C’est l’histoire d’un ambitieux projet de montage des véhicules qui n’a pas vu le jour en Algérie. La célèbre marque américaine avec son partenaire algérien « AMC Algérie » ont entrepris des démarches pour mettre en place une usine de montage des véhicules qui devait être implantée au niveau de la zone industrielle de Sidi Khettab dans la wilaya de Relizane. Cette usine devait être opérationnelle au début de cette année 2019. 

Mais, à la surprise générale, ce projet a été bloqué et retardé de plusieurs mois alors que le partenaire algérien de Ford avait obtenu depuis le 29 mai 2019 l’autorisation du ministère de l’industrie qui lui permet de lancer les préparatifs de son projet. Nous avons obtenu au cours de nos investigations ce document exclusif qui confirme nos informations.

Avec l’accord du ministère de l’Industrie, la banque algérienne le CPA s’est engagé à octroyer un crédit de 37 millions de dollars pour financer une partie de cette future usine Ford dont l’investissement final nécessitait une enveloppe globale de 150… millions de dollars sur une période de 5 ans. Rien que l’infrastructure et les bâtiments de l’usine ont coûté 42 milliards de centimes. Ford et son partenaire algérien ont sélectionné un manager canadien pour diriger ce projet en Algérie. Ce manager a travaillé pendant 22 ans chez Peugeot et Citroën, PSA, le constructeur français.

En dépit de toutes ces démarches, le projet Ford sera définitivement ralenti à partir de l’été 2018 où le ministère de l’Industrie a été instruit par Ahmed Ouyahia, l’ex-Premier ministre, de réexaminer les autorisations accordées à l’opérateur algérien Atlantis Motors Company (AMC).

A partir de septembre 2018, ces blocages vont prendre une dimension inquiétante puisque l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia a fait paraître une circulaire qui interdit toute activité d’importation des kits SKD/CKD ou de voitures neuves pour les opérateurs économiques qui n’ont pas bénéficié des avantages fiscaux ou parafiscaux du Conseil National de l’Investissement (CNI). Cette haute instance n’a jamais traité le dossier de Ford et son partenaire algérien AMC. Et pourtant, Ahmed Ouyahia n’a jamais empêché les autres usines de montage des véhicules de fonctionner alors que leurs propriétaires n’ont jamais joui du feu vert du CNI. Ainsi, l’usine KIA à Batna, Hyundaï de Tahkout ou Volkswagen de Mourad Oulmi de Relizane ont commencé leurs activités et production avant même de passer devant le jury du CNI.

Pourquoi ce traitement particulièrement discriminatoire adopté par Ahmed Ouyahia à l’égard du projet Ford ? Plusieurs sources proches de ce dossier ont révélé à Algérie Part que l’ex-homme fort du gouvernement a dépêché un émissaire aux initiateurs de ce projet pour leur réclamer une importante « commission » en contrepartie de facilités déconcertantes pour faire avancer leur projet. Ces derniers ont décliné cette offre refusant ainsi de verser des pots-de-vin à des hauts responsables de l’Etat pour réaliser leurs investissements en Algérie.

Un refus qui va leur coûter cher puisque les blocages ne seront jamais levés. Pis encore, ils vont se renforcer à la suite de l’intervention de certains lobbyistes qui vont influencer et manipuler Saïd Bouteflika pour stopper l’avancée du projet Ford en Algérie. Ces lobbyistes s’appellent Amine Djerbou, businessman influent et très discret à Alger. Il est le principal actionnaire du milliardaire Mourad Oulmi dans le projet de l’usine Volkswagen à Relizane. Et cet homme d’affaires, ami intime de Saïd Bouteflika, a déployé tout son lobbying pour saboter « la concurrence de Ford ».

Au final, le projet ne verra plus le jour en dépit des relances successives de l’ambassade des Etats-Unis à Alger. Désarmé, l’ex-ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, finit par céder et comprend que de puissantes chapelles politiques ne veulent pas de la concrétisation de ce projet en Algérie.

Ces ralentissements ont contrait le CPA d’annuler son crédit de 37 millions de dollars comme le démontre ce document exclusif obtenu par nos soins au cours de nos investigations. Aujourd’hui, après la chute de Saïd Bouteflika et la mise à l’écart de son entourage, y compris l’ex-premier ministre Ahmed Ouyahia qui sera bientôt jugé à la Cour Suprême, c’est toute l’activité du montage des véhicules neufs en Algérie qui est compromise par les nouvelles mesures prises politiques adoptées dans le sillage du mouvement populaire lancé par des millions d’Algériens dans les rues.

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