Pensez vous qu’une famille aussi unie dans le pouvoir, dans la traversé du désert et puis le pouvoir suprême pourrait laisser son illustre aîné tomber dans la disgrâce, quitter la scène par une porte dérobé après être rentré dans son pays par la grande porte dans la liesse populaire en 1999 ?

Revenu dans son pays en sauveur, en libérateur du joug terroriste, reprendre un pouvoir qu’il estimait sien par succession à feu Boumediene,  dès 1979. Non, je ne pense pas ! La caste ne le laissera pas quitter les arcanes de la grande scène algérienne en s’éclipsant comme un lépreux, et finir sa vie dans une maison de retraire médicalisée de la banlieue d’Abu Dhabi…

Il est revenu pour tenir le pouvoir d’une main de fer, s’entourer de bouffons malfamés et affamés, qu’il a laissé indûment se compromettre jusqu’ à l’os, pour en faire des boucliers à son pouvoir absolu, leur servant lui et sa famille d’alibi et de passe droit. Aujourd’hui diminué, annulant un 5ème mandat qu’il n’avait même pas l’intention d’entreprendre, voilà que la meute se détourne du cadre objet d’adoration il y a si peu de temps, pour jeter son nom en pâture à la vindicte de la rue et à la poubelle de l’histoire.  Ne dit on pas qui sème le vent récolte la tempête ! Mais sa famille laissera elle la boulimie libertaire des millions d’algérien sortis depuis cinq semaines réclamant son abdication sur l’échafaud du peuple ? Ils ne l’accepteraient jamais, ils ne lui permettraient jamais de tomber dans la fosse de la déchéance. Leur frère est venu gouverner comme Boumediene, construire une mosquée gigantesque qui porterait son nom comme Hassan 2 et mourir adoré comme ses deux icones.

Ce qui semble incontestable c’est qu’une promesse lui a été faîte, partir vers l’au delà en chef d’Etat au milieu de son peuple et celle là ils la tiendront, bon gré mal gré, et sa date buttoir ne saurait dépasser le 28 avril de cette année, date de la fin de sa 4ème mandature. Alors qu’en est-il de cette promesse ? Serait-il sur le départ entouré de sa famille ? Est –il déjà parti ? Essayent-ils de gagner du temps, façon de mettre de l’ordre dans leurs affaires, jusqu’à la déclaration officielle de sa mort peu avant cette date fatidique? Je ne saurais répondre à ces questions que seule l’histoire révélera comme fût le cas lors du décès d’El Houari ; je sais seulement, en observateur des faits de mon pays, que la famille Bouteflika ne consentira jamais que leur Abdelaziz  soit enterré en simple citoyen, déchu de sa présidence, au cimetière de l’incognito.

Cette grande promesse n’en demeure pas la seule, puisque la seconde c’est qu’il sera suivit dans son dernier voyage par les chefs d’état de très nombreuses nations, avec tout un peuple suivant son cortège funèbre et la troisième est que la grande mosquée, l’ultime symbole de ses grandes œuvres, à leurs avis, porterait son nom pour la postérité : En ces temps de grande colère populaire partagée dans nos villes par tout un peuple dans la grande joie de la libération, il serait très peu probable que de nombreux chefs d’états consentiraient à venir en Algérie, à part quelques proches pays comme les présidents de la Tunisie Béji Caïd Essebsi et Ibrahim Boubacar Keïta du Mali, les autres se feraient certainement représenter par leurs ministres des affaires étrangères ou  même des délégués de second ordre ; le peuple algérien le suivra sûrement respectant comme à ses habitudes la mort des siens. Pour ce qui est de la grande mosquée d’Alger, même si baptême y’aura, au nom de celui qui s’est acharné à finir sa construction même en ces temps de vaches maigres, elle sera vite débaptisée par la volonté de rejet de tout un peuple.

Que laisse Bouteflika à l’Algérie et aux algériens après 20 ans de règne ?  Après la liesse du premier mandat qui a quand même mit fin à 10 ans d’une guerre civile qui n’a épargnée aucune famille algérienne, le réveille fût très rude pour nous tous à l’apparition des nouveaux apparatchiks,  longtemps dans l’opposition,  qui deviennent du jour au lendemain des caciques du pouvoir et ses proches copains. Puis l’apparition d’hommes d’affaires gravitant autour de la famille au pouvoir et faisant leur beurre en dilapidant les caisses de l’état, par des crédits jamais remboursés et des subventions à coûts de milliards de Dollars. Des hommes apparus de nulle part, des oligarques qui s’accaparent richesses immenses et pouvoirs absolu, au dessus de toutes les lois du pays. Ce sont leurs apparitions dédaigneuses sur nos écrans et nos journaux  et leurs fortunes indues, qui s’affichant ostentatoirement à la figure de tout un peuple qui ont fini par déborder le vase. Des hommes sans foi ni loi, jamais rassasiés d’amasser des fortunes dans une impunité totale, sans jamais êtres inquiétés, inventant les plus fins subterfuges à la finalité de contrôler les flux monétaires de toute la nation.

En revenant Bouteflika a trouvé un pays meurtri aux caisses vides et une dette grandissante, en vingt ans de règne, les années fastes des hydrocarbures, auraient fait gagner au pays plus de mille milliards de Dollars, partis en fumé dans des dépenses inconsidérées, des pots de vins et une corruption enracinée, et des fuites de capitaux jamais enregistrés dans les annales de l’humanité. Il partira en laissant un pays appauvri, une économie dévasté mais il aura le grand mérite, néanmoins, de laisser un peuple algérien uni et plein d’espoir pour un avenir bien meilleur. Le peuple le suivra dans sa dernière demeure, il accomplira son devoir en citoyen modèle, il lui pardonnera sûrement d’avoir dévasté son grand pays, un jour prochain, mais n’oubliera jamais ce grand cour magistral bien orchestré par un clan qui a dévasté, vingt ans durant, ses rêves d’épanouissement, ses rêves de liberté. Il aurait eu, néanmoins,  dans ses folles turpitudes d’un pouvoir combien partagé abusivement avec son petit et grand cercle d’entourage d’avoir accompli la plus grande des réussites celle de laisser un peuple libéré de ses démons du passé, enfin !

À la mort du président Bouteflika, ses proches, les adorateurs de son portrait, et tous les affabulateurs d’un régime qu’il a su sucrer, et qui ont ramassé des fortunes les dernières années profitant de la faiblesse due à son AVC, applaudiront sans aucune équivoque le nouveau roi, le roi est mort, vive le roi !

Par Karim Habtoun, un citoyen

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