Les Algériens sont de nouveau descendus dans la rue ce vendredi 19 avril, jour de la grande prière hebdomadaire dans les pays musulmans. Cette semaine encore, ils ont pourtant obtenu la démission du président du Conseil constitutionnel, le numéro 3 de l’État. Quant au chef d’état-major, il s’en est directement pris à l’ancien chef des services de renseignement, l’accusant de conspirer contre la transition.

Toutes ces annonces n’ont rien changé. Les Algériens sont déjà présents en nombre dans le centre-ville d’Alger. Il y a des hommes, des femmes, des enfants avec toujours beaucoup de drapeaux. Le dispositif policier est moins visible sur les grandes artères du centre-ville que les semaines passées, même s’il est toujours présent et que les hélicoptères survolent le centre d’Alger. La gendarmerie a par ailleurs placé des barrages filtrants aux entrées de la capitale, ce qui complique l’accès pour les automobilistes.

Dans les rangs des manifestants, les pancartes montrent que les positions n’ont pas bougé. Ceux qui protestent estiment que le pouvoir revient au peuple et qu’il faut l’écouter. On peut voir, par exemple, ces slogans : « Le peuple veut qu’ils s’en aillent tous », « C’est notre pays et on fait ce que l’on veut ».

Juger les affaires de corruption

Certains demandent même à ce que des personnalités politiques soient jugées, notamment sur les affaires de corruption. L’enjeu, aujourd’hui, c’est de savoir si cette manifestation va se passer dans le calme, car la semaine dernière il y a eu des dizaines de blessés, notamment à cause de mouvements de foule provoqués par l’utilisation des gaz lacrymogènes de la police.

Il y a eu aussi, cette semaine, plusieurs arrestations. Des manifestantes dénudées présentes dans un commissariat et l’intervention des forces de sécurité dans la faculté de droit d’Alger. Reste à voir comment les Algériens vont réagir à ce qu’ils considèrent déjà comme des tentatives de réprimer le mouvement.

Anniversaire du Printemps noir

Ce vendredi, c’est aussi l’anniversaire de la mobilisation en Kabylie en 2001, un soulèvement suivi d’une répression. Cette répression avait fait plus de 120 morts. C’est ce que l’on appelle le « Printemps noir ». Des affiches ont été collées tout autour de la Grande Poste, des portraits des gens qui sont décédés à cette période.

Ces affiches rappellent que le 18 avril 2001, un jeune homme est tué par une rafale d’arme à feu dans une brigade de gendarmerie près de Tizi Ouzou. S’ensuivent des violences mais aussi une très importante mobilisation populaire pour obtenir le respect des droits et des libertés. Une mobilisation qui ne réussit pas, et en deux mois 127 personnes sont tuées par les forces de l’ordre.

À Bejaia, Annaba, Tizi Ouzou, Bouira, Oran, Constantine, Mostaganem… À l’instar des vendredis précédents, les Algériens sont au rendez-vous dans toutes les villes du pays. Les craintes d’une baisse de la mobilisation pour éviter une confrontation avec les forces de l’ordre sont ainsi dissipées. En milieu d’après-midi TSA constate à Alger une “marée humaine contre le régime”. Les Algériens qui ont surmonté la peur depuis le 22 février, rejettent également la convocation d’une présidentielle le 4 juillet pour élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika et réclament un processus de transition gérée par des personnalités indépendantes du système alors que c’est la solution constitutionnelle qui est privilégiée par le chef de l’état-major de l’armée.

 

Source : RFI et Le Courrier International 

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