Les Algériens sortent en masse dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol du pouvoir en place, et pour réclamer son départ complet :

En face, il y a l’Etat-major de l’Armée Nationale Populaire, et son chef Gaïd Salah. Ils cherchent avant tout à préserver la cohésion et la discipline de leurs troupes. L’armée algérienne est formée de 130 000 militaires actifs, ayant chacun leurs propres opinions et intérêts. Comme toute grande organisation, elle a beaucoup de diversité. C’est pourquoi, d’une part, l’Etat-major soutient de manière visible le hirak, afin d’éviter les défections de troupes tentées de rejoindre la contestation (implosion par le bas).

D’autre part, l’Etat-major veille à maintenir la façade des institutions légales civiles (gouvernement, processus électoral, constitution…). En effet, leur effondrement déclencherait des luttes intestines à l’intérieur de l’armée, et ces convulsions aboutiraient à des coups d’Etat d’officiers opportunistes, qui trouveraient là une occasion inespérée d’instrumentaliser le hirak (implosion par le haut). En tout cas, c’est de cette façon que j’ai déchiffré la réponse obscure de l’Etat-major, truffée de sous-entendus, publiée sur le site officiel du ministère de la défense nationale, dans l’éditorial de la revue El-Djeich “Clairvoyance et sagesse pour faire avorter tous les complots”.

Dans ce contexte, de nombreux Algériens ont des idées constructives pour mettre tout le monde d’accord sur un projet de transition. Si c’est votre cas, cet article vous donne des suggestions concrètes pour organiser votre initiative citoyenne avec les médias sociaux.

Préparez votre projet de transition alternatif

Pour une Algérie 2.0, optez pour un projet open-source (dans le style de Wikipédia). Je conseille plutôt d’utiliser Github pour écrire le nouveau logiciel de l’Algérie, car le problème avec Wikipedia, c’est que les désaccords dégénèrent en guerres d’édition. Avec Github, en cas de divergences, un même projet peut pacifiquement se séparer en fourchette dans des directions différentes. Pour autant, cela ne les empêche pas de se réconcilier et de fusionner plus de tard, afin d’éviter l’éparpillement des ressources (voir ici un exemple de projet).

Penflip est un outil qui ressemble à Github, mais spécialement fait pour l’écriture de texte. Il existe beaucoup d’autres outils, l’écriture collaborative est une industrie foisonnante.

Regardez aussi du côté des plateformes Made in Algeria émergentes; comme 22fevrier2019NewAlgeria ou encore Dzidées. Des hackathons [festivités d’informaticiens] sont organisés régulièrement en Algérie pour en lancer d’autres, comme Hack Hirak. Plus de détails dans l’article du site GeekyAlgeria sur le sujet.

Avoir un bon projet ne suffit pas, il faut aussi le partager et le faire connaître. Pour cela, vous avez besoin d’une stratégie marketing. Vous devez combiner médias sociaux et activisme de terrain. Vous devez apprendre à produire des contenus viraux (qui se propagent vite comme un virus), notamment pour Facebook et Youtube, où se concentrent les internautes Algériens. Vous pouvez aussi cibler les influenceurs pour qu’ils partagent vos contenus. Et bien sûr, il faut être actif sur le terrain, dans les manifestations de rue, et le faire savoir à vos followers sur les réseaux sociaux.

Le marketing de médias sociaux est un vaste domaine. Voici une liste de cours en ligne, et une liste d’utilisations en politique.

Il ne suffit pas que votre projet soit connu de tous, il doit aussi être adopté. Il a besoin d’une approbation politique. Les voix auto-proclamées du hirak ne manquent pas: combien pèse la vôtre? Une façon simple de peser les voix, et de mesurer le rapport de forces, c’est le vote électronique. Certes, les manifestations sont aussi une façon de voter dans la rue, “avec les pieds”, mais elles ne permettent pas de ratifier un projet construit.

Les plateformes de vote en ligne les plus connues sont Change.orgAvaaz et Mesopinions. De nombreuses pétitions sur la question algérienne y circulent.

Le vote permet de mesurer la popularité des idées

Cependant, la fiabilité de la plateforme de vote peut poser problème. Par exemple, Avaaz est une émanation de l’administration américaine d’Obama. Avaaz est carrément un lobby officiel à Washington, qui a soutenu des interventions militaires d’Obama en Libye et en Syrie (lire ici en français et ici en anglais). Ce n’est pas un hasard si contrairement aux plateformes concurrentes, Avaaz est disponible en de nombreuses langues, dont l’arabe.

La plateforme Avaaz fut une arme d’opinion pour les expéditions militaires d’Obama

Ce ne serait donc pas très utile de refuser l’organisation des élections par la mafia algérienne, pour ensuite la confier à un lobby américain via une plateforme internet.

Pensez aux plateformes de vote décentralisées

Il y a une solution technologique à ce problème: une plateforme de vote décentralisée, basée sur la blockchain. Elle permet davantage de sécurité, de transparence et de traçabilité. La blockchain est une technologie à la base du Bitcoin, la célèbre monnaie virtuelle qui n’est contrôlée et manipulée par aucun gouvernement.

Si vous aimez la programmation informatique, il y a un mode d’emploi pour coder votre plateforme. Il y a aussi des startups qui proposent des plateformes toutes prêtes, comme Follow My Vote, ou Democracy Earth.

Ce ‘Bitcoin politique’ n’est pas de la science-fiction, ni de la techno-utopie. Il est en voie d’application au Brésil, afin que chaque citoyen brésilien, y compris dans les régions reculées (Amazonie…), puisse signer des pétitions officielles. L’Algérie, avec ses régions isolées et ses déserts, doit aussi rapprocher les institutions des citoyens. Avec ce hirak, l’Algérie a une occasion d’adopter une gouvernance de pointe, en mettant la blockchain au coeur de ses institutions politiques.

Les plateformes virtuelles pourraient rapprocher les institutions des Algériens

Comptabiliser les votes d’opposition

Enfin, je pense qu’une plateforme virtuelle de vote pour l’Algérie doit comptabiliser les votes d’opposition, et pas seulement les votes d’approbation. Il ne suffit pas que votre projet soit populaire et adopté par beaucoup de gens. Il doit aussi ne pas avoir trop d’ennemis. Sinon, ces ennemis comploteront contre votre projet et le feront avorter.

Les “pouces négatifs” doivent être comptabilisés, comme le fait 22février.org

Ce n’est pas la même situation qu’une start-up dans l’entreprenariat privé, qui doit au contraire se focaliser sur un noyau dur de fans, et qui peut ignorer les haters. L’Algérie n’est pas une startup comme les autres: ici, les haters peuvent torpiller avec brutalité votre projet de transition.

Conclusion

Avec ces suggestions, vous êtes équipés pour vous lancer et faire grandir votre projet collectif de transition. N’hésitez pas à écrire des réponses et à partager.

Likez Hirak Tech sur Medium, et aussi sur Facebook, pour être informés des prochains articles.

Par Mostapha Benhenda

LAISSER UN COMMENTAIRE