Avec l’arrestation de Said Bouteflika, un de ses principaux supporters, nous aurions pu croire que la société britannique Petrofac, appartenant à un homme d’affaires syrien aurait pu faire profil bas en Algérie. Non, loin s’en faut. 

En effet, celle-ci a signé un contrat de plus d’un milliard de dollar le 13 Mars 2019 avec le Groupement Isarene et effectué la réunion d’enclenchement de ce contrat à Dubai début Mai 2019, alors qu’elle était clairement en position de disqualification.

Ainsi dans le cas de l’appel d‘offre de la nouvelle raffinerie d’Hassi Messaoud et de celui d’Isarene, les appels d’offre comportaient des articles  et des questionnaires, qui permettent en cas de fausse déclaration de disqualifier un soumissionnaire. Hors, la partie respect de l’éthique et de la complaisance de ces appels d’offres ont été clairement contournées, car aucune mention des investigations en cours concernant des faits de corruption (notamment d’agent public) de Petrofac n’a été divulguée. Ce non- respect à l’éthique, pilier de la lutte l’anti-corruption dans un pays qui se respecte, aurait dû logiquement disqualifier Petrofac sur ces deux appels d’offres.

Nous rappelons que le co-fondateur de la compagnie pétrolière Petrofac a été accusé par le Serious Fraud Office à titre posthume d’avoir participé à un stratagème visant à verser des pots-de-vin de plusieurs millions de dollars pour obtenir des contrats. Les allégations du Serious Fraud Office contre Maroun Semaan, décédé il y a deux ans, ont été révélées dans le cadre d’accusations portées devant un tribunal contre David Lufkin, ancien haut dirigeant de Petrofac. Le Serious Fraud Office (SFO) est une agence du Gouvernement du Royaume-Uni, dépendant du ministère de la justice. L’autre cofondateur de la multinationale est Ayman Asfari. Actuellement propriétaire et dirigeant de la société, il a été arrêté, interrogé et puis relâché sous caution en mai 2017 par le SFO et libéré sans inculpation pour l’instant.

Le SFO a ouvert son enquête en 2017 sur des allégations selon lesquelles Petrofac aurait versé des pots-de-vin et blanchi de l’argent. L’enquête suit son cours pour clarifier l’utilisation d’intermédiaires. Le SFO avait débuté une enquête sur Petrofac dans le cadre d’une enquête plus large sur Unaoil, un cabinet de conseil pétrolier et gazier basé à Monaco. Lors de la première poursuite résultant de l’enquête, David Lufkin, l’ancien responsable des ventes de Petrofac, a plaidé coupable de 11 chefs de corruption devant le tribunal de première instance de Westminster, à Londres, le 6 février 2019. Le Britannique, âgé de 51 ans, a reconnu avoir offert de faire des versements frauduleux pour obtenir des contrats d’une valeur de 3,5 milliards de dollars en Arabie saoudite et de 730 millions de dollars en Iraq.Le SFO allègue que Semaan était complice de six chefs d’accusation de corruption présumée. Selon les procureurs, Semaan aurait agi avec Lufkin et d’autres pour offrir des incitations financières aux dirigeants irakiens et saoudiens entre octobre 2011 et février 2013. Pour l’instant, la partie algérienne de ces enquêtes n’a pas encore été révélée.

Le non respect de l’article 89 du code des marchés publics algériens est flagrant aussi.

De même, dans le cas d’Isarene, le non-respect des procédures d’appel d’offre a été flagrant. Ainsi dans les procédures de la Sonatrach et des Groupements, il faut ensuite toujours déclarer une adjudication provisoire officiellement par publication au BAOSEM.

Ensuite, les soumissionnaires, qui le souhaitent en cas de contestation des résultats, ont 10 jours pour déposer des recours. A la suite de cela et des traitements des recours, une adjudication définitive est publiée au BAOSEM et le contrat entre le soumissionnaire retenu et le client peut être signé.

Cela est la procédure normale et n’a pas été suivie par le Groupement ISARENE, car ni une adjudication provisoire, ni une adjudication définitive ont été publiées au BAOSEM, avant la signature du contrat le 13 Mars 2019.

Tout cela s’est passé hors procédures alors qu’auparavant, tout est scrupuleusement respecté.

Nous pouvons nous poser la question comment à l’heure actuelle cette société Petrofac peut-elle continuer à travailler impunément en Algérie, sans que personne ne réagisse !

LAISSER UN COMMENTAIRE