Jamel est pauvre et malade. Si pauvre qu’il n’a pas un lit où s’étendre. « Et si malade que si j’avais continué dans la rue, j’allais y crever », résume cet homme de 34 ans, qui souffre d’une « maladie si grave » qu’il préfère ne pas la nommer.

Ce matin-là, ils sont une dizaine à se chauffer au soleil derrière la baie vitrée du réfectoire. Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux. Des éclopés, des estropiés, des gueules ravagées. Mais aussi des odeurs d’eau de Cologne et des mentons rasés de près. Leur point commun, c’est qu’ils ont tout perdu: travail, famille, maison, amis. Et désormais la santé.

Malades et à la rue, avec leurs pansements, leurs injections d’insuline, leurs ulcères ou leur chimiothérapie : c’est pour répondre à ce paradoxe intenable qu’ont été créés, il y a une dizaine d’années, les lits halte soins santé (LHSS). À Marseille, le centre de Fontainieu (14e), géré par le groupe SOS, propose une quarantaine de places. « Fontainieu », comme on l’appelle dans les foyers, n’est ni tout à fait hôpital (on n’y pratique pas d’interventions), ni seulement centre d’hébergement. La mission des LHSS est de permettre des soins infirmiers à domicile pour ceux qui n’en ont pas. Un accueil inconditionnel, quelle que soit la situation administrative de l’hébergé. Depuis 2017, à Fontainieu, pour les cas les plus graves, des lits d’accueil médicalisés (LAM) sont progressivement ouverts dans un nouveau bâtiment qui sera inauguré en juin prochain. Une structure unique dans le département.

Aux côtés des plaies infectées, des jambes cassées, des maladies de l’errance, lésions de la peau, parasitoses, infections dentaires, l’équipe médicale prend en charge des cardiaques, des insuffisants respiratoires, des cancéreux. Jamel par exemple, qui a découvert sa maladie en 2004. « Depuis que je connais le diagnostic, je cherche un moyen de me soigner », raconte cet ancien salarié d’un bureau d’études en architecture.

Un emploi qu’il a dû quitter car « dans mon pays, l’Algérie, si tu n’as pas d’argent, pas de relations, tu n’as pas accès aux soins. Et quand tu deviens trop malade pour continuer à travailler, tu n’as plus droit à rien ». Voilà pourquoi, en juillet 2017, il a décidé de tout quitter pour venir en France. Comme 80 % des patients ici, c’est l’hôpital qui lui a trouvé un lit à Fontainieu. Il y finalise ses démarches pour obtenir l’aide médicale d’État (AME), et continue ses soins. Avec, au besoin, des consultations hors les murs ou, plus rarement, l’intervention de spécialistes sur place. Le Dr Jean-Paul Belmondo assure le suivi. « Je ne suis ni pauvrologue, ni précarologue, je fais de la médecine », précise-t-il. Naelia, l’infirmière coordinatrice, détaille : « À Fontainieu, tout est lié : santé, problèmes sociaux, personnels, addictions. On travaille sur l’humain, avec et autour des malades. Ce qui devient impossible à l’hôpital ».

Un secteur hospitalier soulagé de ces patients SDF que les hôpitaux sont parfois contraints de garder, en bloquant des lits, faute de solution de sortie. Pour la collectivité, le coût est bien moindre que celui d’une hospitalisation (110 € par jour pour un LHSS, 220 pour un LAM, soit dix fois moins qu’une journée d’hopital). « Les besoins sont énormes, autour de 250 demandes par an, alors que notre file active tourne à une centaine de patients », précise Laurent Bréchart, directeur du centre. La durée moyenne de séjour est de quatre mois. « Mais ici aussi, faute de solution de sortie, les pensionnaires les plus âgés restent parfois bien plus longtemps »…

Certains profitent de cette halte pour amorcer une réinsertion. Jamel, qui veut croire en sa guérison prochaine, rêve de retrouver un travail en France. « Déjà, quand on te dit : ‘Tu as droit’, ça te donne une force incroyable ».

Source : La Provence 

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