Il y a quelques jours, sur la chaîne de télévision nationale ENTV, la Doctoresse Hamlaoui Ibtissem députée FLN, s’est livrée à une analyse profonde et  néanmoins critique de la révolution populaire incarnée par le fameux Harak.

Mme Hamlaoui n’a pas « ménagé ses efforts » pour essayer de convaincre les algériens  de l’incohérence   conceptuelle qui condense les  revendications populaires, selon elle, le maintien des marches hebdomadaires est  improductif  pour le pays.

Ceci dit,  cette dernière a déprécié  plus particulièrement le slogan «Itnahaw gaâ» ressassé chaque vendredi  par les jeunes algériens, selon l’intervenante sur le plateau télé, ce slogan est  absurde et dénué de sens.

(Nous pouvons traduire « Itnahaw gaâ » : « ils doivent tous partir » référence faite aux figures politiques sous la présidence de Bouteflika).

Dans son « autopsie » du sujet en question, elle affirmait résolument, que le slogan reflète distinctement le « puérilisme » et la quête d’assistanat de la jeunesse algérienne dans la résolution du problème politique que traverse le pays.

En effet, les jeunes algériens, toujours selon elle,  n’ont  aucune vision ni même de conscience quant à la dangerosité de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui.

Pour rappel, l’expression «Itnahaw gaâ»  a, pour origine, une  vidéo qui a  fait le « buzz » sur les réseaux sociaux notamment sur Facebook, son auteur est un  jeune algérois : Sofiane Ait Meddour.

Ce trentenaire, rappelez-vous,  avait  interrompu le direct de la chaîne émiratie Sky News Arabia pour démentir les affirmations de la journaliste à-propos de, la « soit disant » la satisfaction populaire, en réaction de  la décision de l’ancien Président Bouteflika de ne pas briguer un 5eme mandat.

L’analyse du Dr  Hamlaoui a suscité ma curiosité, en vérité, tout comme elle, je me suis penché sur cette thématique  qui est le slogan en question.

Du moment que ce phénomène linguistique est  largement répondu en Algérie, le  comprendre est   élémentaire  pour ceux qui prétendraient écrire un jour, peut-être, l’histoire du Harak depuis sa genèse.

La devise  « Ils doivent tous partir » est la  traduction catégorique d’un ras le bol populaire devant la sénescence depuis 2012  de l’ancien Président Bouteflika lors de ses rares apparitions.

En même temps, les algériens observaient jalousement les déplacements du Président US Barak Obama, son dynamisme et sa « simplicité » suscitaient beaucoup d’admiration chez les jeunes. (C’est en partie compréhensible. En effet, les experts en communication de la Maison Blanche mettaient en scène Obama comme s’il s’agissait d’une vraie production hollywoodienne)

Il en est de même pour le Premier Ministre Canadien Justin Trudeau, qui est considéré comme une référence en Algérie, sa proximité avec la communauté musulmane a largement joué en sa faveur.

Pour revenir au sujet, le succès du slogan « Itnahaw gaâ »  réside dans le fait qu’il  constitue un condensé de la longue liste des figures politiques qui voulaient faire passer la pilule du 5eme mandat sans se soucier, un tant soit peu, des répercutions qu’il ( mandat) pouvait avoir dans le pays  .

Ce même slogan a pris plus d’ampleur à  la suite de l’apparition au grand jour  des différents scandales financiers occultés jusque-là.

Depuis, la revendication  « ils doivent tous partir » est devenue la condition « sine qua non » des manifestants, d’où le blocage politique actuel.

Force est de constater que ce slogan n’est nullement puéril ni absurde, que nenni,  aujourd’hui le « spectre de son effet »  s’étend de plus en plus et se concrétise tangiblement  dans la vie politique algérienne.

Chaque jour qui passe apporte son lot de « convocations » par la justice des politiciens et des responsables sous Bouteflika, cela nous amène à conclure, rationnellement,  que «Itnahaw gaâ» n’est pas un vain souhait puéril mais un concept qui est en phase  d’exaucement aujourd’hui.

Dr  Hamlaoui lors de son intervention a voulu faire une « dissection » des motivations et autres mécanismes de la mobilisation « suspecte» autour du slogan « Itnahaw gaâ ».

