La dynamique politique actuelle que vit l’Algérie et les dénouements « médiatiques » qui s’ensuivent, ne surprennent guère spécialistes et observateurs, bien que ceux-là puissent diverger dans leurs approches pour l’établissement d’un constat, ce qu’est d’un point de vue méthodique parfaitement compréhensible.

Il s’agit là d’une conséquence logique après tant d’années de nonchalance politique, de clochardisation de l’état, d’absence d’études prospectives à tous les niveaux et d’assistanat social exagéré dans le but de se maintenir au pouvoir.

Ce qu’il faut absolument retenir à travers cette dynamique, en plus de ce remarquable regroupement populaire, c’est l’après phase de transition que le pays devra subir si aucun projet de réforme ne sera amorcé rapidement.

Car il s’agira surtout d’assainir la scène politique des différents opportunistes en dehors du système et ceux dont les prises de positions ont changé récemment. Ces prises de positions dont la majorité d’entre elles illustre un pragmatisme politique obscène, qui a dérouté l’opinion publique, ce qui a élargi encore plus le fossé existant entre le peuple et le régime politique actuel, mais surtout entre le peuple et les pratiques politiques en Algérie.

Vers une réhabilitation constitutionnelle

Les constitutionalistes l’affirmeront, jamais dans l’histoire politique de l’Algérie, cette référence légale qui se situe au sommet de la pyramide des sources du droit algérien n’a été bafouée comme le système Bouteflika l’a fait.

En effet, la constitution algérienne devint une couverture légale visant à légitimer les manœuvres machiavéliques du système en place, car cette institution englobait et englobe toujours de fervents défenseurs des fondements constitutionnels de la république.

Les mandats furent prolongés, les prérogatives du président et de ceux qui l’entourent furent élargies aléatoirement et les gouvernements se succédèrent et avec eux des politiques gouvernementales creuses et dénuées de rationalisme ou du moins de volontarisme politique.

Vers un renforcement des institutions de l’Etat

La crise politique de 1988 avait déjà affaibli les institutions de l’Etat, avec une vision économique limitée et en face un gouvernement dépassé par les évènements. La prise de pouvoir du président Bouteflika en 1999 devait en apparence s’inscrire dans le renforcement de ces institutions. Il en a fait d’ailleurs un slogan politique pendant plusieurs mandats.

En effet, le système Bouteflika à travers ses manœuvres anticonstitutionnelles a progressivement détourné les différentes institutions de leurs rôles majeurs : préserver l’intérêt général et fournir un service public à la hauteur des attentes du citoyen algérien.

L’institution judiciaire ne sera jamais indépendante, les juges républicains se raréfient, laissant place à un accommodement sournois entouré de pratiques judiciaires dénuées de légalités et gangrénés par l’interventionnisme de l’exécutif, de l’argent et d’autres pouvoirs occultes.

L’ère Bouteflika a connu des scandales de corruption et de détournement de deniers publics comme jamais auparavant : l’affaire ACHOUR Abderrahmane, l’affaire KHALIFA, SONATRACH 1 et 2 pour ne citer que ceux-là et en face, une justice à deux vitesses, des intérêts largués et d’honnêtes gens opprimés.

On pourra apercevoir clairement ces maux longtemps refoulés par le corps des avocats et magistrats revendiqués sur leurs pancartes durant leurs dernières manifestations.

L’institution de la santé quant à elle fut marquée par l’indifférence des ministres qui se sont succédés, éclaboussés par des scandales liés à des vaccins non soumis au contrôle réglementaire, des erreurs médicales flagrantes et des manques scandaleux en matière d’organisation dans le secteur hospitalier, d’où la détresse des citoyens partout à travers le pays.

Pour l’éducation et après tant d’années d’amateurisme sous l’ère BEN BOUZID et même avec l’installation de N. BENGHEBRITE récemment destituée, cette institution n’a pas pu connaître une réforme tant attendue, n’ayant point obtenue de consensus auprès des différents intervenants dans le domaine de l’éducation; à savoir les représentations syndicales, les associations de parents d’élèves, les partis politiques et même certains hauts inspecteurs de l’éducation.

Cette situation a finalement généré des tensions sérieuses entre ces différents acteurs, au détriment de l’intérêt de nos enfants (fuites des sujets d’examen, dérives de certains enseignants, instrumentation malsaine des fondements de la république, grèves et bouleversement des cycles d’études.

Ces trois institutions stratégiques ont longtemps subi le mimétisme parfois prémédité du système Bouteflika, trop occupé à gérer les enjeux politiques des différents mandats à conquérir.

C’est ainsi qu’on arrive à mieux comprendre la révolte des personnes appartenant à ces institutions, qui fussent longtemps muselées sous le régime Bouteflika et tant affaiblies au fil des années.

Transition…oui mais projets de réformes aussi

La récente initiative du système Bouteflika avec ce remaniement gouvernemental, suivi par une déclaration officielle d’une éventuelle démission, signifie évidemment que le système souhaite piloter cette « transition », ce qui veut dire orienter, mais aussi procéder à des réformes constitutionnelles, ce qui ne présage rien de bon, vu les « pseudos réformes constitutionnelles » entreprises ces dernières années.

Il n’y aura pas d’échappatoires à une transition, sauf condition qu’elle n’émane pas de ceux qui ont fait et qui représentent toujours l’interface d’un système politique fossilisé et inadéquat avec les défis et les attentes du citoyen algérien.

Aussi, cette transition devra être rapidement accompagnée de projets de réformes, visant à renforcer les institutions stratégiques de l’état et d’assainir la scène politique de tous ceux qui hier, ont chanté haut et fort les louanges du système Bouteflika.

Intérêt général d’abord, intérêt général toujours

Les institutions stratégiques auparavant citées, devront être renforcées via une réforme constitutionnelle dont le projet devra être élaboré par des spécialistes en droit constitutionnel, des juristes et politologues, afin de consolider les visions dans le respect des constantes de la république dans toutes ses dimensions (berbère, arabe, musulmane, méditerranéenne et africaine).

Ainsi, les projets de loi représentant le corpus normatif de chaque institution seront présentés par des commissions ministérielles mixtes et votés par une représentation parlementaire, dans le respect des principes constitutionnels du pays.

L’institution judiciaire recouvrira son autonomie et donc son impartialité et régulera les activités de l’état, dans son rôle de garant de la justice et donc de l’équité sociétale à tous les niveaux et en valorisant le rôle des autres intervenants dans la vie judiciaire (police judicaire, avocats, huissiers,…etc).

L’institution de la santé et celle de l’éducation devront faire l’objet d’une attention particulière lors de l’élaboration de la politique générale du gouvernement, à travers des subventions considérables, des systèmes de contrôle et de suivi, mais surtout des réformes pensées et élaborées avec l’aide de spécialistes algériens, aptes à cerner la réalité sociale ainsi que les enjeux futurs.

Par MEHDI Tarik Abdallah, Juriste et chercheur en sciences politiques

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