La récente annulation des vols Alger-Paris par le PDG de la compagnie aérienne Tassili Airlines, filiale du groupe Sonatrach, a laissé de nombreux algériens perplexes. 

1500 titres de voyage achetés par des voyageurs de cette compagnie nationale ont été perdus ! Tassili Airlines va laisser ces voyageurs sur le tarmac sans aucune information au préalable puisque beaucoup de ces voyageurs se sont rendus à l’aéroport d’Alger dans l’espoir de prendre l’avion à destination de Paris. Selon l’expert judiciaire et enquêteur sur les accidents et incidents aérien, Benzerroug Mohamed Redouane, cette annulation des vols est un acte interdit par les lois et normes en vigueur en Algérie.

L’interdiction, l’annulation ou l’arrêt d’une exploitation d’une ligne aérienne est un manquement grave aux autorités de l’aviation civile représentant les deux Etats contractants, à savoir l’Algérie et la France. En l’absence d’un responsable officiellement installé à la tête de la Direction général de l’aviation civile et de la météorologie (DACM), la direction générale de Tassili Airlines a violé la réglementation régissant le trafic aérien dans ses articles 23 et 198  de loi 98-06 qui punit pénalement le manquement à  l’autorisation de concession d’exploitation « AOC ».

Cette attitude irresponsable aggrave la situation de Tassili Airlines qui souffre, d’ores et déjà, de nombreux dysfonctionnements internes.

 « En ma qualité de pilote et expert, j’ai en ma possession une copie d’un courrier de l’agence européenne  de la sécurité aérienne (AESA) qui avait mis en garde Tassili Airlines  concernant les contre-performances des avions exploités  dans le cadre du programme européen d’inspection au sol, connu sous le nom de « SAFA ». A cet égard, l’AESA a observé une tendance largement défavorable chez Tassili Airlines », explique à ce propos l’expert Benzerroug Mohamed Redouane.

D’après ce dernier, ce document émanant de la AESA démontre qu’au cours des 12 derniers mois, le soi-disant ratio SAFA pour Tassili Airlines SPA a  atteint une valeur de 2,35. « Avec cette valeur, Tassili Airlines est classée actuellement au 33e rang des compagnies ayant un le risque le plus élevé sur les 743 opérateurs aériens qui ont été inspectés au moins trois fois au cours des 12 derniers mois », note le même expert judiciaire et spécialiste des questions aériennes.

Le courrier AESA précise ainsi une augmentation conséquente des inspections des avions de Tassili Airlines. C’est dire que les normes de sécurité des avions de la compagnie filiale du groupe Sonatrach devraient être améliorés en toute urgence. L’AESA a observé également qu’aucun des employés de Tassili Airlines n’a accès à la base de données Internet de SAFA.

Par conséquent, conformément à l’obligation de l’AESA d’effectuer un contrôle continu de tous les opérateurs de pays tiers autorisés, nous nous posons les questions concrètes suivantes: Quel processus Tassili Airlines  a-t-elle mis en place pour surveiller ses performances dans le programme d’inspection au sol de l’Union Européenne ? Dans quelle mesure la performance des programmes d’inspection sur piste est-elle utilisée comme indicateur de performance de sécurité dans le cadre de ce qu’on appelle dans le jargon aérien la Sécurity Management System (SMS) ? Comment Tassili Airlines s’assure-t-elle que les constatations relevées lors des contrôles de la rampe sont closes dans un délai raisonnable ? Malheureusement, pour l’heure, ces questions demeurent sans réponses et le mode de gestion de Tassili Airlines demeure plus que jamais opaque. Un véritable gâchis pour le transport aérien en Algérie qui peine à développer son énorme potentiel.

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