Plusieurs hommes d’affaires algériens sont visés par des enquêtes préliminaires concernant des faits de corruption, d’infraction au change et de transfert illégal de capitaux. Le procureur du tribunal d’Abane Ramdane a, par mesure conservatoire, émis plusieurs Interdictions de Sortie du Territoire National (ISTN) pour certains entrepreneurs qui, jusque-là, jouissaient d’une impunité outrancière.

Parmi eux, Ali Haddad, Président du groupe ETRHB, a même été arrêté alors qu’il envisageait de traverser la frontière Algéro-tunisienne avec une somme de devises non déclarés et des documents non conformes.

Cette subite agitation judiciaire, pourtant très attendue par le peuple, nous a toutefois quelque peu surpris. Explication.

Une certaine presse, à l’instar d’Algeriepart, avait eu dans un passé récent, le courage de dénoncer des faits de malversations et avait même publié de nombreux articles relatant de manière documentée d’innombrables affaires de corruption liées à des hommes d’affaires proches du pouvoir. La plupart de ses affaires sont restées sans suite.

Nous avions alors apporté des preuves sur des flux d’argent suspects et des entreprises et des biens acquis à l’étranger impliquant de nombreux oligarques et familles de hauts fonctionnaires de l’Etat.

La Justice viendrait-elle de découvrir ces dossiers de corruption ou aurait-elle simplement reçu ordre aujourd’hui d’agir ?

Cette question qui peut paraitre anodine est pourtant fondamentale pour comprendre tous les enjeux liés à ce que nous vivons depuis quelques semaines.

Tout d’abord, il ne faut guère oublier que les détenteurs du pouvoir an Algérie, discrets et tapis dans l’ombre, ont toujours eu recours à des prête noms, à des sociétés écran et à des gestionnaires anonymes afin d’agir pour leur compte.

C’est même là en fait la signature de ce régime. Il a pour ainsi dire toujours fonctionné ainsi.

Et quand la situation l’imposait, le système savait toujours décider à quel moment précis il fallait sacrifier et abattre ceux-là même qu’il avait poussé en avant et utilisé pour détourner à leur profit une bonne partie de la manne financière publique.

La rente était souvent récupérée à travers des marchés publics complaisamment donnés à des proches quand ce n’est pas à leurs propres mandataires, par des subventions et dérogations spéciales que l’administration octroyait à qui savait graisser la patte, ou encore à travers des rétrocommissions négociées à l’étranger sur des produits importés avec de l’argent public …

Le milieu judiciaire n’a malheureusement presque jamais fonctionné de manière indépendante dans notre pays, même si, et nous en sommes persuadés, des magistrats honnêtes existent.

Nous avions dernièrement publié un article sur les tentatives de récupération du mouvement Hirak par le Président du pôle Pénal du tribunal d’Abane Ramdane, ce même tribunal qui émis les ISTN des Haddad, Kouninef, Tahkout, Bairi…

Si la justice a subitement  »décidé » aujourd’hui de lutter contre cette fraude et de subtilement divulguer le nom de ces hommes d’affaires sur des chaines de télévision claniques et donc savamment arrosés de publicité, elle ne doit pas nous leurrer et nous empêcher de réfléchir aux sombres raisons l’ayant poussé à épargner d’autres affairistes véreux. Un exemple ?

Le procureur du tribunal d’Abane Ramdane feint-il d’ignorer qu’Ayoub Aissiou, jeune entrepreneur immobilier subitement devenu milliardaire, avait offert plusieurs appartements à ses amis Anis Rahmani d’Ennahar TV, Tayeb Louh ex Ministre de la Justice et son collègue du pôle pénal au sein du même tribunal ?

Algeriepart avait pourtant publié des documents sur les luxueuses résidences appartenant à celui qui avait débuté sa carrière en tant que vendeur de brochettes avant de se retrouver propriétaire de biens immobiliers à Dubai, à Paris et à Milan…

Alors pourquoi son nom ne figure pas parmi ceux qui ont récemment été frappés d’ISTN par le Tribunal d’Abane Ramdane ?

Pourquoi aucune enquête n’a été ouverte pour comprendre comment Ayoub, beau-frère de Bachir Ould-Zmirli propriétaire de la marque d’eau minérale Sidi Rached et vice-président de la Fédération Algérienne de Football, a pu financer toutes ses acquisitions à l’étranger ?

La proximité d’Ayoub Aissiou de ce milieu d’affaire privilégié avec plusieurs oligarques, lui a permis de bénéficier de la manne financière et des largesses de l’ANEP lui qui est propriétaire de la chaine de télévision El Djazairia TV et actionnaire de la chaine El BILAD.

Alors pourquoi Ayoub Aissiou jouirait-il seul, de la complaisance et de l’impunité des services de la gendarmerie et de la Justice ?

Si nous sommes tous pour un état de droit et pour une justice impartiale, si le peuple appelle à plus de démocratie et au changement de régime, ce n’est certainement pas pour voir se perpétuer une justice de copinage faisant du seul Haddad, Tahkout ou Kouninef, l’arbre qui cache la forêt.

Le degré de conscience de l’Algérien et sa maturité politique ne se feront pas tromper une seconde fois ! Et personne n’acceptera plus que la Justice soit entre les mains du plus fort pour servir leurs règlements de comptes. Cette fois ci, la loi sera au-dessus de tous.

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