Le Collectif des évaluateurs algériens pour le développement durable suit avec une attention constante la situation nationale née de la mobilisation populaire contre l’humiliation d’un 5ème mandat du Président de la République en poste.

Ses membres se sont impliqués à titre individuel dans les marches populaires qui ont eu lieu depuis le 22 février 2019. Ce Collectif se félicite de ce sursaut populaire qui vient clôturer un débat – qui n’a même pas pu s’amorcer – sur le bilan de 4 mandatures présidentielles, et fermer la porte à la perspective cynique d’une continuité prônée par l’alliance présidentielle dès la fin de l’année 2018.

L’Algérie a disposé d’une manne financière sans précédent, et les résultats ne sont ni à la mesure des ressources engagés et des potentialités du pays, ni à la hauteur de ses besoins réels et attentes profondes.

Sous la non gouvernance qui a prévalu, elle a fait trop peu, elle l’a fait mal, avec des
dépassements excessifs de coûts et de délais, et avec des effets souvent partiels et éphémères, parfois même pervers sur les problèmes à résoudre.

Plus encore, la dépense publique qui a financé ces réalisations a exclut de fait tous les autres moteurs de croissance mobilisables qui auraient du se combiner à elle. Plus grave encore, elle a perdu son âme et changé de nature pour se transformer en un immense canal de dilapidation des deniers publics et de malversations économiques à grande échelle dans l’impunité la plus totale.

Ce processus de prédation ne pouvait qu’exclure les compétences et promouvoir à leur place la médiocrité pour que l’argent public soit mis au service des clans régionalistes et cercles clientélistes. C’est précisément cette dérive criminelle et non l’échec de la politique de développement que les algériens ne pardonnent pas aujourd’hui, en attendant de pouvoir exiger que des comptes soient rendus.

Même en parfaite santé, un Président qui se serait rendu complice d’une telle dérive, alors
qu’il s’est assuré les pleins pouvoirs sur tout, aurait été rejeté.

Le sursaut populaire des algériennes et des algériens a forcé l’admiration de l’ensemble de la communauté internationale par son caractère massif et pacifique, par sa représentativité de toutes les composantes sociales et sensibilités politico-idéologiques, par son souci unitaire pluraliste autour des références républicaines universelles, par son intelligence émotionnelle collective.

L’annonce du 5ème mandat a été la goute d’eau qui a très naturellement synchronisé dans le temps et dans l’espace le coup d’envoi des sorties massives dans toutes les villes du pays.

Le message à retenir de ce peuple martyr que la Providence a pourtant doté de tous les atouts naturels qui lui permettraient de se hisser au niveau des pays les plus développés de la planète est que sa malédiction vient des forces néfastes qui ont investi depuis fort longtemps tout ce qui fait office d’institutions.

A partir de là, elles ont confisqué puis perverti une indépendante chèrement
acquise. Au fil des ans, ces forces maléfiques ont su non seulement se reproduire, se renforcer et perfectionner le machiavélisme de leurs modes opératoires, mais elles ont aussi laminé et corrompu ce que ce pays a hérité de sain du mouvement de libération nationale, et également ce qu’il a pu  générer de sang neuf pour sa libération économique et sociale après son accession à l’indépendance politique.

Le fonds de commerce politicien de la guerre de libération nationale dont ont usé et abusé
surtout ceux qui ne l’ont pas faite, est à présent épuisé et sa moindre évocation donne aujourd’hui la nausée à tout citoyen ordinaire, d’abord et avant tout à cette jeunesse qui veut vivre et affronter les défis de son époque, sans entraves ni tutelles aucunes, réaliser librement ses propres ambitions et construire son avenir sur la terre de ses ancêtres et pas ailleurs.

Au delà du 5ème mandat, c’est tout « le système » qui est rejeté. Le message clair et fort à retenir s’est résumé dans un seul mot : « Dégage ! ». Les lettres successives attribuées au Président de la République ces derniers jours feignent de n’avoir pas compris et dissimulent derrières les propositions qu’elles avancent, la piteuse image d’un clan de squatteurs qui s’agrippe derrière le fauteuil roulant d’un patient lourd, en usant de ruses grossières et d’arguments incohérents qui font injure à l’intelligence du dernier des quidams.

Plus tôt se produira leur départ et le mieux ce sera, car il y a deux risques majeurs : le
premier concerne ce qui reste au pays comme réserves de change et qu’il faut en urgence préserver de la dilapidation à laquelle il reste exposé, pour le mettre au service d’un amorçage d’une nouvelle république algérienne.

L’autre risque est encore plus grave et porte sur le pourrissement de la situation politique auquel pourrait pousser un régime prêt à tous les scénarios, y compris celui de la
terre brûlée, sa dernière carte avant de fuir le pays.

Chaque jour qui passe nous rapproche d’un dénouement où ce régime partira forcement en abandonnant ce peuple « à sa médiocrité », avec un pays dans l’état où il l’a trouvé : ruiné, déchiré, sous état d’urgence et en plus empêtré dans des problèmes devenus encore plus énormes et plus complexes, vingt plus tard.

 

Par Le Collectif des Évaluateurs Algériens pour le Développement Durable
Le coordinateur du Collectif, Mohamed Bouchakour

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