Toute ma génération en a été hantée pendant sa jeunesse et jamais aucune disposition du régime autoritaire algérien n’a aussi bien résumé ce qu’est le despotisme et le gâchis d’un argent public pour la soif de pouvoir et de mythes de quelques-uns.

Commençons par la sémantique, toujours indispensable pour fixer le sens du propos et écarter toute  diversion par le vocabulaire qui est toujours la première des emprises sur les cerveaux. Il ne s’agit pas de « service national », c’est à dire d’un service rendu à la nation, mais d’un service militaire abrutissant organisé par un régime militaire pour l’intérêt d’une caste militaire. Et cela dure depuis un demi siècle.

Je suis stupéfait qu’il existe encore alors que la terre a tant tourné depuis cette époque du colonel Boumédiene, l’humanité s’étant tant transformée et les techniques comme les liberté tant évoluées. Il serait une « valeur nationale » vient de réitérer le ministère de la défense, ce qu’il prétend depuis que j’avais l’âge de 8 ans, j’en ai 64 aujourd’hui.

Entendre cela de ceux qui ont mis à mal un pays et l’ont pillé jusqu’à piétiner la moindre valeur humaine, c’est consternant. La soi-disant valeur de sacrifice pour la nation, cela a servi a engraisser des monstres qui se sont comportés pire que n’importe quel ennemi guerrier qui aurait pu inquiéter le pays. Les seuls ennemis que cette armée a du combattre auront été ses fils spirituels qu’elle a enfantés et couvés jusqu’au jour où, devenus hors-contrôle, ils menacèrent ses propres intérêts et son pouvoir.

De plus, ce service militaire n’existe plus sous la forme algérienne dans la quasi totalité des pays «normaux» de ce monde, c’est à dire ceux qui ne sont pas des dictatures ou en état d’alerte permanente comme Israël. En Algérie, érigé en dogme, il n’aura servi à aucun de ses objectifs initiaux et ne les servira jamais.

Toutes les armées régulières des pays démocratiques ont compris que l’incorporation massive d’une génération de la population n’avait aucun intérêt du point de vue militaire. Les guerres sont aujourd’hui l’affaire d’engagés professionnels et les combats frontaux ont disparu du paysage mondial.

C’est un gouffre financier qui n’a pour but que l’embrigadement et la mise à genoux d’une population en permettant, sous l’excuse des valeurs nationales de défense, un gigantesque détournement de la richesse nationale par une corruption gigantesque.

 

Tous ces discours sur l’amour de la patrie et autres balivernes ont servi à dominer une population étouffée qui ne peut plus réagir tant elle est accablée de servitudes.

L’Algérie doit définitivement en finir avec ce stupide embrigadement ainsi qu’avec sa variante, le service civil, et laisser la jeunesse s’investir dans des projets bien plus prometteurs pour  son avenir, à un âge où la force de l’esprit et de l’enthousiasme sont présents. Le temps n’est plus d’aller faire le clown aux ordres d’un sous-officier qui hurle et vous donne des ordres qui n’ont plus aucun sens.

La jeunesse algérienne a un défi à relever, redresser un pays détruit par le régime militaire corrompu. Ils ont des rêves et vivent sur une autre planète que ces officiers en Ray-ban, sortis d’un mauvais film des années d’Iddi Amine Dada.

On ne doit plus voler la jeunesse des algériens et leur envie démesurée à bâtir quelque chose de nouveau. Les jeunes ont parfaitement raison de se mettre en colère et j’encourage toute la jeunesse algérienne à refuser de donner une seule partie de sa précieuse vie à servir l’exclusif intérêt de la caste militaire.

Quant à moi, ils pouvaient toujours courir pour que j’aille faire le larbin, sous leurs ordres. Cela m’a coûté sept ans d’exil mais je ne regrette absolument rien.

 

Perdre un seul jour de ma vie sous leurs ordres aurait été d’une souffrance bien plus insupportable.

 

 

Par SID LAKHDAR Boumédiene, Enseignant

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