C’est l’histoire d’une privatisation qui a tourné au cauchemar. C’est aussi l’histoire d’un importateur qui a dupé les autorités publiques avec un projet industriel illusoire. C’est l’histoire d’une cession qui soulève de nombreuses interrogations sur les privilèges dont bénéficient toujours d’anciens hauts gradés de l’armée algérienne. 

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Tout a commencé le 21-07-2007 lorsque la brasserie de Reghaïa est privatisée et cédée à un privé importateur de bières et de liqueurs. En effet, pour la somme de 330.000.000,00 DA, à savoir trente trois milliards  de centimes, la SARL Atlas, une société d’importation de bière, vins et liqueurs, appartenant aux enfants du général et ancien inspecteur général aux armées Mohamed Atailia, décédé en décembre 2017, a acquis cette brasserie laquelle était considérée à l’époque comme le fleuron de l’industrie des boissons alcoolisées en Algérie.

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Cette société privée a versé 10% de ce montant à la signature du contrat de cession et les 70% restant à tempérament sur une période de 5 années. Une juteuse affaire pour un opérateur privé qui s’est engagé, selon les conditions de cession mentionnées sur le cahier des charges, à maintenir et développer l’activité de cette brasserie en réalisant un investissement de 1 milliards de DA sur une période d’une année à compter de la date de cession. Le repreneur privé devait également assurer le maintien des 304 emplois existants et créer au moins 96 emplois sur 4 années. Quelques années plus tard, force est de constater qu’aucun de ses engagements n’a été respecté. Pis encore, cette fameuse brasserie est pratiquement fermée et l’infrastructure industrielle  est utilisée pour stocker les produits importés par cet importateur privé !

En plus, en 2014, la brasserie ne comptait que 150 employés rescapés de la privatisation alors qu’avant sa cession, l’entreprise comptait plus de 300 travailleurs. Aujourd’hui, en 2015, selon nos informations, presque tous les travailleurs ont été licenciés. Une véritable saignée. Une faillite qui a plongé la vie de plusieurs centaines de familles dans le désarroi. La fameuse brasserie de Réghaïa qui s’étendait sur une superficie de 57.460 m² dont 8967 m² de bâti est donc partie en fumée. Comment est-ce possible ? De nombreux anciens employés et connaisseurs de ce domaine d’activité pointe la complicité des autorités concernées. Celles-ci sont accusées d’avoir laissé faire ce gâchis parce que le mis en cause, à savoir l’acquéreur, est proche de la personne et la famille d’un ancien général influent de l’armée algérienne.

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Cette privatisation catastrophique obéît-elle à des considérations politiques ? Cette question se pose en toute légitimité surtout si l’on sait que le prix de la cession de la Brasserie de Réghaïa a été largement bradé, à en croire les connaisseurs de l’industrie des boissons alcoolisées. Sinon, comment expliqué qu’à Oran, une brasserie beaucoup moins, s’étendant sur une superficie de 27000 m²,  stratégique que celle de Réghaïa a été vendue aussi à un opérateur privé, le groupe les Vignobles de l’Oranie, pour la somme d’un milliard de dinars, à savoir 100 milliards de centimes ? Que cache la destruction de ce joyau industriel ? S’agit-il uniquement d’un échec économique ou d’une opération de sabotage pour renforcer l’emprise des importateurs sur le marché algérien ?

Pour répondre à ces questions, nous avons tenté de joindre les responsables de la société Atlas. Mais en vain! En revanche, au niveau du groupe public Agro-Industries, l’ex SGP EPA SPA COJUB qui détenait auparavant la brasserie de Réghaïa, une cadre de la direction générale a défendu cette privatisation et refuse de parler encore d’échec ou de privilèges accordés à un opérateur privé proche d’une personnalité militaire influente. Selon notre interlocutrice jointe au téléphone, le repreneur de la brasserie de Réghaïa a été victime de plusieurs problèmes administratifs qui ont empêché la concrétisation de son investissement.

« Depuis 2007, les services des domaines n’ont pas régularisé la situation du terrain acquis par cet investisseur. Il n’a toujours pas obtenu son acte translatif de propriété. Il ne dispose toujours pas de son registre de commerce qui lui permet d’exercer sa nouvelle activité. Il a été victime, en plus, d’un redressement fiscal. Tout cela a compliqué la vie à cet opérateur privé », se défend cette responsable qui soutient que la brasserie de Réghaïa n’a nullement été bradée. « Elle avait beaucoup de dettes et elle ne valait vraiment pas plus que le prix fixé dans le contrat de cession », assure-t-elle, avant de conclure: « ce dossier est toujours pris en compte au niveau du groupe et nous tentons de régler ces problèmes pour sauver l’activité industrielle de cette brasserie ».

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