L’examen du marché des armes, au niveau mondial ces dernières années, conforte les déclarations d’experts quant à une augmentation importante du volume des ventes. Le processus de militarisation planétaire continu et intensif engendre une augmentation considérable des flux au sein du lucratif marché mondial des armes.

Alors que la valeur totale des dépenses militaires mondiales en 2016 dépassait les 1600 Milliards de dollars, le marché mondial des armes était estimé durant cette période à plus de 88 milliards de dollars. Les experts annoncent même que ce dernier chiffre dépassera de loin les 100 Milliards de dollars en 2019.

Dans son dernier rapport émis le 11 mars 2019, et qui concerne 155 pays importateurs d’importantes quantités d’armes en 2014-2018, le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri) a identifié cinq principaux importateurs : L’Arabie saoudite, l’Inde, l’Égypte, l’Australie et Algérie.

A eux seuls, ces cinq pays représentent 35% des importations totales d’armes en 2014-2018 !

Fondé en 1966, le Sipri est un institut international de recherche sur les conflits, les armes et leur contrôle et le désarmement. Le Sipri fournit des données, des analyses et des recommandations sur la base de sources ouvertes aux décideurs politiques, aux chercheurs, aux médias et à tout public intéressé.

Au niveau continental et selon cet institut suédois, les quatre pays de l’Afrique du Nord (Algérie, Libye, Maroc et Tunisie) continuent de représenter 75% des importations d’armes africaines, alors même que les ventes d’armes en Afrique, selon le dernier rapport du Sipri, ont baissé de 6,5% entre la période 2009-2013 et la période 2014 -2018.

Pire encore, les importations d’armes de ces pays d’Afrique Nord ont augmenté de 20% !

L’Algérie N°1 des importateurs d’armes en Afrique du Nord

L’Algérie, à elle, seule, représente 56% des importations africaines d’armes majeures entre 2014 et 2018. Les importations d’armement effectuées par l’Algérie représentent 4,4% du total des importations effectuées dans le monde durant cette période, en augmentation de 55% par rapport à la période 2009-2013.

Ces chiffres peuvent s’expliquer par la modernisation décidée par l’armée algérienne aux lendemains de l’insurrection terroriste islamiste qui a ensanglanté le pays durant les années 1990 et qui lui permet aujourd’hui de faire face aux menaces extérieures dues à l’instabilité qui règne au Mali et en Libye, mais également aux crimes frontaliers liés aux différents trafics (Humain, armes, drogues, marchandises). Le budget l’Armée Nationale Populaire (ANP) est passé de 2,5 milliards de dollars en 2008 à 6,5 milliards de dollars en 2009 puis à 7,4 milliards de dollars en 2011. Depuis 2012, le budget de l’armée algérienne est resté supérieur à 10 milliards de dollars.

Soit près du quart du budget de fonctionnement de l’état et près de 6% de son Produit Intérieur Brut (PIB). Entre 2014 et 2018, les principaux fournisseurs d’armement de l’Algérie sont : la Russie, avec 66% des importations d’armement, la Chine 13% et l’Allemagne 10%.

L’Algérie est également le deuxième plus grand client de l’Italie avec 9,1% des ventes d’armes italiennes.

Il y a lieu de noter que Ramtane Laamamra a inscrit prioritairement ces pays dans son agenda de visites, en sa qualité de tout nouveau vice premier ministre et ministre des affaires étrangères du nouveau gouvernement algérien !

Le Maroc voit ses importations d’armes baisser

Le Maroc a représenté 15% des importations d’armement sur le continent africain durant cette même période et pointe à la 24e places à l’échelle mondiale des pays importateurs d’armes.

Sur la période 2014-2018, le Maroc représente 1,2% des importations mondiales d’armes, alors que durant la période 2009-2013, le chiffre s’établissait à 2%, soit une baisse de 35%.

Avec 3,4 Milliards de dollars de dépenses militaires en 2018, le royaume a pour principaux pays fournisseurs d’armes les États-Unis (62%), la France (36%) et l’Italie (0,6%).

Selon les dispositions du projet de Loi des finances pour 2019, le budget de l’armée marocaine concernant la rubrique : « Matériel et dépenses diverses » passe de 600 Millions de Dollars US à 630 Millions de Dollars US.

Le Maroc privilégie l’option du recours à un jeu d’alliances et à l’aide internationale pour équilibrer ses forces dans la région, ce qui expliquerait le rapprochement de Rabat avec les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Libye et Tunisie non répertoriés

La Libye et la Tunisie ne figurent pas en détail dans le rapport du Sirpi, pays pourtant frappés par le terrorisme. La seule information livrée par l’Institut suédois est que les pays du Maghreb (l’Algérie, le Maroc, la Libye et la Tunisie) couvrent 75% des importations d’armes sur le continent africain entre 2014 et 2018.

Ainsi, la Libye figure parmi les quatre plus grands importateurs d’armes du continent africain et ce malgré l’embargo sur les armes imposés et malgré le fait que Tripoli n’a plus d’armée régulière si ce n’est l’ANL du Général Haftar qui contrôle d’ailleurs près des deux tiers de tout le territoire de Libye. La question qui se pose est d’où proviennent les armes qui circulent en Libye ?

La Tunisie a, selon les dernières estimations de 2018, consacré près de 2,5 % de son PIB aux dépenses militaires ce qui représente près de 750 Millions de dollars US.

Des importations d’armes en forte baisse en Afrique subsaharienne

Les États d’Afrique subsaharienne ont, quant eux, reçu 25% du total des importations africaines en 2014-2018, un chiffre en baisse de 45% entre la période 2009-2013 et 2014-2018.

Les cinq principaux importateurs d’armes en Afrique subsaharienne sont le Nigéria, l’Angola, le Soudan, le Cameroun et le Sénégal.

Ils représentent 56% des importations d’armement de cette sous-région, soit l’équivalent des importations algériennes. En 2018, la Chine avait compté pour 27 % des importations d’armes de l’Afrique subsaharienne entre 2013 et 2017, contre 16% durant la période 2008-2012, selon le rapport publié le 12 mars par l’Institut international de recherche sur la paix.

Egypte, Le N°1 Africain

Quant aux importations d’armement de l’Egypte, troisième plus gros importateur mondial qui représente 5,1% des ventes totales d’armes, elles ont triplé (206%), souligne le rapport du Sipri, entre 2009-13 et 2014-18. En 2018, Global Fire Power avait déjà classé le pays d’Abdel Fatah Al Sissi à la première place des armées les plus puissantes en Afrique.

L’armée égyptienne est à la tête de la construction de l’Egypte moderne, elle a pu accéder au pouvoir en 1952 après le coup d’Etat des officiers libres contre le roi Fouad II. L’armée égyptienne a renforcé sa position lors de l’intervention militaire de juillet 2013 contre les Frères musulmans qui ont été traduits en justice par les militaires devant les tribunaux civils pour espionnage et déstabilisation du pays.

Le maréchal al-Sissi a alors déclaré que cette intervention des forces armées était un  »devoir national’’. Depuis les accords de Camp David en 1978, le pays des pharaons reçoit chaque année une aide évaluée à 1,3 milliard de dollars pour faire face à la menace des mouvements djihadistes principalement concentrés dans le Sinaï et le delta du Nil.

 

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