Cela fait plus de Quatre Vingt Dix Jours que les algériens se font marcheurs infatigables, manifestants endurcis, crieurs intarissables et pourfendeurs inépuisables. Si le peuple avait installé une commission pour élaborer une feuille de route d’une 2ème République, en Trois mois, il y aurait eu réflexions, propositions, débats et consensus sur une Plate-Forme politique à même de résoudre la lancinante question de la représentativité du « Hirak » et une autre sur le volet économique pour retrouver la croissance sans rente et sans prédation.

Les étudiants s’installent dans l’habitude de protester chaque Mardi, le peuple toutes catégories, de tous âges, dans toute l’Algérie et à l’étranger, boucle tous les Vendredis et les Dimanches. Cette ritournelle devient une torpeur narcotique et les slogans scandés, une matière usagée, trop usée pour atteindre un quelconque objectif.Cette même répétition, quand elle n’est pas enrichie et revitalisée par des initiatives nouvelles et des actions concrètes, elle se restreint, se ratatine, se nécrose et se dégrade, avant disparition pure et simple…Que faut-il faire ?

 

D’abord de la question, ô combien difficile, de la représentation car elle est déjà malmenée dans toutes les démocraties anciennes. L’Europe et la France en tête avec ses gilets-jaunes et leur R.I.C, les Etats-Unis et leur système électoral qui a débouché sur un TRUMP contesté à peine élu par le même électeur, l’Angleterre et son BREXIT dont elle ne lui trouve pas la porte de sortie.Ce sont là des exemples qui compliquent la voie à suivre.

 

S’ajoute celle d’une Algérie qui n’offre aucun modèle de démocratie. Et ce ne serait pas un feu Aït Ahmed dont personne ne conteste le courage politique mais point d’un démocrate sauf en Suisse. Ni une Louisa Hannoune sur le trône de son parti presque trente ans sans alternance, ni un Saïd Saadi, un Djaballah, un Makri, ni un Bouchachi, ni un Tabou encore moins des partis comme le FLN et le RND dont on entre et on sort au gré des retournements de vestes et de situations. Dans cette définition de « nos démocrates », les militaires, eux-aussi, sont des démocrates. De Tewfik, Nezzar, Laamari à Gaïd salah. Sur ce point, il est clair que personne n’a de leçons de démocratie  à donner parce qu’aucun  n’en est l’exemplarité. Le peuple algérien le sait désormais, ces « politiciens » sont des « démocrates » avec des idées ou des mots, des discours ou de la rhétorique, mais jamais de faits, gestes éclatants susceptibles d’être imités ou suivis. Pas plus que les trois morts-vivants ou vivant-morts dans leur appel d’outre-tombe.

 

Que reste-t-il aux algériens pour trouver une issue heureuse à leur révolution joyeuse ?

 

Le passé, l’ancien temps, les traces de nos ancêtres berbères et peut-être l’exemple de pays qui s’en sont sortis et avec lesquels nous nous sommes tant confondus. La Rome ancienne est restée en Algérie Huit Cent Cinquante ans. Elle a bâti des villes, des hammams et des forts encore visibles même s’ils sont en ruine. Il y a des histoires, des fables, des mythes, des paraboles que nous avons lus ou que nos parents-instituteurs nous ont racontés pour nous éduquer et nous édifier. Ainsi la fondation de la ville de Rome. Dans son histoire romaine, Tite-Live fournit la généalogie des pères fondateurs de la ville qui détient le pouvoir : Romulus attira à ce qui deviendrait Rome une foule de gens venus de partout et de toutes conditions, puis, en prélevant dans cette population, il « créa cent sénateurs, soit que ce nombre lui parut suffisant, soit qu’il ne se trouvât que cent citoyens estimés dignes de cet honneur. On leur donna le nom de Pères… ». On connait la suite de cette Rome qui marque encore notre temps et dont la majorité des pays dits développés s’inspirent encore de leurs réalisations, de leur enseignement et de leurs valeurs.

Quand l’armée a tapé sur la table pour l’application de l’article 102 dégageant Bouteflika, sa fratrie et ses caniches et mettant hors d’état de nuire des oligarques prédateurs, le peuple s’est abstenu de l’imiter, de la suivre et des voix s’égosillaient, vociféraient pour en diminuer la portée et hisser l’accessoire au-dessus de l’essentiel.

