« Si la révolution l’emporte et balaie le vieux système militaro-politique en Algérie, ce sera une onde de choc ». C’est avec ces termes précis que l’expert français Jean-François Bayart a analysé l’impact de l’actuel mouvement populaire algérien sur toute la région du Maghreb et de l’Afrique du Nord. 

Politiste spécialiste de politique comparée, Jean-François Bayart observe et analyse les systèmes politiques, de l’Iran à la Turquie et, surtout, en Afrique. Il a publié de nombreux ouvrages sur les questions politiques les brûlantes en Afrique. Et dans un entretien accordé au prestigieux quotidien français Le Monde, cet expert a expliqué que « le Maroc a très peur d’un éventuel afflux de réfugiés, mais aussi peut-être de perdre son vieil ennemi complémentaire, si commode pour légitimer sa politique au Sahara ».

« Alger a toujours rêvé d’être l’hégémon de l’Afrique, mais son ambition se heurte à celles du Maroc et de l’Egypte. En outre, son attitude par rapport au djihadisme a été ambivalente. Elle a externalisé dans le Sahel ses propres djihadistes, après sa guerre civile des années 1990. Elle est un peu à l’Afrique de l’Ouest ce que le Pakistan est à l’Asie du Sud. Si une vraie révolution démocratique renverse le régime politico-militaire en place depuis l’indépendance, l’Algérie peut redevenir un pôle de soft power d’envergure continentale, comme elle l’était, sur un mode révolutionnaire et tiers-mondiste, dans les années 1960-1970″, a décrété ainsi Jean-François Bayart dans ses déclarations faites au Monde.

Le même expert français a rappelé enfin que l’Algérie vivait une vitalité politique très contestataire ces dernières années.  « En Algérie, le caractère militaire du régime issu de la guerre de libération nationale et le coup d’Etat de 1991, après la victoire électorale du Front islamique du salut, n’ont pas empêché la multiplication de mouvements sociaux ou culturels, y compris dans les provinces – et ce en dépit de la distribution de la rente pétrolière pour essayer d’anesthésier l’opinion », a analysé en dernier lieu Jean-François Bayart.

 

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