L’ascension fulgurante du sulfureux général Ghali Belkecir, l’actuel commandant de la gendarmerie nationale, nous révèle énormément de vérités amères sur le fonctionnement malsain de nos institutions sécuritaires les plus stratégiques. Nous avons, effectivement, appris au cours de nos investigations que le général Ghali Belkecir a tissé des alliances très suspectes, pour ne pas dire nuisibles à l’intérêt général, pour s’emparer du commandement de la Gendarmerie Nationale. 

Tout a commencé lorsque Ghali Belkecir était colonel et dirigeait la brigade de recherches de Bab Jedid de la Gendarmerie Nationale. A cette époque, il travaillait sous la coupe du major-général Ahmed Bousteila qui dirigeait la gendarmerie nationale depuis juillet 2000. Ghali Belkecir voit loin et veut gravir rapidement les échelons de la hiérarchie. Pour ce faire, il établit un stratagème diabolique qui consiste à s’allier avec Saïd Bouteflika et Réda Kouninef, le plus influent des lobbyistes algériens sous l’ère d’Abdelaziz Bouteflika.

Profitant de sa position à la tête de la brigade de Bab Jedid, Ghali Belkecir confectionne secrètement un dossier compromettant qui implique les enfants du général-major Ahmed Bousteila dans des marchés douteux et louches notamment dans le secteur des ports secs. En 2015, le colonel Belkecir va tout orchestrer avec Saïd Bouteflika pour faire tomber Bousteila, réputé pour être un proche du général Toufik.

Lors d’une audience qui lui a été accordée à la résidence présidentielle de Zéralda au cours de l’année 2015, Belkecir montre à Saïd Bouteflika toutes les preuves accablantes qu’il avait pu réunir contre la famille de son patron, Bousteila. Le frère du Président Bouteflika lui ordonne de tendre un piège au général-major Ahmed Bousteila. Ghali Belkecir s’exécute et se rend dans le bureau de son chef hiérarchique pour lui montrer quelques pièces de ce dossier d’enquêtes sur les affaires des ports secs algériens.

Pris de panique, Bousteila reprend le dossier à son niveau en y apportant de nombreux rectificatifs pour protéger subtilement ses enfants ou alliés. Ghali Belkecir débusque la manœuvre et revient rapidement chez Saïd Bouteflika pour dénoncer son chef hiérarchique. A Zéralda, le clan présidentiel saute sur l’occasion et ordonne le limogeage d’Ahmed Bousteila le 10 septembre 2015.

Le plan de Ghali Belkecir fonctionne à merveille. Il quitte Bab Jedid pour diriger 1er Commandement régional de la Gendarmerie nationale à Blida. Un poste stratégique, mais qui ne satisfait pas encore les ambitions de Ghali Belkecir. Ce dernier exécute ainsi des manœuvres pour se rapprocher de Réda Kouninef, le cerveau de la famille Kouninef, les oligarques les plus choyés par le clan présidentiel des Bouteflika. Réda Kouninef apprécie les « services rendus » par Belkecir qui lui obéit aveuglement en acceptant d’instrumentaliser les brigades de la gendarmerie nationale contre les « ennemis » qui dérangent prince Kouninef.

Ce dernier persuade son ami Saïd Bouteflika d’accorder une nouvelle promotion à Ghali Belkecir. Il devient ainsi à partir d’octobre 2017 le nouveau Chef d’Etat-major du Commandement de la Gendarmerie nationale. Ghali Belkecir se rapproche de la réalisation de son rêve. Il continue d’accomplir les sales besognes en privilégiant les intérêts politiques au détriment de sa noble mission qui consiste à protéger les Algériens et leurs biens. Au moindre souci, blocages, querelles, les Kouninef et Saïd Bouteflika font appel à Ghali Belkecir.

Ce dernier compte en plus un très fidèle ami : l’ex-ministre de la Justice, Tayeb Louh. Les deux hommes se connaissent depuis de longues années lorsqu’ils travaillent à l’ouest du pays, Mostaganem et Tlemcen. Leur alliance sera stratégique et permettra à Louh comme à Belkecir de se faire une place au sein du très complexe sérail algérien.

Manipulateur réputé pour ses manigances, Ghali Belkecir poursuivra ses complots contre son supérieur le général-major Menad Nouba. En octobre 2018, ce dernier est limogé de son poste à la suite de l’affaire de la cocaïne du Port d’Oran. Ghali Belkecir en profite pour vendre ses services. Le clan présidentiel et l’Etat-Major de l’ANP se mettent d’accord sur sa nomination. Il est rapidement promu au grade de Général et Ghali Belkecir fait valoir « son efficacité opérationnelle ». Mais, en réalité, au sein de la Gendarmerie Nationale, les autres généraux et officiers supérieurs crient au scandale. Au ministère de la Défense nationale, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer cette nomination dangereuse. Belkecir et sa femme, présidente de la Cour de Tipaza, sont impliqués dans de nombreux scandales de corruption étouffés. Les Kouninef et Saïd Bouteflika ont couvert les arrières de Belkecir. Tayeb Louh enterre dans ses tiroirs tous les dossiers compromettants à l’encontre de Belkecir et sa femme, la présidente de la Cour de Tipaza.

Fort heureusement, l’Algérie est en train de changer et le mouvement populaire qui a tout ravagé sur son passage ne risque pas d’épargner le général Ghali Belkecir. Les langues se délient et les magistrats de la wilaya de Tipaza ont transmis des rapports accablants à l’encontre de leur présidente de Cour et de son mari le commandant de la Gendarmerie Nationale. Des enquêtes sont en cours et Ghali Belkecir risque d’y laisser des plumes.

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