Il est aujourd’hui nécessaire de passer à une seconde phase du Hirak pour espérer une sortie de la crise et un changement total du système et du mode de gouvernance du pays où une seule personne (ou un seul clan) règne sans aucun contre-pouvoir qui puisse remettre le dirigeant à sa place lorsqu’il se montre autocrate.

Pour une sortie de la crise politique dans laquelle l’Algérie se trouve depuis de nombreuses années, plusieurs solutions existent. D’ailleurs, de nombreuses personnalités politiques ont proposé quelques idées et plateformes pour une sortie de crise. Même si le peuple est unanime pour le départ du pouvoir en place, ce dernier estime avoir la légitimité de proposer un plan d’action et un projet susceptible de sortir l’Algérie de la crise politique dans laquelle il l’a plongée. Une proposition qui a, bien évidemment, été refusé par l’ensemble du peuple algérien. C’est d’ailleurs pour exprimer leur refus à cette «décision» du pouvoir que des millions d’Algériens sont sortis dans les rues ce vendredi 15 mars.

De nombreux opportunistes ont, par ailleurs, tenté de noyauter le Hirak populaire afin de servir leurs intérêts personnels, comme ils ont toujours su le faire avec le pouvoir en place actuellement et contesté par tous les Algériens. Ces opportunistes qui ont voulu s’autoproclamer représentants ou porte-paroles du Hirak ont fait naître dans les cœurs et les esprits des Algériennes et Algériens une véritable aversion pour le mot «encadrement».

Profitants des méthodes de l’ancien système qui a toujours érigé le populisme en politique suprême de l’Etat, d’autres personnes tout aussi opportunistes, tentent de se démarquer et de sortir de leur anonymat en criant à tue-tête que l’encadrement d’un mouvement est synonyme de la fin de celui-ci. L’encadrement signifierait donc la dénaturation du Hirak.

Est-ce une règle absolue ? Nous, les Algériens, avons un véritable problème avec «l’encadrement». La raison n’est autre que le pouvoir en place, qui, à chaque fois, décide pour nous en nous imposant encore et encore des «représentants» du peuple, qui ne représentent que leurs intérêts et ceux du système qui les a mis en place. Dans ce cas de figure, le peuple a entièrement raison de se méfier de l’encadrement. Mais il ne faut pas non plus se voiler la face. La non-structuration d’un tel mouvement peut conduire avec le temps à l’usure de celui-ci et à son essoufflement. Si le pouvoir en place arrive par une quelconque manœuvre adroite à feinter le peuple, il pourra réussir à se maintenir et à confisquer la victoire du peuple, comme il avait réussi à le faire dès l’indépendance du pays en 1962. Pour éviter un tel scénario et réussir à maintenir la flamme du Hirak, il est nécessaire de structurer le mouvement, sans pour autant se baser sur des leaders avec un quelconque pouvoir décisionnel.

La majorité des employés et des secteurs d’emploi ont déjà rejoint le Hirak, médecins, avocats, étudiants, enseignants universitaires, profs de l’éducation, paramédicaux, journalistes… La structuration du Hirak peut commencer par là. Chacune de ces catégories peut tenir des assemblées générales avec des groupes de 100 à 1000 personnes. Des AG qui auront pour ordre du jour, la discussion de l’avenir du pays, la proposition de solutions globales ou sectorielles et la structuration du Hirak. Des discussions purement démocratiques dont le but sera de sensibiliser mais aussi de trouver des idées et des solutions nouvelles à même de faire sortir le pays de la crise dans laquelle il se trouve.

Les assemblées pourront choisir des «représentants» (sans aucun pouvoir décisionnel). Les représentants de chaque groupe (des groupes dont le nombre ne dépasse pas les 1.000 personnes) pourront par la suite se réunir entre eux pour discuter des idées les plus pertinentes et procéder à une sorte de filtrage, avant de choisir, à leur tour, des représentants. Les gens pourront ainsi choisir parmi des personnes qu’ils côtoient tous les jours; ils connaissent de ce fait l’intégrité et l’honnêteté de chacun.

