitude intellectuelle interrogative et profondément analytique. Cette réalité est concrètement visible dans ses comportements cognitifs devant les choses et les questions de la vie : ne dit-on pas péjorativement de lui qu’ « il est connaisseur dans tous les domaines » et
« que chaque algérien s’est construit un Etat dans sa tête » (Yefhem fi kolech, kol
jazairi dair doula fi rassou) ?

Cette intelligence pratique dans la vie la rendu difficile : dans ses achats, dans ses ventes, dans ses choix, dans ses décisions, dans ses valeurs, dans ses débats, etc. L’Humanisme Algérien qui s’exprime à travers le Hirak et ses manifestions ne veut rien d’exceptionnel. Il est demandeur de Justice et d’Equité. Il est demandeur de Respect.

L’Humanisme Algérien est porté par la voix du peuple. La voix des philosophes et des lettrés algériens conscients qui l’ont rêvé dans leurs écrits, trop longtemps étouffée, a trouvé comme par miracle, un écho dans les slogans des supporteurs dans les stades et des marcheurs dans les rues et dans les places publiques.

L’Humanisme Algérien est une revendication, pour la énième fois, d’une vie où les individus sont reconnus à leurs juste valeur, où les hommes et les femmes, où les enfants et les plus âgés sont tout simplement des acteurs dans la vie. Des acteurs dans un système de gouvernance qui soit fait par eux et pour eux. L’Algérien ne veut rien de plus que d’une vie qui lui retourne la sueur de son front.

L’Algérien vit en cette période du Hirak son HUMANISME. Il sait qu’un Etat de droit qui lui garantit de vivre dignement et dans le respect de sa Condition Humaine n’est pas impossible à penser et à construire. Il sait que le principe qui stipule qu’« une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais doit être loi parce qu’elle est juste » (Montesquieu) sera bien fondateur pour l’Algérie de demain.

Il sait aussi que le moment est grave ! Que l’Histoire tardera à revenir s’il y a maintenant déperdition d’énergies. Combien lui faut-il marcher pour montrer sa détermination à aller vers une Deuxième République un Etat de droit ? L’idéal dans les organisations humaines est de voir la majorité aboutir à ses rêves en un seul vote ; l’Algérien est en train de voter chaque mardi et chaque vendredi depuis le 22 février 2019. Et il a déjà voté à travers
son abstention et ses bulletins « annulés » lors des derniers votes ces dernières années.

Que veut dire l’Algérien à travers ses abstentions et ses bulletins « annulés » ? Il est contre le vote ?! NON. Les images qui montrent des manifestants voter dans des urnes transparentes sont sans équivoque. L’Algérien a besoin de croire en lui-même et qu’on croit en lui. Qu’on lui fasse confiance. Qu’on lui donne sa chance. Il vomit qu’on pense qu’il n’a pas besoin de « Prix » pour son intelligence. Il n’a pas besoin qu’on lui « claque au nez » les portes de « l’excellence ». Est-il en ça différent des autres hommes sur la planète Terre ? NON. Absolument PAS.

S’il y des civilisations qui ont bâtit le mental de leurs populations sur l’idée d’être des « super-hommes », d’être « des super-héros », d’appartenir à « une supériorité raciale », l’Algérien se doit la même chose. Son Histoire le réclame. Son identité et son tempérament s’y prêtent volontiers. Pourquoi le « Système » ne le veut pas. N’est-il pas gagnant s’il s’apprêtait un « BEAU » jour à le faire ? Est-ce un excès de zèle de penser comme ça ?
OUI, ET POURQOUI PAS.

Par B. A., Universitaire.

LAISSER UN COMMENTAIRE