« Nous avons un projet de réalisation d’un Data-Center de dimension internationale qui sera implanté à Bouira, précisément dans la commune de Lakhdaria ». C’est avec ces mots la ministre de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique, Imane Houda Faraoun, avait fait rêver les Algériens le 30 janvier 2018. 

Ce jour-là, la plus jeune ministre du gouvernement avait promis aux Algériens que ce projet permettra à l’Algérie de « devenir un hébergeur de données ».  La même ministre a souligné la concrétisation du projet qui va, cependant, « prendre du temps » compte tenu des conditions technologiques « assez complexes » et aussi des négociations à mener avec le partenaire technologique.

Tout cela est beau, grandiose et magnifique. Mais ce que Houda Feraoun n’a jamais dit aux Algériens est que ce projet cache d’énormes manœuvres d’un plan de trafic d’influence et de malversations financières sans précédent. En effet, Algérie Part a obtenu des documents exclusifs au cours de ses investigations démontrant que le département de Houda Feraoun a avantagé de manière très suspecte le groupe PCCW Global, une société de technologie de l’information et des communications basée à Hong Kong, dont les intérêts sont défendus en Algérie par les frères… Kouninef.

Le groupe PCCW Global a obtenu donc ce marché auprès du ministère dirigé par Imane Houda Feraoun pour un montant dépassant les… 162 millions millions de dollars. Un montant excessivement élevé et douteux car les plus gros datacenters ne coûtent pas aussi cher. Preuve en est, en 2013, le français OVH, l’un des plus grands acteurs mondiaux de l’hébergement des données, a ouvert un immense datacenter dans la banlieue de Montréal, pour une valeur de 127,3 millions de dollars, soit 100 millions d’euros. Et il de datacenter est considéré jusqu’à aujourd’hui comme l’un des plus importants dans le monde entier.

Comment donc le data-center de Lakhdaria peut-il coûter aussi cher ? Les investigations menées par Algérie Part démontrent que nous sommes devant bel et bien un immense scandale d’Etat. Et pour cause, d’autres entreprises internationales notamment des groupes chinois ont fait des offres nettement plus alléchantes à l’Algérie que celle du groupe PCCW. Des offres qui auraient permis à l’Algérie de se doter d’un data-center hyper-moderne pour seulement… de 63 millions de dollars, soit presque 100 millions de dollars de différence avec le marché accordé par le ministère de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique au groupe PCCW.

Nous avons obtenu à ce propos un rapport final et détaillé réalisé par La Société d’Investissement Hôtelière (SIH) qui avait candidaté pour prendre en charge la réalisation de ce data-center prévu à Lakhdaria. La SIH, une entreprise publique placée directement sous l’égide du Premier-ministre, avait proposé un partenaire chinois, à savoir le groupe CSCEC, pour construire ce data-center qui permettra enfin à l’Algérie de conserver ses propres données numériques au lieu de les stocker à l’étranger au prix d’un onéreux transfert de devises.

Malheureusement, Imane Houda Feraoun et ses conseillers n’ont jamais pris en compte l’offre de la SIH et de son partanire le chinois CSCEC. Et pourtant, pour défendre son offre et son projet, la SIH a rédigé tout un rapport approfondi qui relate les points faibles du groupe PCCW. Le rapport en notre possession affirme ainsi que le groupe PCCW n’est pas normalement admis aux conditions d’éligibilité de ce marché de…162 millions de dollars pour la simple raison que cette entreprise basée à Hong Kong n’a pas d’expérience dans la réalisation des projets de Data-centers. L’offre du groupe PCCW ne devait donc pas être retenue dans la notation financière car l’entreprise de Hong Kong n’est pas qualifiée techniquement pour ce genre de projets.

En revanche, son concurrent, le groupe chinois CSCEC a démontré de manière fiable sa capacité à diriger ce projet consistant à construire un grand data-center à Lakhdaria. Les chinois ont apporté dans leur dossier des certificats de réalisation de plusieurs data-centers en Indonésie et Sri Lanka en Asie.

Le rapport obtenu au cours de nos investigations démontre également que PCCW n’a pas présenté des références soutenues par des attestations qui soutiennent leur auteur tel qu’il est exigé par les dispositions de l’appel d’offres lancé par l’Etat algérien pour ce méga-projet important. Par ailleurs, une évaluation précise de l’offre de PCCW a dévoilé que la notation de l’entreprise originaire de Hong Kong est de.. zéro dans plusieurs chapitres déterminants pour la sélection de l’entreprise bénéficiaire du marché de construction du data-center de Lakhdaria.

Pis encore, dans certaines parties du projet, l’offre PCCW se démarque par des faiblesses criantes qui portent préjudice à l’intérêt de l’Etat algérien comme, par exemple, l’extinction des incendies. Le groupe PCCW a proposé un gaz, certes, moins cher, mais inefficace car il requiert le double ou le triple des bouteilles du système proposé par ses autres concurrents.

En aucun cas, le groupe PCCW n’aurait donc pu remporter le marché de la construction du Data-Center de Lakhdaria si l’on applique les critères de la rationalité et du bon sens économique. Mais au ministère de Houda Feraoun, d’autres critères déterminent la gouvernance des affaires de l’Etat. Ces critères portent sur la volonté absolue de plaire aux… Kouninef, ces oligarques influents choyés par le sieur Saïd Bouteflika. Et pour avantager les entreprises étrangères amies des Kouninef, la jeune ministre a fait perdre à l’Etat algérien presque… 100 millions de dollars ! Qui dit mieux ?

 

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