Ceci permettra de barrer la route aux opportunistes et carriéristes. Un système pyramidal démocratique où les «représentants» seront «élus» directement, dans un premier temps, puis indirectement après. Ce système devrait aboutir à la création d’une coordination de wilaya, qui regroupe les personnes ayant été choisies par la base populaire, et qui n’aura bien entendu aucun pouvoir de décision. Une coordination consultative, qui pourra assurer une transition de quelques jours ou quelques semaines pour l’après départ du pouvoir en place. Cette coordination ne pourra en aucune façon négocier avec le pouvoir actuel, elle n’aura pas vocation de participer à la conférence nationale prévu par Lamamra, Brahimi et compagnie…

L’objectif de cette coordination sera de veiller à l’application de la volonté populaire, lorsque le pouvoir en place aura cédé aux revendications du peuple. Cette coordination devra, tout d’abord, organiser un référendum pour déterminer si le peuple désire aller directement à des élections présidentielles ou passer par une Constituante.

Après l’organisation des élections pour la Constituante ou les présidentielles, la coordination sera dissoute. Les membres de cette coordination devraient, par ailleurs, déclarer sur l’honneur qu’ils ne se présenteront à aucune élection pour les vingt prochaines années, et ce, afin d’éviter tout conflit d’intérêt ou l’adhésion de certains opportunistes qui souhaitent juste faire de cette coordination, un tremplin pour leurs objectifs personnels.

Objectifs :

–          Structurer le mouvement en créant des conseils consultatifs et une représentativité populaire à tous les échelons. Une représentativité issue du peuple avec toutes ses catégories et ses composantes.

–          Éviter que le mouvement ne s’essouffle ou ne tombe dans les pièges et manœuvres d’un régime prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, et qui se trouve être un véritable spécialiste en coups bas de tous genres.

–          Commencer, dès maintenant, à préparer l’après-système pour instaurer la deuxième république algérienne, sur de bonnes bases, et non pas reproduire l’ancien système avec de nouvelles têtes en calquant sur les méthodes utilisées par le régime actuel ; des méthodes qui ont démontré leurs limites et leur inefficacité par le passé et qui ont conduit le pays à la situation de blocage et à la crise politique dans laquelle il est coincé aujourd’hui.

–          Ouvrir un espace de débat démocratique en toute transparence.

Les étapes :

Première phase : aller vers tous les secteurs et les catégories sociales pour organiser des assemblées générales qui auront pour but de choisir quelques représentants, de proposer des idées et discuter. Opter, de préférence, pour des représentativités de l’ordre de 4 représentants par groupes de 1000 ou 2000 citoyens. Une fois choisis, les représentants tiendront des assemblées générales entre eux, à une échelle plus importante, où ils discuteront les meilleures idées proposées lors des précédentes AG et choisiront par la suite les «représentants des représentants» et ainsi de suite, avec un système pyramidal qui aboutira à la création d’une coordination de wilaya, composée d’une cinquantaine de représentants issus de la base populaire, puis à une coordination nationale.

N.B : La coordination nationale ainsi que la coordination de wilaya n’auront aucun pouvoir de décision. La base devra être consultée pour toute décision. Aucune négociation avec le pouvoir actuel ne pourra être faite par ladite coordination.

Deuxième phase : les différentes AG devront filtrer les meilleures idées pour sortir par la suite avec un programme destiné à mettre en place les moyens et mécanismes nécessaires pour assurer la période de transition.

Troisième phase (après le départ du pouvoir actuel) : la coordination nationale, dont tous les membres devront déclarer sur l’honneur et s’engager devant Dieu et les hommes à ne pas se porter candidats pour les futures élections,  dans le but d’éviter tout conflit d’intérêts) mettra en place un gouvernement provisoire de transition, qui s’occupera de la gestion des affaires courantes du pays, et dont la durée de vie ne dépassera pas les quelques semaines.

Quatrième étape : la coordination nationale devra organiser un référendum pour savoir si le peuple désire se diriger directement vers des élections présidentielles ou passer par une constituante pour la réforme de la Constitution.

Cinquième étape : à l’issue du résultat du référendum, la coordination nationale s’occupera d’organiser des élections présidentielles ou pour la formation de la constituante dans la transparence la plus totale.

Sixième étape : fin de la période de transition assurée par ladite coordination nationale. Cette dernière sera dissoute et n’aura plus aucune prérogative.

Par Mustapha Bendjema 

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