La députée FLN   n’est pas la seule qui demeure dans la confusion, elle ne fait que fortifier la notion avérée qui est, au demeurant, l’incompréhension totale de nos « élites » en vers  la réalité des choses dans le quotidien du petit peuple qui, pour être honnête, est devenu grand.

Il serait fondé de considérer le slogan « itnahaw gaa » comme étant la synthèse exhaustive des algériens dans la rue  qui veulent  tourner la page de l’époque « tragicomique » qu’a connu le pays  avant le 22 février 2019. Il aura fallu attendre « l’électrochoc » que représente ce slogan pour voir les choses partiellement bouger.

Enfin, il serait important de comparer la devise   « itnahaw gaa »  avec d’autres slogans qui ont été le leitmotiv de grandes révolutions dans le monde.

Dr Hamlaoui a affirmé que nos étudiants sont des « trublions »  qui  manquent, vraisemblablement selon elle,   de culture littéraire.

Passons en revue quelques slogans révolutionnaires des  jeunes étudiants  de  différents pays aujourd’hui modernes qui, pour certains, sont  considérés comme étant une référence en la matière de « savoir » et de « civisme » :

Prenons, en exemple, les slogans des manifestations estudiantines russes en 2017 pour la commémoration du 100 eme anniversaire de la Révolution d’Octobre :

  • La Paix aux peuples! La Terre aux paysans! Les usines aux travailleurs!
  • Les idées de Lénine sont plus vivantes que jamais!
  • Tout le pouvoir aux travailleurs!
  • La révolution s’est accomplie. La révolution est vivante!

Ou encore les slogans les plus présents lors de la révolution des étudiants français en mai 1968 :

  • « Le drapeau tricolore est fait pour être déchiré, pour en faire un drapeau rouge ». Dixit Daniel Cohn-Bendit à l’université de Berlin
  • On achète ton bonheur, vole-le ! (au passage, je n’ai jamais compris le sens de ce slogan en particulier)
  • Frontières=Répression.
  • Qu’on dise oui qu’on dise non, il (De gaulle) fait de nous des c…
  • Il est interdit d’interdire !
  • Le rêve est réalité J’emmerde la société et elle me le rend bien !
  • Les murs ont des oreilles. Vos oreilles ont des murs.
  • Sous les galets le sable ?
  • Sous les galets le gaz ? (gilets jaune 2019)

Voyons  le dernier slogan « savant » des étudiants  français écrit sur  certaines pancartes :

« Ce n’est pas seulement la raison des millénaires qui éclate en nous, mais leur folie, il est dangereux d’être héritier. »

(C’est un passage de l’œuvre « Ainsi parlait Zarathoustra »  de Friedrich Nietzsche qui, sorti de son contexte général, ne signifie plus rien).

Dans la foulée nous ne pouvons pas oublier certains slogans des candidats à la présidence en France, notez que  la plupart sont des anciens élèves de l’École nationale d’administration :

  • Il faut un président à la France (Valéry Giscard d’Estaing 1981, École polytechnique, ENA)
  • Du sérieux, du solide, du vrai (Raymond Barre 1988, économiste)
  • Une France pour rebâtir le monde (Jacques Cheminade 1995 ‘École des hautes études commerciales (HEC Paris), ENA)
  • Osons la famille, refusons la pauvreté (Christine Boutin 2002 maîtrise de droit public, journaliste).

Ceux du Québec :

  • Je vote avec ma tête (Québec solidaire (QS) aux élections générales  de 2014)

Et pour finir,  le slogan de Bill Clinton pour la présidentielle de 1992:

  • It’s the economy, stupid! (Il s’agit de l’économie, idiot !)

En ce qui me concerne, je préfère de loin notre « itnahaw gaa » national qui est nettement plus original et bien plus caractéristique de la réalité algérienne.

A la lumière de l’idée préconçue  faite de la révolte populaire pacifique du peuple  par la députée du FLN, sans travail de réflexion scientifique ou philosophique, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le peuple veut avant tout ……. qu’ils partent tous !

 

Par Maiza Nazim

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