Pour ceux qui ont vécu la révolte d’octobre 1988, celle de  2019 a des airs de similitude prononcés mise à part, que cette dernière ne fut  nullement  violente et bien plus médiatisée grâce essentiellement aux réseaux sociaux et autre presse électronique.

Retomber dans les erreurs de 88 serait une déception générationnelle  de plus dans les tentatives d’émancipation d’un peuple hautement méritant. La place des algériens dans le monde comme étant un peuple mature et pacifique, aujourd’hui, est nettement acquise, indiscutablement, c’est une bonne chose «anthropologiquement » parlant.

Le postulat de certains « observateurs » de la scène politique  diront que les manifestations  de 88 étaient fomentées dans les laboratoires de la SM au service de la junte militaire de l’époque afin  écarter feu le Président Chadli Bendjedid pour ensuite pouvoir passer la pilule d’une économie nullement dirigée et laisser le champ ouvert aux investisseurs privés sous couvert de la soif de démocratie au sein du peuple.

Pour avoir été moi-même dans la rue, j’avais quinze ans, la démocratie n’était pas dans les revendications des jeunes manifestants, en réalité, les jeunes ne voulaient plus de la vie misérable ponctuée par les pénuries de tout genre, ils voulaient avoir les mêmes chances que les « rejetons » des responsables politique et militaires de l’époque au volant de bolides et de hors-bord « dernier cri », ceci dit,  personne n’avait parlé de démocratie et de multipartisme. Il faut reconnaître qu’en 88, le nombre des oligarques était moins important, ils pouvaient être comptés sur le bout des doigts, le fils du président Bendjedid au volant de sa BMW  en faisait partie.

C’est bien par la suite que les figures politique vinrent prendre l’initiative, les mêmes, d’ailleurs,  sont toujours en place de nos jours. La majeure partie de la  néo-classe politique était « coachés » par le pouvoir militaire omnipotent, en tout état de cause, et pour synthétiser, les politiciens  sont venus occuper diamétralement  la place des revendications  en écartant complétement le peuple algérien.

Aujourd’hui, les algériens se retrouvent objectivement devant le même problème dans l’interprétation des motivations ou des raisons ayant attisé la révolte pacifique de la jeune population.

La jeunesse dans les rues ne parle point de conférence nationale à la mouture de Bensalah  ni d’assemblée constituante ou autre mécanisme de transition savant, les algériens veulent voir la « Issaba » hors du champ politique en plus de leurs condamnations, in fine, les algérien veulent  l’effondrement du régime et rien de plus.

Après un neuvième jour de manifestations contestataires ce vendredi  dans tout le pays, aucune solution convaincante n’est mise en avant par les véritables tenants du pouvoir en Algérie, l’ANP.

Connaitre les raisons de ce blocage reviendrait à saisir tous les contours de cette gabegie institutionnelle, saisir le véritable « problème » c’est le solutionner en partie.

Nous pouvons, à vrai dire, isoler  trois raisons fondamentales pour expliquer l’inertie des décideurs au sein de l’état-major  de l’armée  face à la « texture » des problèmes d’aujourd’hui, elles sont simples et intelligibles par n’importe quel algérien soucieux de l’avenir du pays  :

  • Le pouvoir ne veut pas céder, préserver système est un « sacerdoce » car il est trop précieux pour certains « mercantis » évoluant dans  les sphères du pouvoir.
  • Le pouvoir gagne du temps pour pouvoir manœuvrer en toute quiétude.
  • Le pouvoir est animé par de bonnes intentions mais n’arrive pas à trouver les bons mécanismes pour le changement énergiquement revendiqué.

 

Curieusement que cela puisse paraitre, « l’équation algérienne » se résume dans ces trois élément qui expliquent la léthargie de l’état-major et du Général Gaid Salah en particulier  à prendre les décisions adaptées à la crise.

Il est nécessaire  de prendre conscience que seul une élection présidentielle dans des délais décents  serait salvatrice pour la nation et son peuple.

Aller dans les dédales d’une assemblée constituante ou autre haut conseil d’état est désadapté vis-à-vis de la situation et aussi face aux doléances du peuple .

Force est de constater que l’ANP reste soucieuse par rapport à une façade légaliste encrée dans une  constitution longuement bafouée.

Un état de fait que nous pourrions justifier aisément, en effet, une prise de pouvoir radicale de l’armée ne passera pas inaperçue « géopolitiquement » parlant.

En vérité, le « camouflage » constitutionnel que s’impose l’ANP actuellement est une bonne chose dans le contexte mondial actuel.

Ceci dit, il serait aisé de puiser  des solutions dans la constitution actuelle en opérant, ou si vous préférez en fermant les yeux sur certains dépassements constitutionnels  comme ce fut le cas lorsque le Président Bouteflika annulât la consultation électorale.

En vérité, le « minage de terrain »  opéré par les Bouteflika a débouché sur la situation actuelle, ne pas aller de l’avant reviendrait à leurs accorder un « génie » qu’ils ne méritent point.

Les articles 7 et 8 sont la clé si l’armée désir une sortie de crise honorable pour tous les protagonistes de l’impasse algérienne.

Nommer une personne consensuelle à la tête du conseil constitutionnel, une personne qui jouira de l’approbation populaire, cela va de soi, est la seule solution pour aller de l’avant, par la suite le nonchalant Ben Salah démissionnera et nous verrons la personne consensuelle a la tête de l’état pour l’organisation d’élections présidentielle limpides et incontestables.

L’ANP doit en tout  état de figure s’appuyer sur les articles de la constitution comme suit pour pouvoir dépasser casser le mur de cette impasse et aller de l’avant :

  • 7. — Le peuple est la source de tout pouvoir.

La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple.

  • 12. — L’Etat puise sa légitimité et sa raison d’être dans la volonté du peuple.

Sa devise est «Par le Peuple et pour le Peuple».

  • 37. — La jeunesse est une force vive dans la construction du pays.

Le peuple est clair dans ses revendications il est véritablement souverain aucun texte fut il la constitution  ne peut freiner ses aspirations à la liberté, compliquer et mathématiser la donne serait de mauvaise foi, en vérité, l’avenir sera impitoyable pour ceux qui jouent aux apprentis sorciers aujourd’hui.

L’ANP a toute la latitude pour solutionner le problème algérien par la prise de décisions courageuses, des décisions amplement méritées par le peuple algérien.

Par Nazim Maiza 

LAISSER UN COMMENTAIRE