Je me demandais tantôt si je devais vous féliciter, vous et l’Etat-major au complet, pour les décisions que vous avez prises, au nom de la sauvegarde de l’Algérie, ou s’il s’agissait de dénoncer une énième entourloupe visant à déposséder le peuple de la formidable mobilisation qui est la sienne, et qui, je vous en conjure, ne vous avisez pas de provoquer.

 Je ne reviendrai pas sur vos positions antérieures dans ce qui fut à l’origine de la crise profonde que nous vivons. Je préfère, pour le moment, n’en retenir que vos décisions actuelles et vous en faire crédit, même si, dans leur formulation (article 102 dans le contexte actuel), elles sont susceptibles d’aggraver la situation et nous conduire à des situations que vous-mêmes redoutez.

 Vous comprenez aisément que dans la situation actuelle, nous sommes, au regard des revendications populaires, très loin de leur satisfaction … Et comportant en elles des risques sérieux de leur radicalisation.

 Que feriez-vous alors ? Décréter l’état de siège ou d’urgence ? Interdire les marches ? Compter sur leur essoufflement ?

 Vous assumez de fait  une responsabilité historique. Non pas en tant que sauveur de la Nation, loin s’en faut. Seul le Peuple a eu ce courage et a cette vocation. Mais pour avoir arrêté cette dérive, dont vous avez été acteur, dois-je le rappeler. Et aussi, aujourd’hui, et surtout, en tant que garant du chemin que souhaite prendre le Peuple dont votre seul et unique rôle est de le sécuriser.

 Le peuple n’est pas sorti dans la rue pour remplacer un potentat par un autre, des privilégiés par d’autres. Rien ne sera plus JAMAIS comme avant ! Que tous les prétendants à quelque responsabilité que ce soit s’en imprègnent.  Ce peuple méprisé, humilié, manipulé, « cachirisé », a acquis, au-delà d’une conscience politique, une conscience citoyenne qui, dans les circonstances où elle a émergé, ne peut plus retomber, être achetée, endormie au  prix de mises en scènes impliquant les anciens dignitaires desquels on demande vengeance.

 A ce propos, et cela, je le dis à mes concitoyens, le Peuple ne demande pas la vengeance, mais la JUSTICE, au-dessus de tous !!! À qui tous, autant que nous sommes, et à quelque responsabilité que nous soyons, redevables, et à qui nous devons nous remettre. La responsabilité HISTORIQUE de mes frères magistrats est, de ce point de vue, immense. Ils seront les véritables fondateurs de la Nouvelle République ou seront voués aux gémonies du Peuple.

 Mais je dis aussi : la formidable mobilisation citoyenne a généré une énergie considérable, phénoménale, et qui a abouti à une première victoire : l’éviction du « symbole » de ce qui a conduit à la déchéance de l’Algérie. Mais ce n’était qu’un symbole, un artifice qu’on met en avant pour justifier tout le reste. Si  nous ne détruisons pas tout ce que ce « symbole » a généré, a protégé, permis, alors nous aurons perdu tout ce pour quoi nous nous sommes mobilisés.

 Aussi, la mobilisation citoyenne doit et devra-t-elle être permanente, prendre toutes les formes imaginables mais délivrer un message fondamental : jamais rien ne sera comme avant et nous aurons une vigilance de tous les instants, pour les plus actes de gestion les plus élémentaires qui nous concernent, comme pour les décisions stratégiques qui concernent notre Nation, aussi bien des élections que des délibérations d’APC ou d’APW. Vous devrez désormais compter avec nous.

 J’en reviens à vous, mon Général et à l’Etat-major de la glorieuse ANP pour implorer votre discernement : ne ratez pas le rendez-vous de l’Histoire, n’essayez pas de ruser avec le peuple algérien, accompagnez le dans sa démarche, protégez ses aspirations. Votre mission constitutionnelle est claire, vos capacités d’analyse et de projection vous en donnent les moyens. Votre pouvoir actuel vous en assigne la responsabilité. Ne vous substituez pas à sa volonté.

 Les déchéances vécues en direct doivent donner à réfléchir à tous ceux qui s’imaginent investis d’une mission qui ne soit pas exclusivement au bénéfice du peuple, dès lors qu’ils assument une responsabilité ou un pouvoir  au nom de ce Peuple. Ceux qui se détourneront de ces chemins seront voués aux gémonies et à la poubelle de l’Histoire. Je souhaite qu’ils soient tous jugés, en toute impartialité, au moins pour donner à réfléchir à tous les récupérateurs qui affûtent leurs nouveaux discours, se font tailler de nouvelles vestes, de nouveaux costumes espérant faire oublier les anciens.

 Bien sûr, notre responsabilité actuelle et future est immense. La rue, les manifestations, la foule, n’ont jamais remis par leur seul fait, un pays sur rails. Mais elles ont fait PLUS et MIEUX. Elles font (je l’espère) de chaque individu un CITOYEN, impliqué dans le devenir de sa cité autant que de son pays. Et en particulier cette jeunesse qui s’ébroue, qui s’éveille, qui s’implique, qui veut faire de son futur un avenir dirigé par elle, qui veut révéler l’immense potentiel qui sommeille en elle et dont elle veut faire bénéficier sa patrie avant autrui, dans ce grand village qu’est notre Terre. Nous devons mettre, sans condition aucune, notre compétence, notre énergie, notre détermination au service de cette cause. Et de cette seule cause, sans nulle autre.

 Et enfin, Mon Général, car ce message s’adresse à vous en priorité, faciliter ce processus, le protéger et le conduire à terme est la seule façon pour vous d’entrer, par la grande porte, dans l’histoire moderne de l’Algérie, du fait de la prise de conscience qui fut la vôtre et par les décisions que vous avez prises.

 Mon général, et n’y voyez aucune injonction, n’oubliez jamais que vous devez votre position, votre pouvoir mais surtout votre responsabilité au PEUPLE algérien, et c’est pour cela et en cela que vous serez jugé.

Avec mon respect.
Abdelhak, Citoyen algérien

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