Hamid Melzi, récemment limogé de l’établissement public gérant une luxueuse résidence réservée aux dignitaires du régime algérien et d’une société hôtelière publique a été inculpé mardi d’«espionnage économique» et «atteinte à l’économie nationale» et incarcéré, selon une source proche de l’enquête. Dans une déclaration à l’APS, l’agence de presse gouvernementale, l’avocat de Hamid Melzi, Miloud Brahimi, a confirmé officiellement cette information. 

Une information qui suscite de nombreuses interrogations car l’accusation « d’espionnage économique » est totalement inédite en Algérie. De quoi s’agit-il réellement ? L’espionnage économique est l’espionnage qui vise le commerce, par opposition à celui, plus habituel, qui vise la sécurité nationale. Il peut être effectué par un gouvernement ou une entreprise privée. Dans le jargon juridique universellement admis, c’est le complément de l’intelligence économique dont les moyens sont légaux, mais le terme espionnage inclut aussi ces méthodes, dans le langage courant. Ses méthodes particulières ainsi qu’illégales incluent les pots-de-vin, le chantage, la surveillance électronique et parfois même la violence. Il peut être avantageux pour un gouvernement d’espionner des entreprises privées et aussi à l’inverse, par exemple afin de pouvoir soumissionner pour un montant plus bas.

Or, quels sont les dossiers économiques qui auraient été espionnés par Hamid Melzi au profit d’une puissance étrangère ? Et de quelle puissance parle-t-on ? Il est de notoriété publique que Hamid Melzi est l’interlocuteur privilégié de plusieurs sociétés et compagnies chinoises comme la China State Construction Engineering qui a construit de nombreux méga-projets en Algérie dont la Grande Mosquée d’Alger. Melzi a-t-il espionné l’Algérie au profit de la Chine ? Mais les chinois ont-ils besoin d’un « espion » pour rafler des marchés en Algérie ?

Les plus importants marchés ont été attribués naturellement aux entreprises chinoises depuis l’arrivée du Président Bouteflika au pouvoir. Leur savoir-faire, rapidité d’exécution et offres qui défient toute concurrence internationale ont fait des chinois les véritables acteurs incontournables de l’économie algérienne. La Chine dispose depuis des années d’un très fort lobbying qui lui permet d’obtenir des avantages conséquents en Algérie. En quoi Hamid Melzi aurait aidé les chinois à mieux se positionner en Algérie ?

Pour l’heure, aucune réponse n’a été donnée à ces questions, pourtant, légitimes. Loin de nous l’intention de défendre Hamid Melzi. Mais est-il juste, rationnel ou raisonnable de jeter en pâture un haut commis de l’Etat, ou un simple citoyen, algérien pour un dossier judiciaire douteux qui ne semble pas avoir été monté avec des considérations purement juridiques. Hamid Melzi est réputé pour être l’un des amis du général Toufik.

A-t-il été victime d’une opération de purge parce qu’il est l’ami du personnage le plus sulfureux du régime algérien ? C’est fort probable. Quoi qu’il en soit, cette affaire risque de jeter le discrédit sur la justice algérienne car elle serait instrumentalisée politiquement pour des « règlements de comptes » qui ne contribuent nullement à la reconstruction d’une autre Algérie.

Soulignons enfin que l’ex-patron de Club-des-Pins «a été placé sous mandat de dépôt tôt ce (mardi) matin» après avoir été entendu et inculpé par un juge d’instruction d’Alger. Hamid Melzi avait été limogé le 24 avril de son poste de directeur général de l’établissement public Sahel, qu’il occupait depuis deux décennies. Il avait également été démis, dans la foulée, de ses fonctions de PDG de la Société d’Investissement hôtelière (SIH), détenue par plusieurs établissement publics et gérant des établissements hôteliers de luxe.

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