L’accessoire, c’est tout le reste à dégager ou à mettre en prison, l’essentiel, c’est toute la volonté populaire de s’exercer. C’est celui d’appliquer lui-même et par lui-même les articles 7 et 8 de la constitution, le peuple est la source de tout pouvoir, le pouvoir constituant appartient au peuple, le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne. Chaque Wilaya peut déléguer, proportionnellement à sa taille démographique, deux à cinq délégués qui se réuniront à Alger un Vendredi, entourés et encouragés par les milliers de manifestants. Ces cent ou cent cinquante délégués nommeront leur réunion en Collectif ou en Comité du « Hirak », ils élaboreront une plate-forme minimale, un règlement intérieur et éliront un Comité Exécutif de cinq personnes qui constitueront les représentants du peuple comme une force de dialogue qui avance. La suite, c’est au peuple de l’écrire car il est d’importance capitale à connaître ce qui, dans cette révolution, dépend de nous et rend possible l’aboutissement des revendications, et ce qui n’en dépend pas et oblige raisonnablement à consentir à la nécessité.

S’ébranler sous les chants « Cha3ab, Djeïch, khawa khawa » (peuple, armée, frères, frères), cela fait chaud au cœur mais la réalité nous refroidit. Il n y a aucun brin ni aucune chaîne de fraternité qui lie un citoyen ordinaire et un soldat engagé. Si c’était le cas, il y a lieu de s’inquiéter de notre sécurité en cas d’agression militaire de notre pays. Un marcheur du vendredi retourne à ses occupations quotidiennes faites de bric-à-brac, un soldat est debout tout le temps, discipliné, formé, entraîné, éveillé car l’épée de Damoclès pend au-dessus de sa tête et à tout instant peut la lui couper s’il y a manquement à l’ordre, au code militaire et au code d’honneur de l’institution qui le protège, le nourrit, lui assure une carrière et une retraite bien méritée. Heureusement qu’il en est ainsi dans toutes les institutions militaires du monde.

Tout autant pour la revendication « Rouhou ga3 », « Echab yourid yetnahaou ga3 » (dégagez tous). Certes, cette exigence est équitable et moralement défendable, mais elle n’est pas juste du point de vue juridique. La morale, en toutes circonstances, est une bonne chose pourvu qu’elle ne fasse pas la Loi, et que l’ordre est meilleur qu’elle, même s’il contrevient à l’impartialité. Plutôt un ordre partiellement satisfaisant qu’une morale populaire « juste »…

N’est-il pas temps et même urgent, si le « hirak » se donne des représentants issus de lui-même et non pas des voix éteintes ou celles de récupération, de penser à l’ensuite après l’abord.

L’ensuite, c’est la remise à plat de toute notre économie, celle qui doit assurer à tout le peuple dignité, prospérité et confiance. Tous les algériens le savent, l’Algérie est riche, potentiellement mais pauvre en réalité et la seule richesse issue de la rente pétrolière a été siphonnée, détournée, engloutie dans des dépenses de luxe et de gabegie. Les potentialités, c’est vrai qu’on en a, mais elles ne sont que des potentialités muettes. Toutes ces richesses que recèlent l’Algérie (zinc, fer, diamant, or, matières rares, gaz de schiste, artisanat, tourisme, culture…) ne sont qu’à l’état de potentialités, c’est-à-dire, simplement des possibilités muettes, inertes, inutiles, pauvres, ne rapportant rien avant d’exister et le chemin est long, même trop long : étude, investissement, production, marché, concurrence…Tout ce qui est exigé pour les rendre une richesse réelle, c’est de ne compter que sur ses bras, son travail, ses ressources humaines à conjuguer entre talents et génie, entre recherche et innovation, entre liberté et démocratie, entre égalité et justice.

Pour cela, il faut arrêter de s’égosiller et s’atteler à réaliser cette croissance économique vitale à la prospérité du pays, donc à sa santé, sa vigueur, sa réputation, et plus que tout à sa place dans le monde.

 

Par Chadli DAHMANE

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