Il a fallu des années de luttes  et de combats pour que l’Algérie accède à son indépendance en 1962 après 132 ans de colonisation française des plus dévastatrices. Jeunes matures et conscients, les révolutionnaires  ont déclenché la guerre de libération contre l’occupant  durant 7 longues années meurtrières.

Grâce à leur engagement, ils ont arraché l’indépendance. Que reste-t-il aujourd’hui du sacrifice de la génération de novembre ? Rien.

La liberté des Algériens est confisquée. Le système militaro-politique a bâti un cachot de dictature pour le pays. Les dirigeants médiocres et incompétents  se sont succédés de gouvernement en gouvernement. Les wagons  de corruption se sont multipliés au fil des années. Les libertés civiles sont jetées dans les tranchées obscures de l’injustice.

Plongé dans un sommeil profond, l’Algérien rêve en silence d’un travail qui répond à ses besoins. Il pense à instruire ses enfants. Il espère manger à sa faim. Il veut vivre dignement sous un toit  sécuritaire qui lui convient. Il désire des vacances méritées. Il souhaite voyager à sa guise dans son pays et ailleurs dans le monde entier. Mais par-dessus tout, il tient à sa Liberté, l’essence de son existence. Les martyrs l’ont payée chère de leur sang pour que les dépositaires du népotisme lui bâtissent une épitaphe de l’oubli . L’Algérien veut être un citoyen avec tous ses droits. Vivre dans la joie où la démocratie fait foi, voter, se soigner, s ‘exprimer, se réunir, circuler, se syndiquer, participer à la gestion de la cité, manifester, jouer du théâtre, écrire, chanter, danser, s’amuser..etc. L’Algérien est un être humain qui ressemble au Canadien, à l’Australien, au Japonais ou à l’ Irlandais. L’Algérien est différent : il est chawi, targui, kabyle, mzabi, oranais…etc.

L’Algérien est drôle. Il rit tout le temps malgré les antécédents d’ un passé criblé de peines et de larmes. Ses bourreaux sont vautrés dans leurs bureaux luxueux. Ils le condamnent à  porter infiniment sur son dos, le rocher de Sysiphe. Tous les jours, c’est kif kif. La misère sied à sa porte. Les maîtres du palais et ceux des casernes lui ont volé son avenir. Ils lui ont brisé son horloge. Ils lui ont noué sa langue. Ils lui ont tordu les bras. Le désespoir vente sans cesse dans le cœur de la jeunesse. Les retraités, les étudiants, les médecins, les employés…etc. sont mal traités. Exécrables, les députés, corrompus par le luxe, sont à l’apogée de la médiocrité.

La plume des journalistes est ancrée aux confins de l’obscurité où elle tâtonne aveuglément pour retrouver un ou deux rais de lumière. Les barons de la pensée unique ont empoisonné la vie des partis politiques.

Impuissant face aux tanks, aux kalachnikovs, aux matraques, aux balles réelles,  l’Algérien se retrouva comme dans une prison à ciel ouvert, pieds et mains liées. Il attendit , attendit…jusqu’au 22 février. Sa colère est montée. Elle explosa. Les cris de la liberté  déchirent ses poumons. Le Djurdjura, l’Ouarsenis, les Aurès, le  Hoggar hissent l’écho de sa voix  au firmament de la dignité humaine. Sa voix est d’or. Elle est souveraineté. Lui Seul  peut déterminer sa destinée. Il brisa du coup les chaînes de la honte et renoue avec la liesse de l’indépendance. Dans la rue, au su et au vu du monde entier, il brave la peur. Dans la paix, il marche encore et encore la tête haute. Il suit le chemin de Ben M’hidi, Amirouche,  Dihya. Il tourne en dérision ces « vieux gueux » qui le gouvernent. Il scande le départ définitif de la mafia. Il renvoie à la maison les généraux de l’armée et leurs suffifres,  ministres et walis. L’Algérien tient son destin en main longuement hypothéqué par les pourvoyeurs des canons à chair et des fossoyeurs de la démocratie. Son combat est le mien.

Par Ali Atman, Enseignant de français langue seconde- Montréal

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